vue du ciel Un aéronef décarboné, conçu et fabriqué en Île-de-France, qui remplace l'hélicoptère pour inspecter lignes électriques, gazoducs et voies ferrées : c'est le pari tenu par HyLight, deeptech francilienne lauréate du dispositif régional Jeune pousse industrielle. Rencontre avec Martin Bocken, CEO et cofondateur.

« Regarde là-haut dans le ciel ! Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c'est le dirigeable d’HyLight ! »

Depuis quelques années, les habitants d’Île-de-France ont pu apercevoir un drôle d'engin sillonner le ciel : l’aéronef d’une start-up francilienne. 

Basée à Brétigny-sur-Orge (91), la deeptech HyLight fabrique des drones-dirigeables à hydrogène capables de survoler lignes électriques, gazoducs et voies ferrées pendant 10 heures, sans émissions polluantes. Une technologie innovante appelée à modifier les usages du secteur de la surveillance aérienne.

Crédit photo : © HyLight

L’innovation est soutenue par la Région Île-de-France, qui accompagne depuis 2023 la montée en puissance industrielle de l’entreprise via les dispositifs Innov'up Leader, puis Jeune pousse industrielle. 

Dans le cadre de sa stratégie « Impact 2028 », la Région renforce en effet son soutien aux entreprises qui implantent leur première usine en misant sur la décarbonation, l'efficacité énergétique et la circularité de leur production.

Rencontre avec le CEO et cofondateur d’HyLight, Martin Bocken.

Entretien avec...

Martin Bocken, CEO et cofondateur d'HyLight

  • Développement économique

HyLight est une deeptech francilienne, basée à Brétigny-sur-Orge (91), qui conçoit et fabrique le HyLighter : un drone-dirigeable à hydrogène pensé pour l'inspection des infrastructures comme les lignes électriques, gazoducs et voies ferrées. Porté par l'hélium et propulsé par une pile à hydrogène, il vole jusqu'à 10 heures et 350 km sans une seule émission polluante.

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter HyLight ? Quelle est votre solution ?

Martin Bocken : HyLight développe, fabrique et opère des drones-dirigeables à hydrogène pour l'inspection autonome et longue distance des infrastructures critiques : lignes électriques, gazoducs, voies ferrées. Notre appareil, le HyLighter, est un croisement entre le drone et le dirigeable. Il vole lentement, longtemps et sans émission, ce qui lui permet de collecter des données d'une précision que l'hélicoptère, moyen de référence aujourd'hui, ne peut pas atteindre. Nous ne nous arrêtons pas à la collecte : nous analysons ces données pour livrer aux gestionnaires de réseaux les défauts détectés sur leurs infrastructures, directement exploitables par leurs équipes de maintenance. Nous travaillons avec les plus grands gestionnaires de réseaux européens : Enedis, NaTran (ex-GRTgaz), Teréga, SNCF Réseau, GRDF. Nos inspections remplacent des tournées qui se faisaient jusqu'ici en hélicoptère.

D'où est venue l'idée de HyLight ?

M.B. : D'un constat simple : en 2026, on inspecte encore des centaines de milliers de kilomètres de réseaux avec des hélicoptères, exactement comme il y a cinquante ans. C'est cher, polluant, dangereux pour les équipages, et surtout inefficace : un hélicoptère passe à 100 km/h au-dessus de l'infrastructure, il ne peut pas voir le détail qui annonce la panne. Les drones classiques, eux, tiennent 30 minutes en l'air, ils n'ont pas l'endurance pour couvrir ces distances. Il manquait un appareil pensé pour ce problème précis : voler des heures, lentement, au plus près de l'infrastructure. Le dirigeable s'est imposé comme une évidence physique avant d'être un choix technologique.

Nous avons fondé HyLight à 3 : Josef Rokůsek, CTO, un ami d'enfance, et Thomas Laporte, CBO, rencontré pendant mes études. Le moment où ça a cessé d'être une idée, c'est l'été 2022, sur la base de Brétigny. Après des mois d'itérations et de vols ratés, notre appareil a tenu 45 minutes de vol stable. Nous étions tous les 3 sur la piste à le regarder, et nous nous sommes dit que ça allait marcher. Ces 45 minutes sont devenues 10 heures d'autonomie, et notre atelier qui fabrique les HyLighters aujourd'hui en opération chez Enedis et à la SNCF est à quelques centaines de mètres de cette piste.

Pourquoi un dirigeable plutôt qu'un drone classique ?

M.B. : Tout est une question d'énergie. Un drone multirotor dépense l'essentiel de son énergie à se maintenir en l'air : il vole moins d'une heure. Un dirigeable, lui, est porté gratuitement par l'hélium, un gaz inerte, et l'énergie ne sert qu'à avancer. Cette énergie, nous la produisons à bord avec une pile à combustible à hydrogène : c'est ce qui donne l'endurance, avec de l'eau pour seul rejet. L'hélium porte, l'hydrogène propulse.

Résultat : le HyLighter vole jusqu'à 10 heures et couvre jusqu'à 350 km en une seule mission. Sa lenteur, environ 35 km/h, est un atout : c'est précisément ce qui permet de capter des données de très haute qualité, là où l'hélicoptère passe trop vite pour voir. Et en cas de panne, un dirigeable descend doucement au lieu de tomber. C'est un avantage de sécurité déterminant pour obtenir les autorisations de vol hors vue au-dessus du territoire.

Crédit photo : © HyLight

Concrètement, comment se déroule une mission d'inspection ?

M.B. : Nos équipes se déploient sur le terrain avec le HyLighter, qui se transporte facilement par la route. L'appareil décolle à proximité du réseau à inspecter, puis suit son plan de vol de manière automatique le long de l'infrastructure, en embarquant des capteurs adaptés à chaque mission : caméras très haute résolution, capteurs de détection de méthane pour les fuites de gaz, etc. Les données sont ensuite analysées pour livrer au client un diagnostic précis de son réseau : défauts sur les ouvrages, végétation menaçante, fuites. Ce ne sont plus des démonstrations : nos équipes enchaînent ces campagnes sur plusieurs jours consécutifs, chez plusieurs gestionnaires de réseaux, et livrent des diagnostics directement exploitables par leurs équipes de maintenance.

Les premières années d'une deeptech sont souvent les plus difficiles. Quels sont les principaux obstacles auxquels vous avez fait face ?

M.B. : Trois obstacles principaux. D'abord, la technologie elle-même : personne n'avait construit d'appareil comme le HyLighter, il a fallu tout inventer, itérer vite et accepter d'échouer souvent avant de converger. Ensuite, la réglementation : faire voler un aéronef hors vue au-dessus du territoire, c'est un parcours exigeant avec les autorités aériennes. Exigeant mais sain, car la sécurité est au cœur de notre métier. 

Enfin, le temps long du marché : nos clients sont de grands opérateurs d'infrastructures, avec des cycles de décision longs. Il faut prouver, re-prouver, industrialiser. La bonne nouvelle, c'est que quand la confiance est là, elle est solide : nos clients ne s'arrêtent pas au test, ils reviennent avec des demandes en volume de plus en plus importantes.

La Région Île-de-France joue un rôle d'accélérateur d'écosystème : elle met autour de la table des acteurs qui, sinon, mettraient des années à se rencontrer.

HyLight a bénéficié de 2 dispositifs de la Région Île-de-France : Innov'up Leader (PIA) et Jeune pousse industrielle. À quel stade sont intervenues ces aides, et à quoi ont-elles servi ?

M.B. : Innov'up Leader est intervenu en 2023, à un moment charnière où il fallait passer du prototype à un appareil industriel et fiabilisé. L'aide a directement financé notre R&D. Le dispositif Jeune pousse industrielle nous a ensuite accompagnés en 2025, au moment de notre montée en puissance industrielle. Pour une deeptech hardware comme la nôtre, où chaque itération coûte cher et où les revenus arrivent après des années de développement, ces financements non dilutifs sont décisifs : ils permettent de tenir le cap technologique sans sacrifier l'ambition.

Au-delà du financement, le soutien de la Région vous a-t-il ouvert des portes ?

M.B. : Oui, clairement. Le label régional est un signal de crédibilité vis-à-vis de grands comptes comme Enedis ou SNCF Réseau, et vis-à-vis des investisseurs. Plus largement, la Région joue un rôle d'accélérateur d'écosystème : elle met autour de la table des acteurs qui, sinon, mettraient des années à se rencontrer.

Vous êtes une entreprise francilienne. Est-ce un choix assumé de rester en Île-de-France ?

M.B. : Complètement assumé. Nous sommes basés à Brétigny-sur-Orge, dans l'Essonne, et l'Île-de-France concentre tout ce dont une deeptech aéronautique a besoin : les sièges de nos clients (Enedis, SNCF Réseau, NaTran…), un vivier d'ingénieurs exceptionnels issus des meilleures écoles, un tissu de sous-traitants industriels et l'écosystème aérospatial du sud francilien. C'est aussi une question de vitesse : quand vos clients, vos talents et vos partenaires sont à moins d'une heure, vous itérez plus vite. Nous nous développons en Europe, mais le cœur technologique et industriel de HyLight est et restera francilien.

Votre dirigeable était visible à l'entrée de VivaTech cette année. C'était une première à cette échelle ? Comment cette présence s'est-elle décidée ?

Crédit photo : © Région Île-de-France

M.B. : C'était effectivement une première à cette échelle pour nous. L'opportunité s'est construite notamment avec SNCF : nous sommes montés sur scène avec Altametris autour de la séquence « La data vue du ciel ». Exposer le HyLighter en entrée de salon, c'était une manière très concrète de montrer que la deeptech française, ce ne sont pas que des slides : c'est un objet volant réel, fabriqué en Île-de-France, déjà en opération chez les plus grands opérateurs d'infrastructures du pays. Et un dirigeable, ça ne laisse personne indifférent : les visiteurs s'arrêtent, posent des questions, comprennent immédiatement.

Quel retour avez-vous eu après le salon ?

M.B. : Un retour très fort, à trois niveaux : des contacts commerciaux qualifiés, y compris internationaux ; un intérêt marqué d'investisseurs et de partenaires industriels ; et beaucoup de candidatures spontanées, car la visibilité de VivaTech est aussi un formidable outil de recrutement. Au-delà des chiffres, ce qui nous a marqué, c'est la fierté que suscite le projet : un aéronef décarboné conçu et fabriqué en France, ça parle à tout le monde.

Où en êtes-vous sur le plan industriel : fabrication, recrutement, prochaines certifications ?

M.B. : Sur la fabrication, nous montons en cadence dans notre atelier francilien pour produire une flotte de HyLighters capable de répondre à la demande : nos clients veulent couvrir des milliers de kilomètres par an. Sur le recrutement, nous sommes une trentaine aujourd'hui et nous recrutons activement, pour structurer cette montée en puissance. Sur le plan réglementaire, nous travaillons avec les autorités françaises et européennes sur les autorisations de vol hors vue à grande échelle, qui sont la clé de l'industrialisation de nos opérations.

Dans 10 ans, où voyez-vous HyLight ?

M.B. : Dans 10 ans, je veux que le HyLighter devienne le standard mondial de l'inspection d'infrastructures linéaires. Que faire voler un hélicoptère pour inspecter une ligne électrique paraisse aussi anachronique qu'envoyer un télégramme. Concrètement : des flottes de HyLighters opérant en continu sur les réseaux européens, américains et au-delà, une usine française qui les produit en série, et un service qui livre aux opérateurs une connaissance permanente de l'état de leurs réseaux. Nous ne vendons pas des machines, nous vendons cette connaissance, et la machine est ce qui nous permet de la produire mieux que quiconque. Le tout en ayant prouvé qu'on peut construire une aviation nouvelle, décarbonée, depuis l'Île-de-France.

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