Publié le 16 février 2021

Prix des Innovateurs en santé : 5 questions à Amanda Brun, chercheuse au CNRS

Amanda Brun, chargée de recherche au CNRS

Crédit photo : Région Île-de-France

Avec le Prix des Innovateurs, la Région récompense, depuis 2020, des chercheurs franciliens pour leurs travaux en lien avec la santé. Témoignage d'une lauréate, Amanda Brun, du CNRS, qui a remporté 50.000 euros pour son innovation permettant d'accélérer la production de ces formidables outils de thérapie que sont les vésicules extracellulaires.

Les Prix des Innovateurs

Vous êtes chercheur dans le domaine de la santé et avez moins de 45 ans ? Vous souhaitez concourir aux Prix des Innovateurs 2021 pour que votre innovation soit reconnue et récompensée ? 

► En attendant le prochain appel à projets, consultez les modalités de l'aide régionale.

En novembre 2020, la Région Île-de-France a, pour la première fois, accordé ses Prix des Innovateurs en santé à 3 chercheurs franciliens. En tout, 100.000 euros ont été attribués aux lauréats et à leurs équipes pour leurs travaux de recherche innovants en lien avec la santé.

5 questions à Amanda Brun, chargée de recherche au CNRS au sein du laboratoire Matière et Systèmes complexes de l’Université de Paris, lauréate du Prix des Innovateurs 2020 pour ses travaux sur la production et l'ingénierie des vésicules extracellulaires (utiles dans les biothérapies pour la médecine régénérative).

Ce que la vésicule extracellulaire rend possible

Une vésicule extracellulaire est un petit bout de cellule que libèrent toutes les cellules saines du corps pour transférer leur matériel génétique à d'autres cellules.

Son atout est de contenir les propriétés thérapeutiques et régénératives d’une cellule mère saine de façon sûre (elle n'est pas divisible, et ne peut donc pas mal se diviser et devenir cancéreuse).

Elle est donc utile au traitement ciblé de différentes maladies : cardiaques, rénales, insuffisance hépatique ou problèmes liés à la peau.

L'innovation d'Amanda Brun permet de produire des vésicules à grande échelle, ce qui rendra possible la guérison de nombreux patients. Pour commencer, ceux atteints de fistules digestives.

Quel est votre parcours universitaire et professionnel et depuis combien de temps faites-vous ce métier ?

Amanda Brun : J'ai étudié à la Faculté de pharmacie au Brésil, avec une option industrie à la fin de mon cursus et j'ai enchaîné avec une thèse en science galénique. Puis, j'ai décidé de faire une seconde thèse en biologie cellulaire et, après cela j'ai fait 2 post-doctorats. Enfin, j'ai obtenu un poste permanent au CNRS. J'occupe ce poste depuis 2013. 

Une vocation guidée par l'envie d'apprendre

D'où vous est venue la vocation d'être chercheuse ? 

A. B. : Au départ je suis pharmacienne, j'ai eu la chance de faire des stages dans le cadre de mon cursus. La vocation m'est venue car j'adore étudier.

Pendant mes stages j'ai appris beaucoup de notions dans de nombreuses matières et disciplines (biologie cellulaire, biologie moléculaire, anatomie, physiologie, biochimie…). 

Ce métier de chercheur me plaît énormément parce que je peux enfin mettre en pratique mes connaissances. C’est le fait d’avoir toujours des choses à apprendre qui me plaît le plus. 


Je trouve que, dans la vie, ce qui procure le plus de plaisir, c’est d’apprendre. »
Amanda Brun, chargée de recherche au CNRS

Des travaux de recherche sur les vésicules extracellulaires

Comment vous êtes-vous spécialisée dans votre domaine d’expertise ?

A. B. : C'est dans le cadre de mon post-doctorat que j'ai commencé à travailler sur les vésicules extracellulaires. Il s'agissait d'un domaine nouveau, donc beaucoup de choses étaient à créer. Ce fut parfois difficile, j’ai quelques fois eu envie de changer de sujet. Aujourd'hui, je suis ravie que mon entêtement ait porté ses fruits.

Sur quels autres travaux de recherche ou innovations travaillez-vous ?

A. B. : J'ai un peu travaillé sur la thérapie cellulaire et la nanomédecine avec des vecteurs synthétiques. Le premier sujet consistait à mettre au point une thérapie pour les fistules digestives (trou entre des organes digestifs entre-eux ou avec la peau), à base de cellules souches. Pour ce qui est de la nanomédecine le but est d'aller vers une médecine de précision. 

2 start-up créées pour accompagner ces innovations

2 start-up ont été créées à la suite de ces innovations, pouvez-vous nous expliquer la naissance de ces projets ?

A. B. : La première start-up s'appelle Everzom. Elle exploite la licence exclusive du brevet sur la production à haut rendement de vésicules extracellulaires. Nous avons mis en place une méthode très efficace qui permet d’en produire 10 fois plus et 10 fois plus vite que la méthode classique (plus d'infos dans notre vidéo ci-dessous)

La seconde start-up se nomme Evora et concerne la thérapie des fistules digestives avec les vésicules extracellulaires délivrées dans un gel thermosensible. Le but de cette méthode est d'injecter le gel dans la fistule, sous forme liquide. Ainsi, il épouse parfaitement le canal et les contours de la fistule et, une fois à température corporelle, il sera gélifié, ainsi que les vésicules et ces dernières seront petit à petit libérées dans la fistule.