Villégiature L’hôtel de Crosne, superbe bâtisse à l’italienne située dans la petite ville de Magny-en-Vexin, au cœur du parc naturel régional du Vexin français, est édifié en 1786. Le site est classé au titre des monuments historiques ; il abrite aujourd’hui la Mairie.

L’hôtel de Crosne est construit pour Emmanuel Edmond Saussay, originaire de Magny, apothicaire du Roi au Cap français, dans l’île de Saint-Domingue, à destination de « Monsieur son fils ». L’architecte Louis Emmanuel Damesme (1757-1822), né à Magny et filleul du fils Saussay, est chargé de sa construction. Il ne touche que 168 livres et 36 sols pour ce travail. Mais son père, entrepreneur qui réalise le gros œuvre, touche 220 908 livres. La demeure est placée sur la rue, tandis que le corps de bâtiment à l’arrière doit servir de communs.

En effet, une première construction, entre cour et jardin, a été érigée en 1778 pour Nicolas Dumont, maître de l’hôtellerie du Bras d’Or, et louée à bail à un fermier. C’est un bâtiment rural, en rez-de-chaussée, comportant une cuisine, une salle et une chambre d’un côté d’un grand passage, puis des remises et un grenier sur le tout. Elle est acquise en 1784 par Edmond Saussay, qui agrandit la propriété d’un terrain au bout du jardin. Le fils de l’apothicaire n’en profite pas : il succombe lors des émeutes de 1791 à Saint-Domingue. Un négociant parisien, Charles Lesguillez, s’en porte acquéreur l’année suivante. Parmi les multiples propriétaires qui se succèdent, on peut citer M. Feuilloley, administrateur dans la Marine dont la famille conserve la propriété pendant presque tout le siècle. En 1950, elle devient l’hôtel de ville. 

« On voit à l’entrée de cette ville, du côté de Paris, une superbe maison bâtie à l’italienne, en pierre de taille, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au faîte. On y remarque un beau pavillon, séparé du corps de logis par un parterre, et la distribution des jardins, dont l’un, à l’anglaise, est fermé par de belles haies vives. »

La distribution originelle de la nouvelle construction est connue par l’acte de vente de 1792. La façade, alignée sur la rue, se présente comme celle d’un hôtel « sur le devant » tel qu’il en existe à Paris depuis le XVIIe siècle. Les deux façades sur rue et sur jardin sont quasi identiques. On reconnaît dans celles-ci l’influence néoclassique de Ledoux, l’architecte Damesme ayant été dessinateur puis chef d’agence dans son cabinet. L’ensemble s’inscrit dans un rectangle, le toit très aplati étant dissimulé par un muret plein, d’où l’appellation « à l’italienne ».

La façade sur rue est animée par deux légers avant-corps latéraux ; Damesme joue sur les refends pour différencier le rez-de-chaussée de l’étage et sur la présence d’une balustrade purement décorative. Cet étage se signale aussi par les frontons surmontant les sept baies qui l’éclairent. Comme souvent dans les constructions de Ledoux, aucune mouluration ne délimite le deuxième étage. Le dernier niveau est composé d’un entablement dorique avec triglyphe dans lequel une métope sur deux est remplacée par de petites ouvertures.

Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France
Hôtel de Crosne, Magny-en-Vexin (95) - Crédit photo : © Laurent Kruszyk, Région Île-de-France

L’accès principal se fait « par une grande porte cochère avec vestibule fermé, orné de colonnes » doriques, qui permet d’entrer à couvert dans le vestibule à droite du passage. On trouve au rez-de-chaussée une salle à manger et un salon d’été, ainsi que la cuisine, office, laverie. Le majestueux escalier en bois montant de fond dessert les deux étages. Sa rampe en serrurerie, d’un dessin néoclassique en continu, est d’une réalisation simple : des volutes affrontées reliées par des cercles. C’est l’œuvre du serrurier Caignard. Le premier, l’étage noble, comporte une antichambre servant de salle à manger, un salon de compagnie (l’actuelle salle des mariages) avec cabinet et boudoir d’un côté, et, de l’autre, une chambre avec antichambre, cabinet de toilette, garde-robe et entresol. Le second étage est distribué en quatre appartements de maître (chambre et deux cabinets), deux autres chambres, une lingerie et une salle de billard. Enfin, le dernier niveau est partagé en deux chambres, un garde-meuble et un grand grenier.

Aligné sur la rue, tout en longueur et peu large, aveugle sur les côtés, cet édifice appartient à une typologie mixte entre hôtel urbain et maison de campagne. 

Texte : Roselyne Bussière, conservatrice honoraire du patrimoine

« Châteaux, villas et folies. Villégiature en Île-de-France » 

Crédit photo : © Région Île-de-France/Lieux-dits

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Éditions Lieux dits, collection « Patrimoines d'Île-de-France », 256 pages, 300 illustrations, 32 euros.

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