Samuel Paty Au siège de la Région Île-de-France à Saint-Ouen (93), Valérie Pécresse a remis le livre « Génération Paty - Le procès : les jeunes face à l'histoire » aux lycéens qui en sont les auteurs. Point d'orgue de la cérémonie : une lecture à 19 voix mêlant élèves et professeurs qui a plongé l'assistance dans le récit du procès de l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (78). 2 exemplaires de l'ouvrage seront disponibles dans chaque lycée francilien dès la rentrée.
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, était assassiné à Conflans-Sainte-Honorine (78) par un terroriste islamiste, après avoir montré des caricatures, dont une de Mahomet parue dans Charlie Hebdo, pour illustrer un cours sur la liberté d'expression. Son assassinat avait été précédé d'une campagne de dénonciation en ligne à laquelle des élèves avaient involontairement contribué.
Le procès des complices de l'attentat s'est tenu devant la cour d'assises spéciale de Paris du 4 novembre au 20 décembre 2024.
Génération Paty, quand 200 lycéens suivent le procès
Entre le 4 novembre et le 20 décembre 2024, 7 classes de Terminale issues de 6 lycées franciliens ont suivi les audiences du procès. Accompagnés par l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT), soutenue par la Région, les 200 lycéens concernés en ont tiré un ouvrage collectif : comptes-rendus d'audiences illustrés de leurs propres dessins, suivies de leurs réflexions sur l'engagement citoyen, la liberté d'expression et la laïcité, puis de celles de leurs professeurs. Ce livre, c'est « Génération Paty - Le procès : les jeunes face à l'histoire ».
Vendredi 19 juin 2026, la Région a organisé à son siège une remise de l'ouvrage aux lycéens et professeurs qui ont participé à l'écriture du livre. Une initiative dans la continuité de l'engagement régional pour la liberté d'expression et du soutien de l'action éducative de l'AFVT.
Écrit par les élèves des classes de Terminale et leurs professeurs des lycées Lucie-Aubrac (Courbevoie), Paul-Langevin (Suresnes), Sophie-Germain (Paris 4e), Hélène-Boucher (Paris 20e), Jean-Baptiste-Corot (Savigny-sur-Orge) et Jules-Ferry (Conflans-Sainte-Honorine), cet ouvrage aux éditions Atlande paraîtra le 26 août 2026.
2 exemplaires seront distribués dans chaque lycée public et privé d'Île-de-France dès la rentrée.
Une cérémonie teintée d'émotion
« Il y a une différence considérable entre lire un livre ou regarder un reportage et s'asseoir dans une salle d'audience pour écouter les différentes parties », confie Chantal Anglade, administratrice de l'AFVT et enseignante, qui a piloté le projet du livre avec les élèves. Lorsqu'une blessure survient, il me semble essentiel que la réparation vienne du lieu même où la déchirure s'est produite. Cette déchirure a eu lieu au sein de l'école, et c'est l'école qui, grâce à ce projet, a permis d'engager un travail de réparation ».
Les élèves nous ont expliqués que cette expérience avait profondément enrichi leur compréhension des événements, précisément parce qu’ils avaient été confrontés directement à la réalité du procès et aux personnes concernées.
Chantal Anglade Enseignante
Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, a remis symboliquement le livre aux lycéens auteurs présents, aux côtés de Pierre-François Ikias, président de l'AFVT qui a également pris la parole.
Ensuite, une lecture chorale intense a marqué les esprits avec un extrait du livre porté à 19 voix par des lycéens, des professeurs et Chantal Anglade. « Nous voulions montrer notre unité [...], nous construisons avec eux », souligne Chantal Anglade.
Pour Nouhad, 19 ans, ancienne élève, stagiaire à l'AFVT et collégienne au moment des faits, ce qui restera du projet, ce sont les liens tissés. « On oublie parfois que les enseignants sont avant tout des êtres humains. Au-delà de la relation hiérarchique, il peut se créer un lien profond, qui dépasse largement le cadre d'une année scolaire. Aujourd’hui, je mesure la chance que j’ai eue de rencontrer des professeurs engagés, qui ont cru en moi et m’ont permis d’accéder à des études supérieures, une première dans ma famille. À travers les témoignages recueillis dans le cadre du projet, j’ai retrouvé cette même prise de conscience chez de nombreux élèves », explique-t-elle.
Un lycée Samuel Paty en Île-de-France
Cette cérémonie poignante s'inscrit dans la continuité des hommages voulus par la Région pour ne jamais oublier le professeur d'histoire-géographie. L'occasion aussi de rappeler que le futur lycée de Montévrain (77), dont l'ouverture est prévue à la rentrée 2027, portera le nom de Samuel Paty. Une première en France.
« Samuel Paty est évidemment devenu un symbole, mais il représente aussi une réalité très concrète : celle des enseignants qui, sur le terrain, défendent chaque jour les principes républicains et la liberté d'expression », ajoute Nouhad. J'ai une petite sœur, et quand je lui parle de Samuel Paty, c'est pour lui rappeler combien il est précieux d'avoir des enseignants qui s'engagent afin que nous puissions vivre dans une école publique, démocratique et ouverte. C'est une chance dont nous ne mesurons pas toujours la valeur, mais dont tout le monde ne bénéficie pas ».
D'un lycée à l'autre, ce livre passera de main en main dès la rentrée 2026 pour que l'histoire de Samuel Paty ne s'oublie jamais. Une façon de transmettre, sur les bancs de chaque classe d'Île-de-France, ce que ces 200 lycéens ont appris dans la salle d'audience. Car la mémoire, elle aussi, s'enseigne.
L’action de la Région en faveur du devoir de mémoire et de la lutte contre la radicalisation
Ce partenariat avec l'AFVT s'inscrit dans une politique régionale plus large en matière de lutte contre la radicalisation et combat pour la liberté d'expression.
- Caricature & Démocratie : depuis les 10 ans de l'attentat contre Charlie Hebdo, une exposition pédagogique sur l'histoire de la caricature est mise à disposition de tous les lycées franciliens, complétée par des interventions de personnalités comme Richard Malka ou Élisabeth Badinter.
- Voyages d'études à Auschwitz-Birkenau : 430 lycéens de 24 établissements s'y rendent chaque année avec le Mémorial de la Shoah. Plus de 11 000 élèves ont fait le voyage depuis 2000.
- Partenariat « Les Derniers » : depuis 2025, une appli gratuite soutenue par la Région met la tech au service de la mémoire. Son principe : proposer 136 témoignages vidéo traitant de survie, de résilience et de courage face à l'horreur, et permettre de géolocaliser leurs lieux clés. Destinée aux lycéens, mais utilisable par tous pour transmettre la parole des derniers témoins directs de la Shoah aux générations futures.
- « Grands témoins contre le terrorisme » : un programme mené avec l'AFVT pour confronter les lycéens aux conséquences du terrorisme et prévenir la radicalisation.