20 janvier 2017

Vague de froid : en maraude avec les bénévoles du Secours populaire

janvier 2017 :  la Région a débloqué une aide d’urgence de 100.000€ pour les associations qui viennent en aide aux plus démunis.
Crédit photo : Rafael Trapet / Picturetank

Alors que l’Île-de-France est confrontée à des températures extrêmement basses, la Région a débloqué une aide d’urgence de 100.000 euros pour les associations qui viennent en aide aux plus démunis. Reportage aux côtés de bénévoles du Secours populaire qui vont à la rencontre des sans-abris toute l’année.

Le Secours populaire, une mobilisation bienveillante pour les plus démunis

20 heures, au siège de la Fédération parisienne du Secours populaire. Louise et Julie, arrivées les premières, remplissent des caisses de produits de première nécessité, font chauffer de l’eau pour les thermos qui permettront de préparer la soupe et le café. Ce jeudi soir, accompagnées de Floris et Marie, deux autres jeunes bénévoles, elles feront le même parcours que les autres semaines.

« Aucune maraude n’a le même itinéraire. L’objectif est que les mêmes bénévoles passent toutes les semaines aux mêmes endroits pour rencontrer les mêmes SDF afin de créer un lien avec eux », explique François Régnier, secrétaire départemental des maraudes pour la Fédération de Paris. « On tourne toute l’année, et les SDF ont largement autant besoin d’aide l’été que l’hiver. Ils comptent sur nous. Certains mettent les poubelles pour garder une place de parking à notre véhicule. On va leur parler, et on les dépanne d’un peu de nourriture, d’une paire de chaussettes… En cas d’urgence, on dispose de numéros pour des demandes d’hébergement. Mais on n’essaie pas de leur faire la morale ou quoi que ce soit, on sait qu’on ne peut pas les sortir de la rue. Ce sont des gens complètement désociabilisés. »
 

Vague de froid : en maraude avec les bénévoles du Secours populaire

« Faire quelque chose à mon niveau pour les plus démunis »

L’équipe démarre. Dans la voiture, les quatre jeunes rient, chantent, échangent des nouvelles, évoquent le repas de fin d’année du Secours populaire, auquel sont invités tous les SDF qu’ils connaissent et les bénévoles. « La solidarité chez moi, c’est presque une tradition familiale », raconte Louise, étudiante en philosophie et bénévole au Secours populaire depuis trois ans. «  À 15 ans, je participais déjà à des soupes populaires. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai été très choquée par le nombre de gens vivant dans la rue, et ça dans l’indifférence générale… À force de croiser les mêmes personnes tous les jours, en bas de chez moi, près de la fac, je voulais vraiment faire quelque chose à mon niveau. »

En 2017, la Région apporte une aide de 80.000 euros au Secours populaire pour la logistique liée à l'aide alimentaire en Île-de-France.

Premier arrêt à La Fourche dans le 17e arrondissement. Les bénévoles retrouvent Michèle, 77 ans, bénévole pour ATD Quart Monde, qui tourne dans le 18e toute la journée pour venir en aide aux sans-abris. Elle échange avec Louise des nouvelles de certaines personnes vivant dans la rue. « Gilbert, ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu… Parmi ceux qu’on ne voit plus, certains sont malades, ou traînent dans le métro quand il fait trop froid… » Didier, 57 ans dont 31 dans la rue, est avec elle. Logé depuis sept mois dans une chambre, il continue à attendre les bénévoles de la maraude du jeudi soir, « pour discuter et boire un café, ça fait un peu de chaleur humaine ».

Sur la place de la Madeleine, l’équipe repère un homme qu’ils ne connaissent pas, accompagné d’un chien et d’un chat. Yohan parle mal français, il accepte un café et quelques produits d’hygiène, mais ne se livre pas. « Il nous faut souvent 3 ou 4 passages avant qu’ils se confient… On ne les force pas. Ce soir, c’est juste une prise de contact. On verra bien s’il est encore là jeudi prochain. »
 

maraude secours pop

« Le pire, c’est quand il pleut »

Le long du Musée d’Orsay, un groupe d’hommes entre deux âges saluent l’arrivée du véhicule du Secours populaire. En mangeant sa soupe, Johnny raconte des blagues sur les « people » qu’il croise en se rendant tous les mercredis à l’entrée du studio Gabriel pour le tournage de l’émission de télévision « Vivement dimanche ». Gérard, 63 ans, à la rue depuis dix ans après avoir perdu son emploi puis son logement, accepte un thé bien fort. « Le pire, c’est quand il pleut, quand l’humidité s’incruste partout. Le froid, je gère grâce à mon duvet que je double d’une couverture polaire, mais c’est pas toujours évident de trouver le sommeil. » Grâce aux associations et aux restaurants solidaires de la Mairie de Paris, il peut se nourrir et se laver. « La venue des bénévoles du Secours populaire, ça nous change, surtout pour les conversations, parce que si on reste entre SDF, on finit par s’ennuyer. »

En leur disant au revoir, les 4 jeunes bénévoles ont un mot gentil pour chacun d’eux. Dans la voiture, Louise raconte sa conversation avec Alain. « Il a retrouvé un travail, et apparemment on lui a aussi prêté une chambre ! Mais il est quand même venu passer la soirée avec ses copains de la rue, et nous voir. C’est rare que l’histoire se finisse bien pour les SDF, confie-t-elle avec émotion. Ça me fait tellement plaisir ! »