Patrimoine Dans le cadre de sa mission d’inventaire, la Région poursuit l’étude des communes du territoire francilien. Depuis un an, Gaétan Richard, conservateur du patrimoine, mène une opération d’inventaire sur le territoire de Montfort-l’Amaury (78), afin de mettre en lumière des aspects méconnus de son histoire et d’entrer dans une compréhension fine de l’évolution de la ville. Les données produites constitueront des ressources au service du développement du territoire.
Pour quelles raisons la Région a-t-elle choisi d’étudier le patrimoine de la commune de Montfort-l’Amaury ?
Gaétan Richard, conservateur du patrimoine à la Région : L’inventaire de la commune de Montfort-l'Amaury procède d’une volonté de la Région d’étudier les villes structurantes du territoire régional. Si le rayonnement de Montfort-l'Amaury est aujourd’hui relatif, la ville fut durant de nombreux siècles à la tête du comté de Montfort et abritait à ce titre le siège des institutions et juridictions locales. Montfort est donc une ville de première importance pour la compréhension du territoire qui comprend le plateau de la forêt de Rambouillet et les plaines du cœur des Yvelines. L’étude de cette commune viendra compléter de nombreux inventaires topographiques menés dans les années 1980 et 1990 sur la moitié sud des Yvelines, qui ont contribué à renouveler la connaissance de ce territoire.
Par ailleurs, la ville de Montfort-l'Amaury est située sur le territoire du parc naturel régional de la Haute vallée de Chevreuse, partenaire majeur de la Région en matière de recherche et qui est associé à cet inventaire, notamment pour l’étude des zones rurales de la commune.
La ville de Montfort-l'Amaury, particulièrement impliquée dans la préservation et la mise en valeur de son patrimoine, a accueilli chaleureusement l’étude d’inventaire conduite par la Région. Cette volonté commune d’œuvrer de concert à une meilleure connaissance du territoire communal a permis la mise en œuvre du projet.
Pourriez-vous définir le territoire de votre étude ?
G.R. : Pour cette opération, nous avons choisi d’étudier l’ensemble du territoire communal de Montfort-l’Amaury. Il comprend le noyau urbain et son espace rural.
En effet, la ville de Montfort-l’Amaury, presque millénaire, est riche d’un patrimoine exceptionnel. Non seulement s’y dressent des monuments remarquables, comme l’église Saint-Pierre, le cimetière des XVIe et XVIIe siècles ou encore le château de Groussay, mais elle est particulièrement bien conservée et sa morphologie ancienne s’y lit encore aisément. Ainsi on trouve dans le cœur de bourg un certain nombre de maisons à pan-de-bois du XVIe siècle ou encore des maisons de notables des XVIIe et XVIIIe siècles. Les espaces ruraux de la ville présentent, eux aussi, des éléments patrimoniaux intéressants, dont les fermes de la Vignette et de Chateluis sont les meilleurs exemples.
Ce choix a également été dicté par le souci de ne pas étudier la ville en l’amputant de son territoire. À Montfort-l'Amaury, en particulier, le développement de la ville ne saurait s’expliquer sans la géographie et la géologie locales. Par exemple, c’est sa situation sur une éminence, sur le bord nord du plateau de Rambouillet, dominant la vallée de la Mauldre, qui explique que ce site a été fortifié à la fin du Xe siècle. La construction de ce château est d’ailleurs à l’origine de la toponymie actuelle : dès 1022, le lieu est désigné dans une charte comme « Monteforte », référence explicite à la topographie.
Cette étude d’inventaire devra permettre d’approfondir non seulement la connaissance du patrimoine de la commune mais aussi celle du territoire lui-même. La ville de Montfort-l'Amaury semble en effet être restée dans l’ombre de ses monuments emblématiques classés monuments historiques. Du XIXe siècle à nos jours, la majorité des recherches et des publications portant sur Montfort se sont concentrés presque exclusivement sur les édifices protégés, à commencer par le château, l’église (principalement ses vitraux) et le cimetière. Les publications générales les plus récentes, quant à elles, tentent de proposer une synthèse sur les dix siècles d’histoire de Montfort, mais sans intégrer d’étude du patrimoine. Grâce à une méthode scientifique rigoureuse, l’inventaire de Montfort-l'Amaury se propose d’entrer dans une compréhension fine de l’évolution de la ville, de faire la lumière sur des aspects plus méconnus de son histoire en croisant l’analyse du bâti avec celle des sources historiques.
Qu’avez-vous pu observer à ce stade de votre étude ?
G.R. : Bien qu’elle ne soit pas encore achevée, l’étude de Montfort-l'Amaury nous a déjà livré un certain nombre d’enseignements. En voici quelques-uns en guise d’illustration.
Tout d’abord, l’analyse du bâti montre que la ville s’est profondément renouvelée au début du XVIe siècle. Cela se vérifie tant pour les monuments – l’église, le château et le cimetière sont tous les trois édifiés ou transformés au XVIe siècle, notamment sous l’impulsion d’André de Foix, comte engagiste de Montfort entre le milieu des années 1520 et les années 1540 – que pour l’architecture civile, comme en témoignent quelques maisons à pan-de-bois encore bien conservées.
Nos recherches nous ont aussi amené à étudier des documents d’archives inédits ou bien peu exploités. Deux exemples :
- L’analyse approfondie d’un plan parcellaire de la ville de Montfort des toutes premières années du XVIIIe siècle nous permet de comparer le bâti actuel à celui de la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, et d’identifier les édifices déjà présents à l’époque
- D’autre part, la découverte d’un registre de compte concernant l’érection de l’enceinte urbaine moderne de Montfort nous a permis de remettre en question sa datation admise jusque à présent autour de 1570, et identifier sa période de construction entre 1529 et 1532.
Par ailleurs, grâce aux aimables propriétaires qui nous ouvrent leurs portes, nous avons également pu mettre au jour une des caractéristiques de l’architecture montfortoise : l’importante concentration de caves voûtées dans le centre historique. Celles-ci sont parfois remarquables par leur ancienneté (XIIe-XVe siècles) ou par leur dispositions (caves sur deux niveaux superposés, configuration à vaisseau central commandant des paires de cellules perpendiculaires, etc.).
Quelles sont les perspectives de valorisation de votre étude ?
G.R. : Comme pour toute étude d’inventaire, la connaissance ainsi mise au jour sera organisée en dossiers diffusés sur les bases de données patrimoniales de la Région et du ministère de la Culture. Nous proposerons des dossiers de synthèse sur l’évolution de la ville et sur des typologies architecturales, ainsi que des dossiers monographiques traitant d’un édifice particulier.
Les images issues de l’étude seront diffusées en ligne sur la photothèque du patrimoine.
D’autres modes de valorisation pourront être proposés à l’issue de l’étude, tels qu’une publication, des conférences, des visites commentées, une exposition photographique, etc.
Je tiens d’ores et déjà à remercier chaleureusement les Montfortois pour l’accueil bienveillant et souvent passionné qu’ils réservent à notre démarche. Je suis particulièrement reconnaissant aux propriétaires qui nous ont ouvert leur maison et sans le concours desquels il serait impossible de mener à bien une telle étude.
Je souhaite enfin témoigner ma gratitude à la municipalité de Montfort-l'Amaury, et tout spécialement à Madame Christiane Métreau, Adjointe au maire en charge du Patrimoine et du Tourisme, pour le partage de sa connaissance de l’histoire et du territoire de la commune ainsi que pour son relais efficace sur le terrain.
Qu'est-ce que l’inventaire topographique ?
Créé par André Malraux et André Chastel en 1964, l’Inventaire général du patrimoine culturel est une entreprise scientifique dont la mission est de recenser, d’étudier et de faire connaître le patrimoine pour constituer une documentation unique sur le territoire.
Compétence obligatoire de la Région, l’Inventaire se caractérise par sa méthode rigoureuse reposant sur le croisement de l’observation et l’analyse du patrimoine in situ avec les données issues des sources historiques. Parcelle à parcelle, les chercheurs repèrent les éléments patrimoniaux du territoire étudié avant d’en sélectionner certains pour en approfondir l’étude. Les photographes spécialisés, quant à eux, les fixent par l’image pour les documenter et en faire mémoire.
L'Inventaire contribue ainsi à identifier les patrimoines d’un territoire et participe à une reconfiguration perpétuelle des contours du patrimoine.
La recherche se structure également autour de grandes thématiques transversales afin de couvrir tout le territoire francilien : patrimoine industriel, rural, sportif…
Les données issues des études de l’Inventaire sont consultables en ligne, ouvertes à tous et accessibles gratuitement :
- sur la base de données de l'Inventaire général du patrimoine culturel (Gertrude)
- sur la photothèque du patrimoine