6 août 2019

Harcèlement dans la rue et les transports : l'aide multiforme de l'appli HandsAway

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Crédit photo : HandsAway

L’appli HandsAway fédère toute une communauté qui apporte conseils et aides aux femmes victimes d'agressions sexuelles et sexistes dans l'espace public. Bientôt, ce sera aussi, avec l'aide de la Région, une carte des lieux d’accueil en Île-de-France pour ces femmes.

En 2016, Alma Guirao est victime d’une situation choquante dans le métro parisien. Un homme sort son sexe et se masturbe en face d’elle sans qu’aucun voyageur ne réagisse ou n’intervienne. Ne sachant vers qui se tourner pour parler de son ressenti, elle réfléchit à une solution pour toutes les femmes harcelées dans la rue ou les transports en commun. À l’ère des smartphones, elle a l'idée d'un service mobile.

Alma Guirao crée donc, dès 2016, HandsAway, une application téléchargeable sur App Store et sur Google Play qui n'a cessé, depuis, d'étoffer l'aide qu'elle apporte aux victimes d'agressions sexuelles et sexistes. Un développement que la Région accompagne désormais.

HandsAway : une communauté d’entraide pour les femmes victimes de harcèlement de rue

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Les utilisateurs de HandsAway s'identifient et se connectent, soit pour témoigner en tant que victime de harcèlement, soit pour dénoncer une situation observée, en tant que « StreetAngel ». L’agression est alors géolocalisée et la communauté alentour peut réagir après avoir reçu une notification. Conseils, écoute, dialogue… les autres membres se mobilisent pour rassurer la femme victime et l’aider à faire valoir ses droits.

L’appli donne également accès à des informations clefs sur les droits des victimes : qu’est-ce qu’une agression sexiste ? Quels sont les droits de la victime dans ce cas ? Que faire après une telle agression ? Comment porter plainte ? Quels sont les délais pour déposer plainte ?... 

Depuis le lancement de l’application en 2016, 40.000 membres ont rejoint la communauté, aussi bien des femmes (70%) que des hommes (30%).

« Les hommes ont pris ce sujet à bras le corps. Nous voulons déclencher une véritable mobilisation citoyenne autour du harcèlement de rue », explique Lucile Dupuy, cheffe de projet et responsable du développement d’Handsaway. « HandsAway est un exutoire pour des femmes qui se retrouvent démunies face à la violence de certains actes ou certaines paroles. À terme, nous voulons pouvoir analyser les données que nous récoltons pour mieux comprendre le harcèlement de rue. »

L'application HandsAway en chiffres

  • 40.000 utilisateurs en France dont 70% de femmes et 30% d’hommes,
  • 50 alertes par mois en France,
  • 70% des signalements concernent des agressions dans la rue et 30% dans les transports, 
  • 70% des signalements dénoncent des agressions verbales et 30% des agressions physiques, 
  • 60% des utilisateurs sont victimes de harcèlement et 40 % sont témoins de situations sexistes.

HandsAway et Uber, main dans la main en Île-de-France 

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Pour accompagner les victimes dans un processus de plainte et de guérison, HandsAway s’est associée à Uber France. Depuis le 1er juillet 2019, une Francilienne utilisatrice d’HandsAway qui est victime de violence sexiste ou sexuelle dans la rue peut bénéficier d’une couse gratuite avec un chauffeur Uber pour se rendre dans un lieu sûr : commissariat, brigade, hôpital, association, domicile… 

Pour sensibiliser les chauffeurs de la compagnie, HandsAway met à leur disposition un podcast : bonnes pratiques, cadre légal, recueil de la parole d’une victime… « Les chauffeurs Uber font déjà  attention aux femmes qui utilisent ou non leurs services. Ils sont nombreux à intervenir quand ils voient une femme harcelée dans la rue, à attendre qu’une femme ait poussé la porte de son domicile pour repartir. Ils sont de vrais ambassadeurs pour HandsAway », précise Lucile Dupuy.

Harcèlement sexiste et sexuel : sensibiliser aussi les entreprises  

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L’équipe d’HandsAway (quelques permanents et des bénévoles) intervient aussi dans les entreprises pour dénoncer le sexisme ordinaire dont sont victimes les femmes, notamment sur leur lieu de travail. En se servant de casques à réalité virtuelle, par exemple, elle a proposé des mises en situation aux salariés du groupe Rocher. Que ressent-on quand on est une femme agressée verbalement ou physiquement par un homme dans la rue ? L’équipe d’Handsaway pousse les collaborateurs à se mettre à la place d’une victime de harcèlement sexuel pour mieux la comprendre.

Pour Lucile Dupuy, cette sensibilisation doit être large et unanime : « À travers ces expérimentations, nous souhaitons créer un véritable réseau citoyens/entreprises/acteurs publics, pour que chacun contribue à faire reculer les violences envers les femmes. » 

Des référents pour lutter contre les agissements sexistes dans les entreprises

La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel précise que les entreprises de plus de 250 salariés ont désormais l’obligation de désigner des référents pour combattre le harcèlement sexiste et sexuel.

Un nouveau mapping des lieux d’aide aux victimes de harcèlement de rue

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La Région Île-de-France soutient le nouveau projet d’HandsAway qui consiste à recenser et géolocaliser les structures d’accompagnement juridique et psychologique pour les femmes victimes de harcèlement de rue. 

30.000 euros d’aides régionales sont consacrés à la création de cette cartographie numérique évolutive confiée à Lucile Dupuy : « D’ici la fin de l’année nous allons permettre à nos utilisateurs de localiser tous les lieux qui peuvent les accueillir et les accompagner après une agression sexiste. Nous avons déjà recensé 400 structures en Île-de-France. Nous développons un système de pins et de filtres. De nouveaux lieux ou des mises à jour pourront être proposés par les membres. » 

Pour compléter ce nouveau module, un chat est aussi en préparation pour mettre en relation associations partenaires de la Région et victimes de harcèlement de rue. Après avoir donné quelques conseils de base aux femmes concernées, les partenaires associatifs pourront les rencontrer et les accompagner dans un commissariat pour porter plainte (mise en service prévue au premier trimestre 2020).