Patrimoine Dans le cadre de sa mission d’inventaire, la Région poursuit l’étude des communes du territoire francilien. À Crécy-la-Chapelle, au cœur de la Seine-et-Marne (77), une opération d’inventaire est menée par Romuald Goudeseune, conservateur du patrimoine, pour retracer l’évolution urbaine et architecturale de la commune. Les données produites constitueront des ressources au service du développement du territoire.
Pourquoi la Région a-t-elle fait le choix d’étudier le patrimoine du territoire de Crécy-la-Chapelle ?
La connaissance du patrimoine architectural est un maillon essentiel de la chaîne patrimoniale et permet de distinguer sur un territoire donné les éléments récurrents des éléments exceptionnels qui méritent d’être signalés. C’est la raison pour laquelle la Région, après avoir mené des inventaires dans des villes comme Meaux ou Melun, a souhaité porter son attention sur des communes plus petites, dont le patrimoine demeure particulièrement riche.
Crécy-la-Chapelle est depuis longtemps connue des services pour plusieurs raisons : une collégiale classée monument historique dès 1846, le paysage urbain façonné par les bras du Grand Morin, ainsi que les ponts, passerelles et lavoirs. Ce patrimoine lié à l’eau est d’ailleurs reconnu comme un secteur patrimonial remarquable et abrite l’un des premiers sites labellisés « Patrimoine d’intérêt régional » en 2018 : le Moulin Jaune, attesté sous l’ancien Régime sur la rivière du Grand Morin, artère essentielle de la commune. Il s’agit d’un lieu culturel atypique, qui propose des résidences d’artistes et des temps festifs d’ouverture aux publics. Crécy est également destinée à devenir l’une des villes-portes du futur Parc naturel régional de Brie-et-deux-Morin en préfiguration.
Ce territoire créçois présente par ailleurs la particularité d’être constitué de deux communes que tout oppose depuis des siècles et qui, depuis le regroupement opéré en 1972, continuent de se forger un avenir commun. Crécy-en-Brie, très urbanisée, était l’une des plus petites communes du département de Seine-et-Marne. À l’inverse, La Chapelle-sur-Crécy était vaste et tout autant peuplée – chacune comptant environ un millier d’habitants.
L’étude du patrimoine architectural de ce territoire singulier était donc un enjeu majeur afin de compléter la connaissance du patrimoine naturel, déjà bien identifié par le PNR.
Qu’avez-vous pu observer, à ce stade de votre étude, concernant l’histoire urbaine et architecturale de Crécy ?
Crécy est connue pour ses enceintes d’origine médiévale ; on sait en revanche peu de choses sur son habitat domestique et son patrimoine industriel.
Sur le premier sujet, l’étude a permis de mieux comprendre les transformations du bâti tout au long de la deuxième partie du XIXe siècle, époque à laquelle Crécy était une cité prospère grâce au commerce. Les foires annuelles sont un lointain souvenir ; mais le commerce du quotidien permettait des enrichissements nombreux dont les conséquences se devinent dans l’ornement des façades sur rue. Les corniches sont par exemple très présentes à Crécy ; elles témoignent de ce raffinement et de l’enrichissement des propriétaires. C’est l’un des enseignements du repérage effectué par Claudia de Freitas, collaboratrice-stagiaire pour cette étude. Certaines maisons cossues construites à cette époque ont été le fait de nouveaux résidents qui ont peu à peu pris la place des petites industries polluantes installés au bord de la rivière. À sa manière, la commune est devenue une cité de villégiature, avant que certains propriétaires ne décident finalement de s’installer définitivement sur les bords du Morin.
Je remercie ici les habitants qui ont bien voulu nous ouvrir leurs portes et nous ont permis de découvrir des richesses insoupçonnées depuis la rue : des caves, des façades sur jardin presque invisibles - sauf, parfois, depuis les promenades - et très ouvragées, des escaliers anciens dans des maisons reconstruites, ou encore des lavoirs ou lavoirs-salle de bains, une typologie insoupçonnée relative à l’hygiène et qui témoigne une nouvelle fois de l’importance de la rivière dans la ville.
En plus de l’activité de commerce, la bibliographie nous apprend que Crécy a été une ville très industrieuse. Durant plusieurs siècles, le travail des peaux (tannerie, corroierie, chamoiserie …) y a été une activité importante, du fait de la présence des bras du Grand Morin - dits localement « brassets » -, qui apportaient une eau indispensable aux différentes opérations. Il ne reste aujourd’hui plus aucune trace des bâtiments qui ont servi à cette activité. La dernière tannerie, à l’entrée de la ville, a été démolie complètement dans les années 1960-70.
En revanche, la surprise se trouvait juste en face, de l’autre côté du champ de foire : l’une des plus grandes scieries d’Île-de-France, installée depuis plus d’un siècle sur un immense terrain couvrant plusieurs hectares. La richesse de cette découverte réside dans la stratification des bâtiments qui retracent la diversification des activités de traitement du bois tout au long du XXe siècle. Avec mon collègue photographe, Laurent Kruszyk, nous avons ainsi eu l’occasion de réaliser plusieurs « portraits » de machines anciennes aujourd’hui à l’abandon sur le site, après sa liquidation, à la suite des inondations de l’automne 2024.
Avez-vous pu relever d’autres singularités ?
Un autre intérêt du patrimoine créçois réside dans les bâtiments scolaires. Si les écoles de Crécy sont relativement connues, deux majestueux bâtiments de briques s’élèvent du côté de la mairie pour les garçons et du côté de la porte de la Chapelle pour les filles (il s’agit aujourd’hui du collège Montplaisir). Derrière l’imposante mairie de l’ancienne commune de La Chapelle, sur la route départementale, se cache en effet un élégant bâtiment à pans de fers hourdé de briques. Il s’agit d’un quasi prototype d’école publique, tel qu’il a pu être présenté par son architecte, Stanislas Ferrand, à l’exposition universelle de Paris en 1878. Elle est encore debout près de 150 ans après sa construction, et représente peut-être un cas unique dans le patrimoine scolaire français. Elle était à la pointe de l’hygiénisme au service des élèves, afin qu’ils puissent travailler dans les meilleures conditions climatiques. Un éternel questionnement des architectes, jusqu’aux problèmes de surchauffe des classes lors des canicules de l’été 2026 !
Quels sont les projets de valorisation de cette étude ?
Nous avons eu la chance d’accueillir en septembre 2025 la première randonnée patrimoniale organisée par la Région, en partenariat avec Enlarge Your Paris. Cette balade, entrecoupée d’une pause artistique au Moulin Jaune, a été l’occasion de donner à voir la diversité des paysages et des patrimoines qui structurent ce territoire briard.
Lors des journées du patrimoine 2026, une conférence a permis aux Créçois et à l’ensemble des personnes présentes de découvrir les premiers enseignements de cette enquête menée tambour battant.
Dans les mois qui viennent, la commune de Crécy qui soutient ardemment ce projet, souhaite diffuser ces connaissances dans une publication riche de photographies. Elle permettra aux habitants de mieux s’approprier leur patrimoine et leur donner des clés de lecture pour appréhender les singularités de leur cadre de vie. Elle incitera les Franciliens à découvrir les richesses du territoire. Les nombreuses photographies réalisées par la Région dans le cadre de cette enquête contribueront à cet objectif.
Au terme de votre étude, quel regard portez-vous sur le projet ?
Les patrimoines sont une réalité bien vivante ; ils ne peuvent perdurer que par la prise de conscience de chacun. Il m’apparaît donc important de tout faire pour que les citoyens s’approprient les données issues de l’Inventaire. À Crécy, le charme qui se dégage du bourg est très fragile et il importe de préserver un volume important de détails architecturaux qui constituent un ensemble unique et authentique.
Il appartient à la mission d’Inventaire de faire connaître ces spécificités en incitant à restaurer l’existant plutôt que de détruire les rares traces du passé.
Plus d’une fois, Crécy-la-Chapelle a su faire preuve de résilience, notamment lorsqu’elle a été confrontée aux crues de sa rivière tempétueuse. Et je crois que cela s’explique aussi par un attachement à ce patrimoine unique et singulier que les habitants ont toujours cherché à préserver, malgré les aléas de la nature.
Rando-patrimoine en Seine-et-Marne : arpentez la « Venise briarde » et découvrez le Moulin Jaune, labellisé « Patrimoine d’intérêt régional » et « Jardin remarquable » (77)
Du village de Crécy-la-Chapelle à Villiers-Morin, sur 6,5 km de gare en gare, arpentez la Seine-et-Marne le long de la rivière du Grand Morin. Découvrez des trésors du patrimoine religieux, architectural et industriel : le bourg médiéval de Crécy-la-Chapelle, terre des peintres des XIXe et XXe siècles, la collégiale Notre-Dame de l’Assomption, des hôtels particuliers ou encore un cimetière protestant au milieu des bois…
Le parcours s’achèvera au Moulin Jaune, témoin du patrimoine industriel reconverti en espace de création contemporaine. Une programmation festive et artistique proposée par le maître des lieux, le clown Slava Polunin, vous y attend.