12 juin 2019

Heures d’insertion professionnelle : une régie de quartier joue dans la cour des grands

Régie de quartier-peinture
Crédit photo : DR

Une illustration de la volonté de la Région de favoriser l'insertion professionnelle : sur le chantier du Grand équipement documentaire de Condorcet, qu'elle finance, le ménage et la peinture ont été confiés par Bouygues Bâtiment Ile-de-France à la régie Maladrerie-Émile Dubois d’Aubervilliers, qui fait travailler des personnes éloignées de l’emploi.

En mars 2019, la Région a adopté sa nouvelle politique d’achats responsables pour 2019-2021. Parmi les différentes orientations, elle fixe un objectif de 25 % de marchés publics prévoyant une clause d’insertion professionnelle. Pour la Région, l’acte d’achat représente un levier essentiel pour agir en coopération avec les organismes qui s’engagent dans l’inclusion sociale en Île-de-France. 

Grand équipement documentaire

Crédit photo : Agence Portzamparc 

Le marché du Grand équipement documentaire (GED) sur le campus Condorcet à Paris (18e) et Aubervilliers (93), en fournit une parfaite illustration. La Région finance en intégralité les 110 millions d'euros de la construction de ce bâtiment qui accueillera, en 2020, les fonds de 50 bibliothèques aujourd’hui dispersées en région parisienne. En tant que maître d’ouvrage, elle a assorti le marché d’une clause prévoyant plus de 49.000 heures d’insertion professionnelle.

Un chantier modèle en matière d’insertion professionnelle

Qu'est-ce qu'une régie de quartier ?

C'est une association loi 1901, à dimension locale, dont un des objectifs est de venir en aide aux habitants du territoire les plus en difficulté.

Pour permettre à ceux-ci de se réinsérer, la régie de quartier leur propose d’abord directement des contrats de travail, associés à un accompagnement socioprofessionnel et une formation adaptée.

Après ce premier retour vers l’emploi, la régie aide les personnes à retrouver durablement un emploi auprès d’un employeur du territoire.

Bouygues Bâtiment Ile-de-France, qui a remporté le marché, a accepté de travailler en direct avec une régie de quartier au lieu d’un de ses prestataires habituels et a donc retenu la régie de quartier Maladrerie-Émile Dubois d’Aubervilliers parmi ses sous-traitants.

Qu’un major du bâtiment référence une petite structure de l’économie sociale et solidaire (ESS) pour réaliser des heures d’insertion professionnelle constitue une première et fait de ce chantier un modèle en la matière.

Insertion professionnelle : 15.700 heures en ménage et peinture

La régie a d’abord été retenue pour le nettoyage de la base de vie du chantier. Puis, sa prestation a été étendue à la peinture, grâce au dynamisme de son directeur, Michel Baldi. Au total, 15.700 heures d’insertion professionnelle lui ont été confiées (12.000 heures de peinture et 3.700 heures de nettoyage).

Le marché, de près de 200.000 euros, permettra ainsi de fournir jusqu’à 13 contrats de travail à des personnes très en difficulté, d’ici mai 2020.

« Avec près de 280.000 heures d’insertion en 2018, soit l’équivalent de 173 postes à temps plein, Bouygues Bâtiment Ile-de-France est une entreprise engagée qui contribue au développement des territoires où elle intervient, précise Jacques Devaux, directeur du projet pour Bouygues Bâtiment Ile de France. Nous nous sommes donc naturellement rapprochés de la régie de quartier pour les travaux de peinture, en particulier pour les locaux archives. Nos collaborateurs sont animés par l’accueil, la transmission de savoirs, le tutorat, le parrainage, autant de valeurs qui sont ancrées dans notre culture d’entreprise. C’est dans cet esprit que nous avons reçu les compagnons de la régie et leurs superviseurs »,

Une bonne nouvelle pour la régie qui n’a pas hésité à monter en compétence sur certaines techniques de peinture pour répondre aux standards du constructeur. « Travailler avec Bouygues, constitue une nouveauté pour nous. Pour la première fois, nos salariés interviennent sur du neuf et pas sur de la réhabilitation. Ils apprennent à se coordonner avec différents corps d’état. C’est très formateur pour eux et ils pourront valoriser cette expérience à l’avenir », explique Zineb El Mabchour, coordinatrice technique de la régie. 

Une démarche d’inclusion sociale

La régie de quartier Maladrerie-Émile Dubois d’Aubervilliers est une association indépendante, créée en 2001 par des élus, des habitants et des bailleurs pour faire de l’inclusion sociale, de la formation et créer de l’emploi localement.

« Historiquement, la régie a démarré grâce à des marchés de nettoyage des cages d’escalier avec des bailleurs, raconte Michel Baldi, son directeur. Aujourd’hui, nos activités comprennent toujours le nettoiement, mais aussi la peinture, l’entretien des espaces verts, l’installation de matériels de téléassistance pour les seniors, ainsi que la collecte et la valorisation des déchets ».

La régie compte 47 salariés, dont 9 permanents et 37 en insertion professionnelle bénéficiant d’un accompagnement social et professionnel. En 2018, elle s’était fixé un objectif de 8 sorties positives, c’est-à-dire avec un emploi durable ou une formation qualifiante à la clé. Cet objectif a été dépassé avec 11 sorties positives.

Régie de quartier-peinture2

Des débuts prometteurs

Le contrat avec le géant du BTP constitue donc une nouvelle étape dans le développement de son activité. L’enjeu est important et chacun mesure le potentiel que représente le chantier du Grand espace documentaire.

« Bouygues attend de notre part de la qualité, car ici nous intervenons dans le cadre d’un marché et nous sommes des prestataires comme les autres. Ils sont bienveillants et savent prendre en considération la situation de chacun de nos salariés. Maintenant que nous sommes référencés, nous espérons continuer à travailler avec eux », résume Michel Baldi bien conscient de cette opportunité.

« Les premières interventions sont prometteuses. Le dialogue est excellent et les encadrants de la régie ont manifestement à cœur de s’investir pour la réussite du projet. La rigueur des compagnons est exemplaire dans leur comportement et dans la qualité d’exécution. Retrouvons-nous à la réception pour un bilan définitif », conclut Jacques Devaux.

La Région vise 144.000 d’heures d’insertion professionnelle en 2019

En 2018, les contrats passés par la Région avec ses fournisseurs ont permis de réaliser 110.000 heures d’insertion professionnelle pour un public éloigné de l’emploi. En 2015, seulement 80.000 heures avaient été réalisées. En 2019, l’objectif est d’atteindre 144.000 heures. En plus, en 2019 aussi, la Région s’engage à intégrer un critère d’insertion, parmi les critères de sélection des entreprises, dans au moins 15 marchés publics.