30 mai 2017

Une ferme urbaine et éphémère à Bobigny

La Prairie du canal, qui a ouvert ce 20 mai 2017 sur un terrain en friche, vise à favoriser la pratique d’une activité agricole par le plus grand nombre. Ce projet de ferme urbaine est accompagné à hauteur de 82.000 euros par la Région dans le cadre des aides à l’urbanisme transitoire.

La Prairie du canal : la nouvelle ferme urbaine de Seine-Saint-Denis

Les fermes ont aussi toute leur place en ville. Ce qui paraissait encore improbable quelques années en arrière est en train de devenir une réalité, comme par exemple à Bobigny (93). En témoigne la construction depuis mars 2017 sur le terrain de l’ancienne usine MBK d'une ferme urbaine, la Prairie du canal, qui a ouvert ses grilles le 20 mai 2017. Légumes anciens cultivés dans de la paille, ruche, hôtel à insectes, houblonnière, poulailler, forêt mobile de plantes sauvages, herbier médicinal...Les productions sont variées. À cela s’ajoute un service de restauration dont 50 % de la carte provient de l’agriculture urbaine locale.

À l’origine de cette ferme urbaine écologique et éphémère (FEE), on trouve la Société d’agriculture urbaine généreuse et engagée (SAUGE), qui a bénéficié pour ce faire d’une subvention de la Région de 82.000 euros et d’une autre de l'établissement public territorial Est Ensemble de 20.000 euros. « Nous avons répondu à des appels à projets sur l’occupation des friches urbaines, explique Swen Déral, cofondateur de la SAUGE. Nous sommes contents que des collectivités portent des sujets comme ceux-là. Cela témoigne d’une autre façon d’envisager la ville. » 

Créer un espace de production et de vitrine de l'agriculture urbaine

Une vision qu’entendent porter Swen et son associé, Antoine Dewins. Tous deux se sont rencontrés alors qu'ils travaillaient à La Ruche qui dit oui !, plateforme de mise en relation entre acheteurs et producteurs. « Nous avons commencé en 2014 par aller jardiner le week-end sur un terrain que nous avions trouvé dans les Yvelines, raconte Antoine. Nous nous sommes ensuite installés en 2015 sur la petite ceinture, à Paris, où nous faisions pousser tomates, carottes, radis   Cette même année, nous avons été invités par la friche Ground Control, à Paris, à animer un jardin potager. Une expérience que nous avons rééditée en 2016 tout en lançant les 48 heures de l’agriculture urbaine, un événement que nous souhaitons récurrent chaque premier week-end du printemps. Ce qui nous manquait, c’était un lieu qui nous serve à la fois d’espace de production et de vitrine de l’agriculture en ville. » C'est désormais le cas grâce à cette nouvelle ferme urbaine.

Démontrer que le modèle est viable

C’est chose faite pour au moins un an. « Nous en espérons deux. Nous croisons les doigts, confie Antoine. Il nous faut du temps pour effectuer notre preuve de concept et montrer que notre modèle est viable, notamment du point de vue économique. Nous nous inscrivons dans une démarche de transition écologique. L’idée de la FEE repose sur la création de structures mobiles que l’on peut déplacer d’une friche urbaine à l’autre. Nous voulons prouver que ce n’est pas un “truc de bobos”. La preuve, l’agriculture urbaine est présente dans de nombreux pays défavorisés où les gens produisent pour se nourrir. » Sans oublier que « le jardinage est le loisir le plus populaire en France », rappelle Swen. « Ce n’est pas parce qu’il arrive en ville, c’est-à-dire là où vit la majorité de la population, que ça doit être réservé aux bobos. »

Encore faut-il parvenir à démocratiser la pratique. Raison pour laquelle la SAUGE mise sur le ludique et le récréatif. « La ferme sera ouverte tous les week-ends de l’été et accueillera des événements musicaux, des spectacles de danse ou encore du cinéma en plein air, détaille Antoine. Nous intégrons également un chantier pédagogique en partenariat avec un centre d’accueil pour les jeunes de Bobigny. Une dizaine d’enfants viennent chaque mercredi pour construire avec nous leur potager, auquel ils auront accès tout au long de la saison avec leurs familles. ». De quoi planter les graines d’un futur où l’agriculture urbaine sera devenue une évidence.