30 mars 2018

Domaine de Villarceaux : histoire, calme et biodiversité

Situé dans le Vexin français, à proximité du village de Chaussy (95), le domaine de Villarceaux est un joyau du patrimoine francilien. Châteaux, jardins, jeux d’eaux et animaux : évasion garantie.

Le domaine de Villarceaux : un joyau intemporel du patrimoine

Souvent, c’est ici que le charme agit. Quand, après avoir paisiblement cheminé jusqu’à la terrasse de la Vinette, le visiteur découvre, au milieu d’un dégradé de verts, l’émouvant « jardin sur l’eau » du domaine de Villarceaux, une des rares réalisations du genre préservées en France. Un parterre aux allures de broderie Renaissance, qui dévoile alors, vu d’en haut, ses lignes élégantes et labyrinthiques. Pour peu que les poules d’eau fassent, au moment même, clapoter leurs ailes à toute vitesse sur l’étang derrière... « Là, le public rentre réellement dans Villarceaux, sourit Thierry Labussière, le conservateur du lieu. Il y a quelque chose d’intemporel, d’irénique sur ce site. Les amateurs de châteaux nous le disent régulièrement : ce qu’ils découvrent ici est très différent de ce qu’ils ont vu ailleurs. »

Il faut dire que le domaine de Villarceaux a de quoi remuer les sens. Situé à 70 km de Paris, dans le Val-d’Oise, au cœur du Vexin français, ses 70 hectares forment un cocktail unique et détonant, qui séduit entre 40.000 et 50.000 personnes par an. Entièrement classé « Monument historique », ce joyau du patrimoine, géré (et considérablement restauré) par la Région depuis 1989, est un vrai « inventaire à la Prévert », s’amuse Thierry Labussière.

Une vitrine écologique

On y trouve, en vrac, deux châteaux, une chapelle du XIXe siècle, une orangerie, un jardin médiéval, une boulangerie, une vingtaine de ruches, mais aussi des ateliers d’artistes (voir encadré) et un cortège faune-flore à faire frémir les biologistes : chevreuils et faisans, hérons et cormorans, grand rhinolophe et grande ancolie bleue, fougères et orchidées rares, forêts et pelouses sèches, mais aussi un tilleul de 360 ans –  distingué « arbre remarquable » du Val-d’Oise un couple de cygnes « en résidence » et diverses oies de passage. Et, cet après-midi-là, une dizaine de canetons, couvée de l’année, en sortie familiale sur le grand étang.

« Le domaine de Villarceaux a longtemps été laissé à l’abandon, si bien que la biodiversité a pu s’y épanouir, explique le conservateur. Nous avons également des zones sauvages où il ne se passe quasiment rien. De plus, grâce à notre gestion différenciée et écologique, nous avons des résultats très intéressants et nous voyons revenir des espèces, comme le martin-pêcheur ou l’écrevisse à pattes blanches. La propriété a l’ambition d’être une vitrine de ce que sait faire la Région en termes de protection de la biodiversité. »

Bijou de raffinement

Mais le domaine de Villarceaux, c’est d’abord une richesse historique, qui se dévoile peu à peu au fil de la visite. Un voyage dans le temps qui commence dès le XIIe siècle. À l’époque, le domaine se résume à un petit châtelet en bois, auprès duquel Louis VII fonde un prieuré bénédictin de femmes. Au XVe siècle, le site fait partie de la ligne de défense du royaume de France et devient un château fort. Au XVIe siècle, le domaine de Villarceaux s’agrandit et devient une vaste propriété agricole mais aussi une résidence de plaisirs : les douves sont transformées en bassins d’agrément, les multiples sources alimentent les jeux d’eaux.

Plus tard, sous le règne de Louis XIV, le manoir abrite les amours de Louis de Mornay, marquis de Villarceaux, et de Ninon de Lenclos, femme de lettres et courtisane, qui n’a pas manqué d’y laisser son empreinte. Le « pavillon de Ninon » est ainsi un bijou de raffinement : dans la chambre, le plafond italien dit « en grotesque » (caractérisé par des visuels colorés et drolatiques) est « le seul exemple de ce type au nord de la Loire », souligne Thierry Labussière. Quant au cabinet de travail de Ninon, décoré de panneaux de chêne peints, il renferme une cachette secrète, dévoilée – avec gourmandise – lors des visites  

Un paysage « vierge de toute construction »

L’autre « effet Villarceaux » se situe au niveau du « Château du haut » lorsque, contre toute attente, le domaine de Villarceaux fait un bond jusqu’au... XVIIIe siècle. Là, au sommet du vertugadin qui l’entoure comme un écrin, une grande et belle maison de plaisance – bâtie en 1754 pour Charles Jean-Baptiste du Tillet, et conçue par l’architecte Jean-Baptiste Courtonne – domine le site de toute sa majesté. Et, au pied du château, quand les yeux se portent vers l’horizon, il flotte comme une sensation d’exception. « Regardez : il n’y a ni toiture, ni antenne, ni fil électrique. Nulle part ailleurs en Île-de-France vous ne trouverez ce paysage vierge de toute construction », assure le conservateur.

À l’intérieur du bâtiment, où les salons sont aménagés « en situation » – « nous essayons de présenter les espaces comme si les gens y vivaient, pour rendre la visite la plus accessible possible » –, d’autres raretés se révèlent, comme ce portrait osé de Mme de Maintenon par Louis de Mornay : alors séparé de Ninon de Lenclos, le séducteur de Villarceaux tente de lui faire la cour et la peint dénudée – tandis qu’il se représente lui-même en ange décochant la flèche de l’amour. Entre tableaux de maître, meubles d’époque ou dessus de porte signés François Boucher, le visiteur ne sait quasiment plus où donner du regard. Dès lors, un douloureux constat s’impose : eh oui, il faudra revenir.

 

À voir aussi dans les environs

Le Musée archéologique départemental du Val d’Oise à Guiry-en-Vexin (95). Ouvert au public depuis 1983, ce musée de près de 1.000 m² conserve près de 35.000 pièces (monnaies, armes, bijoux, poteries, sculptures, etc.) issues des fouilles menées sur le territoire valdoisien. La collection permanente est présentée dans un parcours chronologique qui invite les visiteurs à découvrir l'histoire du département, des temps les plus reculés jusqu’au Moyen Âge. Plus d'infos, ici.

Le château de Théméricourt (95). Cette maison forte et demeure résidentielle du XVe siècle, typique de la région, accueille la maison du Parc naturel régional du Vexin français. Située au cœur d'un domaine de 6 ha comportant un étang alimenté par l'Aubette de Meulan, elle offre un agréable lieu de promenade et constitue un point de départ incontournable pour découvrir le Vexin français. Plus d'infos, ici.

Le platane d’Orient de Saint-Cyr-en-Arthies (95). Son âge : 400 ans. Son diamètre : 3,3 m. Sa surface au sol : 1.500 m². Son pedigree et sa beauté ont valu à ce Platanus orientalis le titre convoité de plus bel arbre francilien 2014 lors du concours organisé par l'Agence des espaces verts (AEV) d’Île-de-France. Ce platane remarquable représentera la Région en septembre lors du concours national, aux côtés des 22 autres spécimens sélectionnés dans l’Hexagone. Plus d'infos, ici.

 

À faire aux alentours

Île de loisirs des Boucles de Seine, à Moisson (78). Sur 350 ha (dont 120 ha de lac), ce site propose tout un panel d’activités (sports nautiques, tennis, parcours de VTT, mini-golf, etc.) ainsi que des aires de détente, de pique-nique et une plage de sable fin (la baignade est surveillée). Plus d'infos, ici.

Parc Aventure Land à Magny-en-Vexin (95). Kart, trampoline, mini-golf, piscine à boules, jeux de ballons, labyrinthe végétal mais aussi laser game ou poney : enfants et familles trouveront forcément leur bonheur dans ce parc d’attractions verdoyant. Plus d'infos, ici.

 

À rapporter/à déguster

Le Vexin est réputé pour ses produits du terroir. La Vexinoise ambrée de la Ferme Brasserie du Vexin a ainsi été lauréate au Concours régional de l'innovation alimentaire 2012, organisé par le Cervia (Centre régional de valorisation et d’innovation agricole et alimentaire). À l’Huilerie Avernoise, vous trouverez une huile de première pression et de la farine fabriquée sur meule de pierre, tandis qu’aux Vergers d’Ableiges (qui proposent jus de fruits, confitures et gelées), la culture des pommes, poires et prunes se fait dans le respect de l’environnement.