Villégiature L'écrivain a acquis en 1878 à des fins de villégiature cet édifice datant de 1840. Et y a commandé de nombreux aménagements et transformations. Accueillant amis et famille, y travaillant également, il occupera les lieux bien au-delà de la belle saison. Le site, devenu musée dans les années 1980, se visite toute l’année.

C’est en cherchant un logis à louer pour passer l’été à la campagne que Zola achète, le 28 mai 1878, une maison implantée sur un terrain de 1 200 m² situé en bord de Seine, à Médan. Avec cette acquisition commence une aventure qui mène l’écrivain à acheter de nombreuses terres afin d’étendre son domaine. Parallèlement, il commande constructions et aménagements pour lesquels il se fait maître d’œuvre, demandant conseil à son ami l’architecte Frantz Jourdain, les chantiers étant conduits par des entrepreneurs du village.

« J’ai acheté une maison, une cabane à lapins, entre Poissy et Triel, dans un trou charmant au bord de la Seine ; neuf mille francs, je vous dis le prix pour que vous n’ayez pas trop de respect. La littérature a payé ce modeste asile champêtre. »

La maison d’origine, datant des années 1840, est implantée en bord de rue, en haut d’une pente douce. Le bas du terrain longe la voie du chemin de fer Paris-Rouen : la propriété est accessible depuis la gare Saint-Lazare par les stations de Triel, de Poissy ou la halte de Villennes. La bâtisse, couverte d’ardoises, en maçonnerie sous enduit, est élevée sur un soubassement en moellon de meulière ; elle se compose d’un rez-de-chaussée côté cour formant premier étage côté jardin, comprenant un vestibule, une cuisine et une salle à manger ; d’un premier étage doté de deux chambres et deux cabinets, enfin d’un grenier avec chambres mansardées.

En octobre 1878, le nouveau propriétaire entreprend une première extension, la tour Nana. De plan carré, la construction est également en maçonnerie sous enduit, la brique placée en chaînes d’angle et en bandeaux, ainsi qu’aux chambranles de baies, rythmant la composition. Elle comprend au rez-de-chaussée une salle à manger et une cuisine ; à l’étage, la chambre de l’écrivain donne à la fois sur la Seine et sur la future allée des Tilleuls ; la salle de bains, sur la cour. Enfin, au dernier niveau, Zola installe son cabinet de travail : une vaste pièce de 10 mètres de côté, s’élevant sur 5,5 mètres de hauteur, largement vitrée et dotée d’un balcon, surmontée en outre d’une terrasse donnant sur le panorama du fleuve et de l’île du Platais.

Cet espace a davantage les proportions de l’atelier d’un peintre d’histoire, comme le décrit son ami Paul Alexis. Il est meublé d’une cheminée Renaissance « colossale, où un arbre rôtirait un mouton entier », achetée 1 200 francs en février 1879, sur la hotte de laquelle Zola fait peindre la devise latine Nulla dies sine linea, « pas de jour sans une ligne ». Au fond, une sorte d’alcôve dans laquelle est disposé un divan, au milieu, la table de travail fait face à la large baie vitrée. Au-dessus de l’alcôve, une mezzanine accessible par un escalier tournant accueille la bibliothèque ; l’escalier se poursuivant jusqu’au toit terrasse d’où la vue alentours est magnifique.

Devenu propriétaire de trois hectares dans l’île du Platais, l’écrivain y fait construire, en 1880, un chalet qu’il baptise Le Paradou, du nom du jardin imaginé dans son roman La Faute de l’abbé Mouret. Il est peu probable qu’il s’agisse du remontage d’éléments du pavillon de la Suède et de la Norvège, achetés lors des démolitions de l’Exposition universelle de 1878, celui-ci ayant été réinstallé à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Composé d’un soubassement de meulière, de murs en brique et d’un toit de tuile aux rives et bordures longées de lambrequins en bois savamment découpés, entièrement entouré d’un balcon en bois à l’étage, il s’agit plus sûrement d’une construction dans le style des habitations suisses, alors en vogue dans les destinations de villégiature.

Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : ©- Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France
Maison de Zola - Médan (78) - Crédit photo : © Stéphane Asseline, Région Île-de-France

Dans l’unique pièce entièrement lambrissée en sapin, dotée d’une grande cheminée en faïence bleue, largement vitrée sur la Seine et la nature, Zola se retire et écrit au calme. Pour accueillir ses amis, il fait élever en 1881 le pavillon Charpentier, du nom de son éditeur. Implantée à proximité de la tour carrée, la construction de brique aux balcons et lambrequins de bois, stylistiquement proche du Paradou, affiche son statut de maison d’appoint. Au nord de la propriété, en 1882-83, Zola bâtit une ferme, une maison de gardien, sobres constructions en meulière, et une vaste serre. On accède à l’ensemble par une longue allée de tilleuls qu’il fait planter.  Enfin, en 1885-1886, s’élève la tour Germinal. De plan hexagonal, elle comprend un rez-de-chaussée très haut de plafond pour la vaste salle de billard ; à l’étage une lingerie à usage de salon de couture et des chambres de domestiques.

Soucieux de son confort et de celui de ses hôtes, Zola conçoit sa maison en fonction des aménagements intérieurs. Il porte une attention particulière aux commodités (calorifères, éclairage au gaz, salles de bains…), aux décors et à l’ameublement, au détriment de la composition générale. Il ne se soucie guère, par exemple, d’accorder la composition des élévations des trois corps de bâtiment. Il se révèle ainsi plus décorateur qu’architecte, ne cessant d’acquérir des ornements et éléments de second œuvre (cheminées, vitraux, tentures) ainsi que des objets d’art, des tableaux, des sculptures, des instruments de musique. Ces achats n’ont pas pour vocation d’enrichir une collection mais de constituer un intérieur mûrement réfléchi. Zola fait également exécuter des décors. En mars 1886, le peintre-verrier Henri Baboneau dessine, en suivant les prescriptions de l’écrivain, les quatre grandes verrières de la salle de billard, ornées de paons, d’oiseaux aquatiques et de fleurs, motifs qui annoncent l’Art nouveau. La même année, Zola paye 2 050 francs le mosaïste Giuseppe Facchina pour le sol de cette salle, tandis qu’il se procure les armoiries des seigneurs de Médan et de différentes villes d’où sont originaires ses ancêtres (Dourdan, Venise, Corfou, Trieste) pour être peintes dans le décor du plafond à poutres et solives. Il demande également à Baboneau de remonter des fragments de vitraux anciens pour clore certaines baies.

Edmond de Goncourt prise peu cet éclectisme, reflet assumé de la personnalité de son auteur qui choisit de ne pas se soumettre au bon goût. Dès 1881, il écrit dans son journal : « C’est fou, absurde, déraisonnable, […]. Le cabinet de travail […] est très abîmé par une bibeloterie infecte. Des hommes d’armes, toute une défroque romantique. »

En 1895, Zola aménage dans le sous-sol un laboratoire de développement photographique, afin d’assouvir sa passion pour ce nouvel art. Il photographie à maintes reprises sa propriété médanaise, ses jardins, ses animaux – à commencer par ses chiens – ses amis, mais aussi, installée à quelques kilomètres, sa seconde famille. 

En 1888, il s’éprend de Jeanne Rozerot, la lingère récemment embauchée, qui lui donne bientôt deux enfants, Denise, née en 1889, et Jacques, en 1891. L’été, il les installe dans une propriété toute proche. Chaque jour, il enfourche sa bicyclette et leur rend visite.

Ainsi Médan occupe une place toute particulière dans la période de maturité de l’écrivain, bien plus importante que celle d’une simple maison de vacances. Zola passe beaucoup de temps sur ses terres, bien au-delà des seuls mois d’été ; tout à la fois destination de villégiature et lieu privilégié de travail, il y est environné d’êtres chers. Il s’adonne aux plaisirs de l’amitié et profite de la nature, se faisant tant agriculteur que paysagiste pour aménager et exploiter jardins et terres sur les deux rives du fleuve. La ferme permet une vie en presque autarcie. Zola devient même conseiller municipal de 1881 à 1898.

En 1905, trois ans après sa mort, Alexandrine, son épouse, donne la maison, qu’elle ne peut plus entretenir, à l’Assistance publique. Celle-ci y installe une pouponnière, tandis qu’un libraire parisien, ami de Zola, achète le Paradou. Dans les années 1930, Mme Belin cherche à vendre ce dernier, sans succès, à une institution capable d’ouvrir un espace dédié à l’écrivain. En 1935, il est acquis par des investisseurs qui rasent le chalet et construisent la plage de Villennes, lieu de baignade bien connu.

Progressivement, la nécessité d’un musée – dans la maison même de Zola – progresse. L’établissement commence à accueillir du public à partir des années 1980 avant sa récente complète rénovation.

Texte : Isabelle Duhau, conservatrice du patrimoine.

« Châteaux, villas et folies. Villégiature en Île-de-France » 

Crédit photo : © Région Île-de-France/Lieux-dits

Cet ouvrage, où l’on croise Bellanger, Guimard, Mallet-Stevens, s’appuie sur un corpus de 1 700 maisons, du XVIIIe au XXe siècles. Découvrez un florilège inédit de maisons de plaisance franciliennes.

« De tous les Français, le bourgeois de Paris est le plus champêtre », nous dit en 1841 L’Encyclopédie morale du XIXe siècle. La quête de bon air, dans une capitale densément peuplée, conduit les Parisiens de toutes conditions à se construire des maisons dans la campagne alentour dès le XVIe siècle, imitant la pratique aristocratique d’un partage de l’année entre saison mondaine en ville et beaux jours au vert.

Du château de Champs-sur-Marne (77) au Désert de Retz (78), de la maison Caillebotte à Yerres (91) à la villa Savoye de Poissy (78), du chalet au cabanon, en passant par tous les styles architecturaux, l’Île-de-France s’est couverte de maisons de villégiature, non seulement autour de ses sites les plus enchanteurs, boucles de la Seine, bords de Marne, forêts de Saint-Germain ou de Fontainebleau, mais finalement partout où il était possible de trouver belle vue et bonne compagnie.

Cet ouvrage présente un territoire inattendu en matière de villégiature, l’Île-de-France, dont la richesse des paysages et la fantaisie des architectures estivales n’ont rien à envier à Trouville ou à la Riviera. La banlieue elle-même apparaît sous un jour nouveau, comme l’ultime avatar de havres de paix campagnards et populaires.

Éditions Lieux dits, collection « Patrimoines d'Île-de-France », 256 pages, 300 illustrations, 32 euros.

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