innovation Face à l’explosion des besoins en données et en intelligence artificielle, la Région a élaboré une stratégie pour encadrer l’implantation des datacenters en Île-de-France. Celle-ci permettra au territoire de conserver son statut de leader européen des infrastructures numériques souveraines, tout en maîtrisant les impacts environnementaux et en garantissant des retombées concrètes pour les territoires.
En concentrant plus de 40 % des datacenters français et jusqu’à 70 % de la puissance installée, l’Île-de-France est un territoire clé du numérique à l’échelle européenne.
Avec une croissance estimée à 22 % par an d’ici 2030 et 16 milliards d’euros d’investissements, la Région s'est saisi du sujet de l'implantation des datacenters sur son territoire. L’objectif : concilier souveraineté numérique, transition écologique et retombées concrètes pour le territoire francilien.
Un cap clair pour accompagner la révolution numérique
Infrastructures indispensables à l’économie numérique, les datacenters sont stratégiques dans le développement de l’intelligence artificielle, du cloud et des services digitaux du quotidien. Déjà 1er hub français du secteur, la Région entend consolider cette position en fixant un cadre pour les nouvelles implantations.
Pour ce faire, la stratégie régionale 2026-2028 vise à orienter le développement des datacenters afin qu’ils profitent pleinement au territoire, en conciliant attractivité économique, souveraineté technologique et transition écologique.
Affirmer le leadership francilien dans l’IA
La Région veut renforcer son rôle de moteur européen en matière d’IA en s’appuyant sur ses atouts : un écosystème scientifique de premier plan, des infrastructures numériques denses et une électricité largement décarbonée.
Pour cela, elle soutient des projets importants tels que le datacenter Éclairion à Bruyères-le-Châtel (91) qui accueille des capacités de calcul avancées au cœur du campus Teratec. Ce site a en effet permis l’implantation du supercalculateur de Mistral AI, offrant un accès à une puissance de calcul inégalée aux start-up deeptech et contribuant à structurer une filière française de l’IA.
La Région est également engagée dans des initiatives de mutualisation comme le Groupement d’intérêt économique d’infogérance publique (GIPC), qui permet aux acteurs publics (établissements de santé, pôles de recherche, collectivités) de disposer d’infrastructures souveraines et partagées pour le traitement des données.
Exiger des projets exemplaires sur le plan environnemental
Les datacenters représentent un défi énergétique majeur. À horizon 2050, leur consommation pourrait atteindre 33 TWh par an, soit environ 50 % de la consommation électrique actuelle de l'Île-de-France.
Le développement de ces infrastructures ne peut donc pas se faire sans prise en compte de leurs impacts énergétiques et environnementaux. Pour cela, la Région fixe certaines exigences pour les futurs projets, notamment en ce qui concerne :
- L’amélioration de la performance énergétique des datacenters,
- La réduction de leur consommation d’eau,
- La limitation des émissions des groupes électrogènes,
- Une intégration vertueuse dans les territoires.
Plusieurs initiatives concrètes illustrent déjà cette démarche. La Région a ainsi soutenu 3 projets de valorisation de chaleur fatale (la chaleur issue des datacenters), permettant de récupérer l’énergie produite pour alimenter des équipements et des quartiers. C’est notamment le cas du Centre aquatique olympique de Saint Denis (93), ou encore des réseaux de chaleur desservant des zones résidentielles et tertiaires à Saint Denis et à La Courneuve (93). Des projets qui démontrent qu’un datacenter peut devenir une ressource énergétique locale, contribuant à la décarbonation des territoires.
Préserver le foncier et soutenir la réindustrialisation
Dans un contexte francilien de rareté du foncier, la Région veille à ce que l’implantation des datacenters ne se fasse pas au détriment d’autres activités économiques, en particulier industrielles.
Elle privilégie ainsi des projets s’inscrivant dans des logiques de reconversion de friches ou de requalification de zones d’activités déjà existantes, permettant de limiter l’artificialisation des sols tout en redynamisant certains territoires.
Par ailleurs, la stratégie régionale encourage des modèles innovants d’implantation, associant datacenters et activités industrielles. Ces projets peuvent, par exemple, mutualiser les capacités électriques disponibles localement et attirer de nouvelles activités productives à proximité, créant de véritables écosystèmes industriels.
Garantir des retombées concrètes pour les territoires franciliens
La création de valeur locale est au cœur de la stratégie régionale. La Région souhaite que chaque nouveau projet de datacenter génère des bénéfices concrets pour les habitants et les collectivités.
Des expérimentations existent déjà, notamment à travers de dispositifs permettant de donner accès à des capacités de calcul à des start-up, des laboratoires de recherche ou encore des acteurs publics, comme c’est le cas sur le site Éclairion.
La Région souhaite aller plus loin en généralisant ces bonnes pratiques pour :
- Développer l’emploi local,
- Structurer une offre de formations aux métiers techniques,
- Mettre en place des mécanismes de partage de la valeur.
Elle accompagnera également les collectivités dans la négociation avec les porteurs de projets afin d’obtenir des contreparties environnementales, économiques et sociales adaptées aux besoins locaux.
Avec cette stratégie, la Région Île-de-France affirme sa volonté de ne pas subir le développement des datacenters, mais au contraire d’en tirer parti en maîtrisant les conditions de leur implantation. En s’appuyant sur des projets concrets et reproductibles, elle pose les bases d’un modèle équilibré, combinant innovation, souveraineté et transition écologique.