Natura 2000 À Buthiers, sur l’île de loisirs régionale, un milieu aussi discret que fragile fait l’objet d’une attention particulière. Sur ces dunes de sables pousse une végétation fragile et rare, aujourd’hui protégée grâce à des travaux de préservation. Financés par la Région, ces aménagements ont été inaugurés ce lundi 1er juin 2026 sur le site labellisé Natura 2000.
Protéger une biodiversité discrète
Ce lundi 1er juin, les travaux de protection de pelouses sur sables sur l’île de loisirs de Buthiers (77) ont été inaugurés. Au cœur du site de la Haute Vallée de l’Essonne, labellisé Natura 2000, un milieu particulier attire l’attention : des dunes sableuses où se développe une végétation rare, discrète et particulièrement vulnérable.
Peu visible à l’œil nu, cette flore est extrêmement fragile, et subit directement les effets de la fréquentation du site : le piétinement entraine l’érosion de cette végétation menacée.
« Ces habitats sont très rares à l'échelle de l'Île-de-France. Étant donné leur rareté, on a un devoir de conservation assez important », explique Audrey Bulté, chargée de mission Forêt et Natura 2000 au Parc naturel régional (PNR) du Gâtinais français. « Le site était assez fréquenté, il y a eu beaucoup de piétinements qui ont abîmé le milieu : des espèces qui étaient censées être présentes ne l'étaient plus. On a eu une perte d'espèces patrimoniales végétales assez importante. »
La disparition de ces plantes n'est pas sans conséquence. Chaque espèce végétale en entraîne d'autres dans sa chute : par exemple l'Azuré du thym, un papillon associé aux pelouses sèches, dépend entièrement du thym pour se développer. Si le piétinement fait disparaître le thym, le papillon disparaît avec lui. « La présence de ces espèces végétales permet la présence de certaines espèces animales », résume Audrey Bulté.
Concilier fréquentation et protection de la biodiversité
Très fréquenté, le site doit concilier les enjeux de préservation aux usages des visiteurs. Les travaux de réhabilitation financés par la Région ont permis d’allier les deux : des petits poteaux en châtaigner reliés par une cordelette basse permettent d’orienter le chemin.
L’objectif ? Intégrer discrètement ces modifications dans le paysage de façon à orienter les circulations sans les interdire.
« On a pris des cartographies de la répartition des habitats sur le site, et en parallèle une cartographie des zones les plus fréquentées. Nous avons décidé de garder les chemins les plus empruntés par le public, afin que certains endroits soient protégés tout en restant accessibles. »
Audrey Bulté chargée de mission Forêt et Natura 2000 au Parc naturel régional (PNR) du Gâtinais français
3 chemins ont ainsi été conservés, permettant à la végétation de reprendre sur les espaces mis en défens. Des panneaux de sensibilisation complètent le dispositif, pour expliquer aux visiteurs pourquoi ces pelouses sont protégées et quelles espèces s’y développent.
Les travaux, coordonnés par le Parc naturel régional du Gâtinais, avec l’appui du Conservatoire botanique du Bassin parisien et des services de la Région, illustre l’objectif de Natura 2000 : préserver les enjeux de protection de la biodiversité francilienne tout en conciliant les usages.
Le label Natura 2000, un soutien pour la biodiversité
Au-delà du symbole, le label Natura 2000 est un outil concret. « Dans un premier temps, il nous a apporté les financements nécessaires pour ces travaux », explique Audrey Bulté.
« C'est aussi un bon outil de sensibilisation lorsqu'on s'adresse aux particuliers : avoir une labellisation concrète change les choses. Et surtout, cela permet un suivi humain dans le temps, pour accompagner ces habitats et ces espèces sur la durée. ».
Qu’est-ce que le réseau Natura 2000 ?
Lancé au milieu des années 2000, le réseau Natura 2000 a pour objectif de sauvegarder les milieux naturels remarquables et les espèces qui y vivent. Aujourd’hui coordonné à l'échelle européenne, il représente près de 27 000 sites terrestres et marins, dont 1 756 en France, et 33 en Île-de-France.
Un site protégé au cœur de l’Essonne
Cette végétation est située au cœur du site de Haute vallée de l’Essonne, sur le territoire du Parc naturel régional du Gâtinais français.
Les 971 ha du site couvrent une mosaïque de milieux :
- Des endroits secs comme des pelouses ou des landes,
- Des milieux humides tels que des marais,.
- Une diversité de sols (sables et grès de Fontainebleau, sols calcaires, limons marno-argileux...)
- Cet ensemble favorise la présence d’une pluralité d’habitats où vit un cortège d’espèces rares ou menacées au niveau européen.
« Sur la vallée de l'Essonne, il y a une diversité d'habitats assez rares », souligne Audrey Bulté. « On retrouve par exemple deux espèces de Vertigo, un petit mollusque caractéristique des marais, qui font l'objet d'un suivi particulier. Il y a aussi la Cordulie à corps fin, une petite libellule rare et protégée, ou encore les Cachéchinés, de petits papillons des pelouses sèches. La diversité floristique et faunistique est assez importante sur le site. ».
Comme sur l’ensemble du réseau Natura 2000, la gestion du site concerne différents acteurs : le Parc naturel régional du Gâtinais coordonne les actions en travaillant avec l’ensemble des acteurs et propriétaires du site, sur la base du volontariat. « On apporte du conseil et du soutien aux propriétaires privés, aux communes, ou à la Région sur quelles mesures mettre en place pour la préservation de la biodiversité », précise Audrey Bulté.
Un projet financé par la Région Île-de-France et les fonds européens
Les travaux réalisés sur l’île de loisirs ont été financés par la Région, à hauteur de 25 700 euros. Plus largement, la gestion du site est financée par la Région via le Fonds européen agricole pour le développement rural, dit FEADER.
Selon les besoins de protections identifiés sur le site, des financements régionaux peuvent être mobilisés sous la forme de « contrats Natura 2000 » (un dispositif également financé par la Région et le FEADER) ou d’autres dispositifs régionaux liés à la biodiversité.