Droits des femmes À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, nous sommes allés à la rencontre du Centre Hubertine Auclert. Organisme associé de la Région Île-de-France, celui-ci œuvre chaque jour pour faire progresser l’égalité femmes-hommes sur le territoire francilien. Explications.

Premier centre de dimension régionale dédié à l’égalité femmes-hommes en France, le Centre Hubertine Auclert est le résultat d’une politique régionale innovante pour impulser, accompagner et soutenir toutes les dynamiques en faveur de l’égalité femmes-hommes en Île-de-France.

Créé en 2009, le Centre Hubertine Auclert anime un réseau de collectivités et d’associations engagées, conçoit des outils pédagogiques et des campagnes de sensibilisation, et accompagne les professionnels dans l’évolution de leurs pratiques.

Son action s’inscrit dans le temps long, avec l’ambition de transformer durablement les pratiques pour faire progresser l’égalité dès le plus jeune âge. Parmi ces leviers, la formation occupe une place centrale.

Les stéréotypes ne sont pas anodins : ils influencent les pratiques professionnelles et les trajectoires des jeunes.

Déconstruire les stéréotypes pour ouvrir le champ des possibles

Au sein du Centre Hubertine Auclert, les formations proposées sont adaptées aux constats du terrain : « L’idée, c’est de faire le lien entre les connaissances produites et l’évolution concrète des pratiques professionnelles », explique Lucie Gil, chargée de projet formation et formatrice.

Ainsi, la formation « Stéréotypes sexistes » s’adresse aux professionnels en contact avec des jeunes : personnels de l’Éducation nationale, animatrices et animateurs, agents de collectivités, acteurs associatifs... En effet, les stéréotypes de genre ne sont pas théoriques. Ils influencent les attentes sociales, la manière dont on s’adresse aux enfants, les choix d’activités, les orientations scolaires, parfois même les trajectoires professionnelles et personnelles. « Les professionnels identifient souvent les remarques ou comportements sexistes entre enfants. Ce qu’ils repèrent moins, ce sont leurs propres pratiques », souligne Lucie Gil.

Comprendre comment naissent les inégalités femmes-hommes

Organisé en petits groupes sur 2 jours, ce module privilégie une pédagogie participative. Analyse de supports du quotidien (médias, affiches, extraits de films), échanges d’expériences, décryptage des mécanismes à l’œuvre : les participantes et les participants apprennent à « chausser les lunettes du genre » pour mieux comprendre comment les inégalités se reproduisent.

La seconde journée est consacrée à l’action. Des pistes concrètes adaptées aux structures des participants sont élaborées. Des ressources sont partagées : malles pédagogiques, bibliographies, outils d’analyse des pratiques. « Ce sont des sujets parfois inconfortables, mais qui permettent d’ouvrir le champ des possibles pour les enfants et les jeunes », insiste la formatrice.

Le périscolaire, un espace clé pour construire l’égalité femmes-hommes

Au-delà des formations ouvertes à différents publics, le Centre Hubertine Auclert propose également un accompagnement à destination des professionnels du périscolaire, en partenariat avec l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) et le cabinet d’évaluation Eval-Lab.

Ce projet s’inscrit sur une durée de 3 ans et fait l’objet d’une évaluation d’impact. « Les temps périscolaires sont des espaces majeurs de socialisation. C’est là que les enfants apprennent à vivre ensemble et à se construire comme citoyennes et citoyens », rappelle Gaëlle Perrin, responsable du pôle Égalité.

Sur le terrain, les collectivités franciliennes font remonter des situations concrètes : disparités dans l’accès aux activités sportives ou culturelles, répartition genrée des rôles au sein des équipes, difficultés à accueillir certaines réalités familiales ou identitaires. « Ce sont des situations ordinaires, mais qui, mises bout à bout, contribuent à reproduire les inégalités », observe Adhel Gillot, chargé de projet périscolaire, qui coordonne le dispositif et intervient directement auprès des équipes.

L’accompagnement prend plusieurs formes et des « ambassadrices et ambassadeurs » volontaires peuvent être formés à ces questions. Les directions d’accueil de loisirs peuvent ainsi être sensibilisées pour impulser un changement à l’échelle de leur structure. Des sites pilotes mobilisant l’ensemble d’une équipe sont également mis en place comme à Ivry-sur-Seine (94), et bientôt à Villejuif (94) et Bagnolet (93).

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Questionnaires, observations de terrain, entretiens qualitatifs : l’évaluation menée avec Eval-Lab permettra d’identifier les modalités les plus efficaces et les conditions nécessaires pour inscrire durablement l’égalité filles-garçons dans les projets éducatifs. « La société est sexiste, c’est un fait. Si on n’éduque pas à l’égalité, sans s’en rendre compte, on éduque à l’inégalité », rappelle Gaëlle Perrin.

Transformer les pratiques, questionner les habitudes et ouvrir de nouveaux possibles : c’est dans ces gestes du quotidien que se construit, pas à pas, l’égalité entre les filles et les garçons.

3 questions à Jeanne Hirt de l’association CLAF’Outils

Pouvez-vous nous présenter votre association et votre rôle ?

Jeanne Hirt : CLAF’Outils est une association féministe d’éducation populaire qui agit depuis plus de 20 ans pour prévenir et lutter contre les violences sexistes et sexuelles. Nous intervenons notamment auprès d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes, mais aussi auprès des adultes qui les accompagnent (enseignants, animateurs, bénévoles). Je suis bénévole au sein de l’association et j’accompagne des actions éducatives dans des établissements scolaires et des structures jeunesse.

Pourquoi avoir suivi la formation sur le sexisme et les LGBTQIAphobies du Centre Hubertine Auclert ?

J.H. : Dans le cadre de nos interventions, nous sommes amenées à aborder les questions d’égalité, de genre et de respect. Il était important pour nous de consolider nos connaissances et de prendre du recul sur nos pratiques. La formation nous a permis de mieux comprendre les mécanismes du sexisme et des LGBTphobies, d’actualiser nos repères et d’enrichir nos outils pédagogiques pour accompagner les jeunes de manière encore plus pertinente.

En quoi cette formation vous aide-t-elle aujourd’hui dans vos interventions ?

J.H. : Elle m’aide à aborder ces sujets de façon plus structurée et confiante. Grâce aux éléments concrets partagés pendant la formation, je sais comment amener des discussions avec les jeunes, comment déconstruire certains stéréotypes et comment utiliser des ressources solides pour soutenir mes ateliers. C’est aussi un espace précieux d’échanges entre professionnels.

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