11 juillet 2015

Du métro régional au RER A

Retour sur l’histoire de la ligne ferroviaire qui transporte le plus de monde en Europe : le RER A.

À l’image de Paris née sur l’île de la Cité, l’histoire du RER A commence sur une île, celle de Puteaux (92). Nous sommes le 6 juillet 1961, et le premier coup de pioche de celui qu’on appellera dans un premier temps « métro régional » est officiellement donné. Mais, avant d’en arriver là, il aura fallu quelques années de réflexion. « À partir de la fin des années 1920, on se met à plancher sur les extensions de lignes de métro, explique Jean-Michel Leblanc, responsable de l’unité Ingénierie culturelle et Patrimoine au sein de la RATP. À l’époque, l’activité économique et industrielle est concentrée dans Paris, et il s’agit donc d’assurer le transport des banlieusards. »

Un nouveau métro de grand gabarit

En 1934, les lignes de métro 1 et 12 montrent la voie en ralliant respectivement Vincennes (94) et Issy-les-Moulineaux (92). Deux ans plus tard, le plan Ruhlmann-Langevin, imaginé par la Compagnie du métropolitain de Paris, jette les bases d’un métro express est-ouest, ancêtre du RER A. Une idée reprise 20 ans plus tard par la RATP. « En 1958, La Défense commence à sortir de terre avec l’inauguration du Cnit (Centre des nouvelles industries et technologies). La création de ce quartier d’affaires fait naître de nouveaux besoins de transport pour relier Paris. Afin d’y répondre, la RATP plaide pour un nouveau modèle de métro de grand gabarit. »

Le RER A : une solution pour desservir les villes de banlieue

Dès que le chantier du métro régional est lancé, il s’agit de penser à la suite. « La RATP milite en effet pour que ce ne soit pas qu’une liaison entre Paris et La Défense, mais plutôt la première pierre d’un métro régional. » Cela conduit à la création à l’est d’un autre tronçon de ce grand métro, entre Nation et Boissy-Saint-Léger (94). Celui-ci est d’ailleurs le premier à être mis en service en décembre 1969, un mois avant la portion Étoile-La Défense. L’entrée des stations est alors signalée par un gros M. Ce n’est qu’avec l’ouverture, en décembre 1977, du tronçon central entre Auber et Nation et l’inauguration de la gare de Châtelet-Les Halles que le terme de Réseau express régional (RER) fait son apparition. Celui que l’on appelait jusque-là métro régional devient le RER A et se trouve connecté à son homologue nord-sud, le RER B, les deux lignes étant gérées conjointement par la RATP et la SCNF. L’objectif, fixé dès 1965 par le Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région de Paris, est de mieux desservir la banlieue et les villes nouvelles.

La saturation dès 1984

Le succès ne se fait pas attendre. « La connexion des différents tronçons entre eux va considérablement accroître la fréquentation. De 82 millions de voyages en 1977, on passe à 119 millions en 1978. On a eu beau, à partir de 1972, chercher à fluidifier le trafic en mettant en place les premiers péages automatiques, la question de la saturation du RER A s’est posée dès 1984. Pour y répondre, on a lancé les rames à deux étages et augmenté la fréquence des trains. »

Dates clés
6 juillet 1961 :
premier coup de pioche de la liaison Étoile-La Défense
14 décembre 1969 : inauguration du métro régional entre Nation et Boissy-Saint-Léger
19 janvier 1970 : ouverture du tronçon Étoile-La Défense
1er octobre 1972 : prolongement à l’ouest à Saint-Germain-en-Laye
8 décembre 1977 : le métro régional devient RER A à la suite de la création des stations Châtelet-Les Halles et Gare de Lyon
1er avril 1992 : prolongement à l’est jusqu’à Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée-Chessy
29 août 1994 : prolongement à l’ouest jusqu’à Cergy-le-Haut
6 juin 1997 : arrivée du premier train à deux niveaux

Des trains qui, s’ils parlaient, auraient de nombreuses anecdotes à raconter. Comme ce 4 novembre 2012, où le petit Olajuwon poussa ses premiers cris vers 5 heures du matin dans le RER A en gare de Houilles-Carrières-sur-Seine (78). L’histoire est ainsi relatée dans Le Parisien : « À l’aube, Modinat se plaint de contractions. Avec son compagnon, Anjorin, elle décide de prendre le RER A à Cergy-le-Haut (95) pour se rendre à l’hôpital Tenon à Paris (20e). Seulement, les événements se bousculent. À Sartrouville (78), la jeune femme perd les eaux. En gare de Houilles-Carrières-sur-Seine, son mari court vers la cabine du conducteur. Ma femme accouche, ma femme accouche, hurle-t-il à l’agent SNCF. Sans perdre son sang-froid, le conducteur, père de quatre enfants, prévient les secours, évacue la rame et se fait aider de deux voyageuses pour mettre au monde ce petit garçon. Il pense même à monter le chauffage dans cette voiture encore froide et donne d’ultimes conseils au papa. Les deux voyageuses rassurent la maman. "J’ai eu peur, reconnaît-elle. Quand je suis partie de chez moi, les contractions n’étaient pas sérieuses. Le bébé était prévu pour le 9 novembre, je ne pensais pas que cela arriverait si vite !” »