cybersécurité Depuis 2023, la Région propose aux entreprises et aux collectivités franciliennes une plateforme gratuite d’assistance, d’aide et d’accompagnement face à la menace cyber. Sécurité des données, bonnes pratiques, rôle de l’IA dans les cyberattaques mais aussi dans leur prévention, rencontre avec un spécialiste de la plateforme Urgence Cyber Île-de-France pour mieux comprendre la menace.

La cybersécurité constitue aujourd’hui un enjeu considérable pour l’ensemble des entreprises et les pouvoirs publics. Grandes ou petites, ces structures doivent faire face à de nouveaux types de risques et mettre en œuvre des compétences nouvelles à tous les échelons de leur activité numérique.

Dans un contexte où des attaques de grande ampleur sur des sites de ministères ou se services publics marquent l’actualité, Adrien Brun, dont l’entreprise est en charge de la plateforme Urgence Cyber Île-de-France dresse un état des lieux des risques cyber dans les entreprises, ainsi que des bonnes pratiques à mettre en œuvre.

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Comprendre la menace des cyberattaques

La cybersécurité est devenue un sujet incontournable pour les organisations. Pourquoi est-ce aujourd'hui un enjeu stratégique ?

Adrien Brun : Aujourd'hui, aucune organisation ne peut réellement fonctionner sans le numérique. Les outils informatiques, les échanges de données et les services en ligne sont devenus indispensables au quotidien, aussi bien pour les entreprises que pour les collectivités. Cette dépendance crée de nouvelles fragilités. Une attaque informatique peut désorganiser une activité, empêcher l'accès à des informations essentielles, entraîner des pertes financières et dégrader durablement la confiance des clients ou des usagers.

La cybersécurité doit donc être envisagée comme une condition de bon fonctionnement et de pérennité de l'organisation. Il ne s'agit plus simplement de protéger des ordinateurs, mais de préserver la capacité à travailler, à produire et à assurer ses missions.

Comment le paysage des cybermenaces a-t-il évolué ces dernières années ?

A. B. : Nous avons assisté à une véritable transformation des cybermenaces. Les attaques sont aujourd'hui plus structurées, les méthodes plus élaborées et les motivations plus diverses. Derrière certaines opérations se trouvent des organisations criminelles qui ont développé de véritables modèles économiques autour de la cybercriminalité. Les rançongiciels, le vol de données, les escroqueries financières et l'usurpation d'identité figurent parmi les risques importants. Les attaquants profitent également des relations de confiance entre une entreprise et ses fournisseurs pour atteindre leurs objectifs.

L'IA vient accélérer cette évolution en facilitant la création de messages frauduleux convaincants et l'automatisation de certaines opérations en quelques heures à peine, contre plusieurs semaines auparavant. Les organisations doivent donc faire face à une menace qui évolue constamment et qui demande une vigilance renouvelée.

A-t-on encore affaire à des attaques isolées ou sommes-nous entrés dans une forme de risque permanent ?

A. B. : Selon moi, le risque cyber fait désormais partie de l'environnement habituel des organisations. Les tentatives d'attaques sont suffisamment nombreuses pour qu'aucune structure ne puisse considérer qu'elle est durablement à l'abri. Cela ne veut pas dire que toutes les entreprises ou les administrations subiront nécessairement une attaque majeure, mais qu'elles doivent intégrer cette possibilité dans leur fonctionnement et leur gestion des risques.

Il faut donc passer d'une logique d'intervention ponctuelle à une démarche continue de prévention et de préparation. Être bien protégé est important, mais savoir détecter une attaque, réagir sans perdre de temps et remettre les services en fonctionnement l'est tout autant.

Quelles sont les conséquences les plus fréquentes d'une cyberattaque pour une entreprise ou une collectivité ?

A. B. : Les conséquences peuvent être immédiates et très concrètes. Une entreprise ou une collectivité peut se retrouver dans l'impossibilité de traiter les demandes, de facturer ses clients ou de poursuivre sa production. Une collectivité peut rencontrer des difficultés pour maintenir certains services publics.

À ces perturbations s'ajoutent les coûts de réparation, les pertes de revenus, la possible divulgation de données et les conséquences juridiques éventuelles. La confiance des partenaires, des clients et des usagers peut également être affectée. Il ne faut pas non plus négliger les répercussions sur les équipes : performance et efficacité réduites, motivation des employés à la baisse, ce qui peut même conduire certains salariés à un burnout. La gestion d'une crise mobilise fortement les collaborateurs et les responsables, parfois pendant plusieurs semaines. Le retour à la normale peut être long, même lorsque les systèmes informatiques ont été restaurés.

Il ne s'agit plus simplement de protéger des ordinateurs, mais de préserver la capacité à travailler, à produire et à assurer ses missions.

Les entreprises face au risque des cyberattaques

Les PME et les ETI restent-elles particulièrement vulnérables face aux cyberattaques ?

A. B. : Oui, car les PME et les ETI ne disposent pas toujours des ressources nécessaires pour assurer une surveillance permanente de leurs systèmes ou mobiliser des spécialistes de la cybersécurité. Elles peuvent pourtant représenter des cibles intéressantes pour les cybercriminels, qui recherchent avant tout des failles exploitables. La taille d'une entreprise ne constitue donc pas une protection.

Le risque dépasse d'ailleurs le cadre de l'entreprise elle-même. Une PME insuffisamment sécurisée peut servir de point d'entrée vers un client important, un groupe industriel ou un réseau de partenaires. Il est donc essentiel de rendre la cybersécurité plus accessible à ces entreprises, en les aidant à identifier les mesures prioritaires et à trouver les bons interlocuteurs. C'est notamment tout l'intérêt d'un accompagnement territorial de proximité.

La cybersécurité est souvent perçue comme un sujet technique. N'est-ce pas avant tout un enjeu humain et organisationnel ?

A. B. : La dimension technique est indispensable, mais elle ne constitue qu'une partie de la réponse. La sécurité dépend également des comportements, de l'organisation interne et de la capacité des responsables à prendre les bonnes décisions. Il faut, par exemple, savoir qui est chargé de déclencher les mesures d'urgence, comment les équipes communiquent pendant une attaque et quelles activités doivent être rétablies en priorité.

Même les meilleurs outils peuvent se révéler insuffisants si personne ne sait comment réagir lorsqu'un incident survient. La cybersécurité doit donc associer les compétences techniques, des procédures adaptées et une implication réelle de l'ensemble des acteurs. C'est cette combinaison qui permet de construire une organisation véritablement préparée. C’est là l’intérêt d’un CSIRT (Équipe de Réponse aux Incidents de Sécurité Informatique) tel qu’Urgence Cyber Île-de-France.

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Quelles sont les erreurs ou les idées reçues que vous rencontrez le plus souvent chez les dirigeants ?

A. B. : L'une des erreurs les plus courantes consiste à penser que son organisation n'intéresse pas les cybercriminels parce qu'elle est trop petite ou qu'elle ne possède pas de données particulièrement sensibles. En réalité, les attaques peuvent être opportunistes et viser des organisations très différentes, notamment les collectivités. Une autre idée reçue est de considérer que la sécurité relève uniquement du service informatique. Pourtant, les décisions essentielles concernant les moyens, les priorités et la continuité d'activité relèvent aussi de la direction.

On rencontre également une confiance excessive dans les outils de protection. Un antivirus, un pare-feu et des sauvegardes sont nécessaires, mais ne garantissent pas à eux seuls qu'une entité saura faire face à une crise. Enfin, certains dirigeants pensent qu'ils pourront prendre les décisions nécessaires le moment venu. Or, lorsqu'une attaque survient, le manque de préparation entraîne souvent des hésitations et fait perdre un temps précieux. C’est aussi là l’intérêt des exercices de gestion de crise.

Comment trouver le bon équilibre entre transformation numérique, innovation et sécurité ?

A. B. : La sécurité ne doit pas être un frein à l'innovation, mais une composante intégrée aux projets dès leur lancement. Lorsqu'une organisation adopte un nouvel outil, développe un service numérique ou fait appel à un prestataire, elle doit examiner les risques associés et prévoir les protections adaptées. Cette approche permet d'éviter les corrections coûteuses réalisées dans l'urgence et de sécuriser les usages sans multiplier inutilement les contraintes.

L'enjeu est de trouver un bon équilibre entre les bénéfices attendus d'une innovation et les risques qu'elle peut introduire. Une transformation numérique réussie est une transformation qui apporte de la valeur tout en préservant la sécurité, la fiabilité et la continuité des activités.

On rencontre une confiance excessive dans les outils de protection. Un antivirus, un pare-feu et des sauvegardes sont nécessaires, mais ne garantissent pas à eux seuls qu'une entité saura faire face à une crise.

Prévention et culture cyber

Selon vous, quelle place devrait occuper la cybersécurité dans la stratégie globale d'une organisation ?

A. B. : La cybersécurité doit être pleinement intégrée aux décisions stratégiques et ne pas être traitée comme un sujet secondaire ou uniquement technique. La direction doit disposer d'une vision claire des risques auxquels l'organisation est exposée, des moyens consacrés à leur réduction et des conséquences possibles d'un incident. Cela implique notamment d'identifier les activités indispensables, de définir les priorités de protection et de prévoir les conditions de reprise après une interruption.

Toutes les structures n'ont pas les mêmes besoins ni les mêmes moyens. L'essentiel est donc de mettre en place une démarche adaptée à leur taille, à leur secteur et à leurs enjeux. Une cybersécurité bien pensée permet de protéger l'activité et d'assurer une meilleure continuité de service, même lorsque des difficultés surviennent.

Comment développer une véritable culture de la cybersécurité auprès des collaborateurs ?

A. B. : La première étape consiste à faire comprendre aux collaborateurs que la cybersécurité concerne leur quotidien et pas seulement le travail des informaticiens. Il faut leur donner des repères simples : identifier un courriel douteux, vérifier une demande inhabituelle de paiement, protéger leurs mots de passe et signaler rapidement toute anomalie. Cette sensibilisation doit être régulière et concrète. Des mises en situation, des exemples d'escroqueries réelles ou des exercices adaptés aux métiers sont souvent plus efficaces qu'un discours trop théorique.

Il est également important de favoriser une culture dans laquelle chacun peut signaler une erreur ou une suspicion sans craindre d'être immédiatement mis en cause. Une alerte rapide peut permettre de limiter considérablement les conséquences d'un incident. La culture cyber se construit progressivement, grâce à des habitudes partagées et à l'implication de tous les niveaux de l'organisation.

La menace devrait continuer à évoluer vers des attaques plus automatisées, plus ciblées et plus difficiles à identifier, à cause de l’essor de l’IA. Les cybercriminels pourront s'appuyer sur des outils toujours plus performants pour exploiter les failles techniques et manipuler les personnes.

Les salariés sont souvent présentés comme le « maillon faible ». Sont-ils aussi la première ligne de défense ?

A. B. : Je pense qu'il faut changer de regard sur cette question. Les collaborateurs ne sont pas uniquement une source potentielle de risque : ils peuvent aussi jouer un rôle essentiel dans la détection des attaques. Un agent ou un salarié qui remarque un courriel inhabituel, une connexion suspecte ou une demande de paiement incohérente peut être le premier à repérer une tentative de fraude.

Les cybercriminels savent précisément exploiter les habitudes et les réflexes humains. Il serait donc injuste de faire peser toute la responsabilité sur les personnes qui peuvent être confrontées à des techniques de manipulation très élaborées. Le rôle de l'organisation est de leur apporter les connaissances, les outils et les procédures nécessaires pour agir correctement. Bien accompagnés, les collaborateurs deviennent de véritables acteurs de la sécurité collective.

Quels réflexes simples chaque organisation devrait-elle adopter dès aujourd'hui ?

A. B. : Il existe des mesures de base qui permettent déjà de renforcer sensiblement la sécurité d'une organisation. On recommande de commencer par sécuriser les accès, notamment grâce à l'authentification multifacteurs, et de maintenir les systèmes et les logiciels à jour. Il faut également mettre en place des sauvegardes régulières, protégées contre une compromission du système principal, et vérifier qu'elles permettent réellement de restaurer les données. Il est tout aussi important de limiter les droits d'accès aux seules personnes qui en ont besoin et de sensibiliser les collaborateurs aux tentatives de fraude.

Enfin, chaque organisation devrait disposer d'une procédure simple indiquant qui alerter, quelles mesures prendre en urgence et comment assurer la continuité des activités. Si je devais retenir trois priorités immédiates, je choisirais la sécurisation des accès, la fiabilité des sauvegardes et la préparation à la gestion d'un incident. Ces actions concrètes constituent une base solide.

Le principal changement est que le risque ne se limite plus au périmètre informatique de l'entreprise. Il faut désormais raisonner à l'échelle de tout son écosystème et anticiper les conséquences d'une défaillance extérieure.

Les défis de demain

Comment imaginez-vous la menace cyber dans 5 ou 10 ans ?

A. B. : La menace devrait continuer à évoluer vers des attaques plus automatisées, plus ciblées et plus difficiles à identifier, en partie à cause de l’essor de l’IA. Les cybercriminels pourront s'appuyer sur des outils toujours plus performants pour exploiter les failles techniques et manipuler les personnes. La multiplication des services numériques, des objets connectés et des prestataires rendra également les organisations plus interdépendantes. Un incident chez un fournisseur pourra avoir des répercussions sur de nombreux clients ou partenaires.

Dans le même temps, les capacités de défense progresseront, notamment grâce à l'automatisation de la détection et à l'amélioration des outils d'analyse. Il serait toutefois illusoire de penser que la technologie permettra de supprimer tout risque. L'enjeu sera plutôt de renforcer notre capacité à anticiper, à coopérer et à rétablir rapidement les activités après un incident.

L'intelligence artificielle va-t-elle renforcer la cybersécurité ou au contraire faciliter les attaques ?

A. B. : L'intelligence artificielle va transformer les 2 côtés de la cybersécurité : celui des attaquants et celui des défenseurs.
Pour les cybercriminels, elle facilite notamment la production de messages frauduleux mieux rédigés, la personnalisation des tentatives d'escroquerie et la création de contenus audio ou vidéo destinés à tromper leurs victimes. Une demande inhabituelle peut désormais sembler parfaitement crédible, même lorsqu'elle imite la manière de s'exprimer d'un dirigeant ou d'un partenaire.

Mais l'IA offre aussi de nouvelles possibilités de défense. Elle peut contribuer à détecter des comportements anormaux, à analyser rapidement des événements et à aider les équipes de sécurité à traiter les alertes. Il faudra donc apprendre à tirer parti de ces technologies tout en en maîtrisant les risques. Plus les outils évolueront, plus la vérification des informations, la protection des données et le discernement humain resteront indispensables.

Quels nouveaux risques émergents doivent déjà attirer l'attention des entreprises ?

A. B. : Les entreprises doivent d'abord prendre davantage en compte les risques liés à leur environnement numérique. Leur sécurité dépend aussi des prestataires, des logiciels et des services externes qu'elles utilisent. L'utilisation de l'IA constitue un autre point de vigilance, notamment lorsque des informations confidentielles sont transmises à des outils dont les conditions de traitement ne sont pas suffisamment maîtrisées.

Les identités numériques représentent également un enjeu important. Le vol d'identifiants ou la compromission d'un compte disposant de droits élevés peuvent permettre à un attaquant d'accéder à des ressources essentielles. Il faut enfin s'intéresser aux équipements connectés, aux environnements cloud et à la capacité de rétablir les services après une attaque. Le principal changement est que le risque ne se limite plus au périmètre informatique de l'entreprise. Il faut désormais raisonner à l'échelle de tout son écosystème et anticiper les conséquences d'une défaillance extérieure.

La cybersécurité est-elle devenue un facteur de compétitivité et de confiance pour les organisations ?

A. B. : Oui, car la confiance est une composante essentielle des relations économiques. Les clients, les fournisseurs et les donneurs d'ordre sont de plus en plus attentifs à la manière dont leurs partenaires protègent leurs données et maîtrisent leurs risques. Une entreprise capable de démontrer qu'elle a mis en place des mesures adaptées, qu'elle connaît ses vulnérabilités et qu'elle sait réagir en cas d'incident dispose d'un avantage dans ses relations professionnelles. Cette démarche peut faciliter l'accès à certains marchés, consolider les partenariats et contribuer à préserver la réputation de l'entité.

À l'inverse, une attaque informatique mal gérée peut entraîner des pertes financières, une rupture de confiance et des difficultés commerciales durables. La cybersécurité doit donc être considérée comme un investissement au service de la performance et de la crédibilité, et non comme une simple dépense technique.

Si vous aviez un message à adresser aux dirigeants franciliens, quel serait-il ?

A. B. : Je dirai aux dirigeants franciliens qu'il est essentiel de prendre le sujet au sérieux dès aujourd'hui, sans attendre qu'un incident vienne bouleverser leur activité. La cybersécurité peut sembler complexe, mais il est possible de progresser par étapes, en commençant par les mesures les plus utiles et les plus adaptées à son organisation. Il faut connaître ses risques, protéger ses données, préparer ses équipes et savoir vers qui se tourner en cas de difficulté. En Île-de-France, nous disposons d'un réseau d'acteurs publics et privés qui peuvent accompagner les entreprises et les collectivités. Urgence Cyber Île-de-France participe à cette dynamique en contribuant à l'orientation et à l'accompagnement des organisations confrontées à un incident cyber.

Mon message est aussi un message de solidarité : face à une cyberattaque, il ne faut pas rester isolé ni attendre que la situation devienne incontrôlable pour solliciter de l'aide. La protection du numérique est une responsabilité partagée. En développant la prévention, en échangeant les expériences et en renforçant les coopérations, nous pouvons améliorer la résilience de nos entreprises, de nos collectivités et de l'ensemble du territoire francilien.

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La Région Île-de-France a mis en place la plateforme Urgence Cyber pour : 

  • Apporter une assistance d'urgence personnalisée via un centre d'appel en cas de cyberattaque,
  • Établir un diagnostic à distance,
  • Informer sur les premiers gestes et formalités à accomplir,
  • Orienter vers des prestataires techniques de confiance,
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