portrait L’année 2026 marque le 10e anniversaire de l’aide que la Région a mis en œuvre pour aider les Franciliens à la reprise d’études via le DAEU. Un dispositif dans lequel la Région à investi plus de 15 millions d’euros et qui a permis à des milliers de Franciliens de prendre le chemin de l'enseignement supérieur. Parmi eux, Laëtitia Assia-Parra. Nous l’avons rencontrée.
Âgée de 33 ans, Laëtita Assia-Parra mène une carrière d’ingénieure urbaniste depuis maintenant 4 ans. Mais pour cette habitante de Boulogne-Billancourt (92), cette belle réussite professionnelle n’a pas toujours coulé de source. Après une scolarité initiale rapidement écourtée à 16 ans dès la fin du collège, c’est plusieurs années plus tard que Laëtitia entend parler du DAEU (Diplôme d’accès aux études universitaires) et décide de franchir le pas. Une décision qui changera sa vie en lui ouvrant la voie vers un master en aménagement urbain et une carrière d’ingénieure urbaniste.
À l’occasion du 10e anniversaire du dispositif d’aide régionale au DAEU, nous sommes allés à la rencontre de Laëtitia pour en savoir plus sur son parcours inspirant.
En quelques mots, pouvez-vous nous parler de votre métier ?
Laëtita Assia-Parra : Je suis urbaniste de formation. Je réalise des études urbaines, je travaille sur des projets d’aménagement de façon opérationnelle pour un aménageur public dans le sud francilien mais aussi sur l’ensemble de la région.
Quel à été votre parcours scolaire initial ?
L. A-P. : Disons qu’il a été plutôt inexistant. J’ai eu une enfance très compliquée et je n’ai pas grandi dans les conditions nécessaires pour pouvoir étudier comme n’importe quel enfant ou adolescent. J’étais dans une descente aux enfers en termes d’échec scolaire et je n’arrivais plus à suivre. J’ai donc arrêté l’école en classe de 3e et j’ai commencé à travailler dès l’âge de 16 ans. Je me suis persuadée pendant des années que les études ce n’était pas pour moi et que de toutes façons je n’y arriverais pas. Malgré cela, j’avais quand-même un sentiment d’échec. Avec les années aujourd’hui, je sais que ce n’était pas un problème de compétence ou de capacités intellectuelles. C’est ce que le DAEU m’a aussi permis de conscientiser.
Je me suis persuadée pendant des années que les études ce n’était pas pour moi et que de toutes façons je n’y arriverais pas. Malgré cela, j’avais quand-même un sentiment d’échec.
Qu’avez-vous fait après cette « première » scolarité
L. A-P. : J’ai travaillé pendant 10 ans dans la restauration. Il m'a fallu énormément de temps pour parvenir à me réinterroger sur ma capacité à faire un parcours d’études. À l’âge de 24 ans, j’ai quand-même commencé à faire des recherches et à me renseigner sur ce que je pourrais faire sans bac, sans brevet, sans formation. Et c’est là que j’ai découvert ce fameux diplôme d’accès aux études universitaires. Mais cela restait quand-même quelque chose qui me faisait peur. J’ai cherché des informations pour en savoir plus sur le niveau qui était attendu pour ce diplôme et c’est grâce à un manuel sur le DAEU qui avait été édité par l’université de Nanterre que j’ai pu me projeter et me rassurer sur ma capacité à suivre cette formation. C’était le déclic. Et je me suis inscrite à la fac de Nanterre. C’est assez étrange mais je savais déjà que ça allait bien se passer.
Vous voilà inscrite. Comment se déroule la formation ?
L. A-P. : J’ai passé le DAEU option A qui propose des cours plus littéraires. L’option B étant plutôt scientifique. Il y un tronc commun avec du français et de l’anglais auxquels on ajoute des matières optionnelles pour arriver à 4 matières minimum. Il y a environ 2h30 de cours par matière chaque semaine proposées sur plusieurs créneaux horaires pour coller aux impératifs de ceux qui travaillent à côté ou qui ont des enfants. En plus des cours magistraux il y a énormément de travail à faire à la maison. C’est une véritable mise à niveau pour pouvoir atteindre le niveau attendu à l’université. Il y a aussi les révisions. C'est toute une méthodologie qui doit être mise en place et qu'on peut prendre du temps à assimiler quand on n’a pas l’habitude, que cela fait longtemps que l’on n’est pas allé en cours. L’objectif est de valider les 4 matières avec 10 de moyenne.
Lorsqu’on est inscrit au DAEU, on n’a pas le statut d’étudiant donc on n’a pas la possibilité d’avoir accès à une bourse de l’État. L’aide de la Région était du coup vraiment la bienvenue.
Au bout d’un an vous avez décroché le précieux sésame ?
L. A-P. : Oui. Mais cela a été une année très difficile pour répondre à ce qui était attendu. Il y a beaucoup d’échecs malheureusement. Cela demande un effort intellectuel assez dense. Ce que je veux souligner, c’est que les professeurs sont vraiment là pour nous inculquer le sentiment que même si on a des difficultés, même si on a l’impression qu’on n’y arrive pas, au final ça va bien se passer et on va y arriver. Même si effectivement c’est difficile, on peut vraiment compter sur ce soutien. C’est ce qui fait qu’on continue et qu’on s’accroche. Même si cette année était difficile, elle était merveilleuse en fait. C’est donc comme ça que j’ai décroché mon DAEU en 2018.
Vous voilà donc titulaire du DAEU. Qu’avez-vous décidé de faire ensuite ?
L. A-P. : Diplômée de justesse oui (rires). Ma moyenne n’était pas extraordinaire mais cela m’a montré que je pouvais y arriver. C’était concret et c’était la possibilité de continuer qui devenait réelle. D’un seul coup on a le sentiment que l’on peut tout faire, toutes les options s’ouvrent. Alors qu’avant on avait le sentiment que rien n’était possible. C’est fou comme sentiment ! Lors de cette formation j’ai eu un super professeur de géographie qui m’a donné l’envie de m’intéresser aux territoires et à l’urbanisme. Je me suis donc lancée dans ce nouveau défi de m’inscrire en licence d’urbanisme et d’aménagement, juste après mon DAEU. J’ai par la suite continué jusqu’au master.
Justement, comment s’est passée cette arrivée réussie dans l’enseignement supérieur ?
L. A-P. : Très bien. Le DAEU est une bonne base qui nous prépare extrêmement bien à la suite. Toutes mes années d’études ont été des étapes, des niveaux qui se sont empilés. Venant du DAEU et pas d’un cursus classique, on est toujours en recherche d’une certaine légitimité. Mais en réalité la différence avec ceux qui viennent d’un cursus classique est simplement psychologique. On apporte même des choses différentes en cours. Comme j’avais déjà eu une première vie professionnelle, il y avait des choses que j’avais plus de facilité à entreprendre que des personnes qui avaient 20 ans comme la prise de parole, le contact, l’aspect pratique. Une fois mon master en poche, j’ai trouvé mon premier poste d’urbaniste au bout de 6 mois.
Que vous a apporté l’aide de la Région dans ce parcours du DAEU ?
L. A-P. : C’est une aide qui m’a notamment permis de payer ma formation, d’acheter des livres pour m’aider dans différents domaines. En effet, lorsqu’on est inscrit au DAEU, on n’a pas le statut d’étudiant donc on n’a pas la possibilité d’avoir accès à une bourse de l’État. L’aide de la Région était du coup vraiment la bienvenue.
D’un seul coup on a le sentiment que l’on peut tout faire, toutes les options s’ouvrent. Alors qu’avant on avait le sentiment que rien n’était possible. C’est fou comme sentiment !
Aujourd'hui, quels conseils donneriez-vous à ceux qui pensent à se lancer dans l’aventure du DAEU ?
L. A-P. : Le 1er conseil que j’aurais à donner c’est de croire en soi, de croire que c’est possible. D’avoir la force de pousser la porte de l’université et de dire « c’est parti je m’inscris ». Avant même de commencer les cours, le pas le plus difficile c’est de se sentir légitime pour tenter quelque chose. Et pour la petite histoire, depuis que j’ai repris mes études, j’ai incité ma mère, qui est jeune retraitée, à s’inscrire elle aussi au DAEU. Je l’ai poussée à croire en elle, à intérioriser le fait que si je l’avais fait, elle aussi elle pouvait le faire. Et ce petit conseil a fini par être entendu puisqu’elle s’est inscrite l’année dernière et qu’elle vient à son tour de passer son DAEU.
10 ans d'aide régionale au DAEU
Depuis 10 ans, la Région Île-de-France accompagne les candidats au Diplôme d’accès aux études universitaires (DEAU) à travers un soutien financier aux universités et une aide individuelle pour les candidats.
Ce dispositif, qui s’adresse à des publics aux parcours souvent atypiques, constitue un levier majeur de mobilité sociale et de reprise d’études. En 10 ans, plus de 6 000 Franciliens ont bénéficié de cette aide avec un taux de réussite de plus de 70 % au diplôme. Zoom sur cette aide régionale trop peu connue.