Jeudi 23 juillet 2026 - Alors que le dramatique incendie qui a débuté le 12 juillet a parcouru 2 000 hectares dans le massif de Fontainebleau, Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France, annonce une première série de mesures pour la protection des forêts franciliennes. Elles seront précisées et complétées à l'issue de la conférence régionale sur la prévention des incendies en massif forestier, que la Présidente réunira le 8 octobre avec l'ensemble des acteurs concernés.
La forêt couvre près d'un quart du territoire francilien et reçoit près de 100 millions de visites chaque année. Les services de l'État ont désigné l'Île-de-France « nouveau territoire du feu » dès 2023, et les massifs de Fontainebleau, de la Commanderie, des Trois Pignons et de Nemours-Poligny sont classés à risque d'incendie depuis avril 2026. Neuf départs de feu sur dix sont d'origine humaine et sept incendies sur dix naissent aux interfaces entre le bâti et la nature : l'incendie de La Teste-de-Buch (Gironde) en 2022 est parti d'une camionnette en panne, et plusieurs feux de ces derniers jours dans le Sud-Est se sont déclarés aux abords de véhicules ou de chantiers. En Seine-et-Marne, un arrêté préfectoral interdit d'ailleurs, depuis le 7 juillet, l'usage de tout engin produisant du feu ou de la chaleur dans les massifs forestiers entre 13 heures et 20 heures.
« La vulnérabilité première de nos massifs, ce sont les routes et les chantiers qui les longent. Les agriculteurs moissonnent désormais avec une déchaumeuse en bout de champ ; les chantiers en lisière de forêt doivent acquérir les mêmes réflexes. Les autres sources de vulnérabilité devront elles aussi être réduites, une à une. L'Île-de-France doit se doter d'une véritable culture du risque incendie. La Région prend sa part dès aujourd'hui et réunira tous les acteurs à l'automne pour la construire ensemble », déclare Valérie Pécresse.
1. Un audit des forêts franciliennes
Dans le prolongement de l'atlas du risque feu de forêt établi avec la DRIAAF, le Centre national de la propriété forestière et l'Institut Paris Region, il recensera les vulnérabilités des massifs franciliens face au feu, notamment : accès des secours, points d'eau, mise en œuvre des obligations légales de débroussaillement. Les forêts régionales gérées par Île-de-France Nature seront également auditées. Sur la base de cet audit, Yann Wehrling, Vice-président de la Région Île-de-France chargé de la transition écologique, du climat et de la biodiversité, se voit confier une mission pour améliorer la résilience des forêts franciliennes face au risque incendie, dans un contexte de réchauffement climatique qui se traduit par une multiplication des épisodes de sécheresse et de canicule.
2. Un fonds régional de régénération
Chaque euro donné, un euro de la Région. En regard de la souscription ouverte par la Fondation du patrimoine pour la forêt de Fontainebleau, la Région consacrera un euro pour chaque euro collecté auprès des particuliers et des entreprises, dans la limite d’un million d’euros. Ces crédits financeront des opérations d’investissement dans les massifs. La régénération naturelle surveillée figure parmi les pistes à l’étude : les professionnels de la forêt la classent parmi les solutions les plus efficaces, et elle demeure la moins coûteuse. D’éventuelles plantations complémentaires pourraient privilégier la diversité des essences et les espèces indigènes peu inflammables, la biodiversité constituant elle-même un rempart contre le feu.
3. La détection précoce des départs de feu généralisée
L'expérimentation de caméras à intelligence artificielle conduite par les sapeurs-pompiers de Seine-et-Marne sera étendue, avec le soutien de la Région, à l'ensemble des massifs franciliens, en lien avec les SDIS des Yvelines, de l'Essonne et du Val-d'Oise et la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris.
4. Le soutien aux sapeurs-pompiers
Dans le cadre du "bouclier de sécurité" qui a déjà permis à la région de verser 8 millions d'euros d'aides d'équipement aux pompiers de Paris et aux quatre SDIS — au-delà de ses compétences obligatoires —, la Région continuera d'instruire d'ici la fin de l'année les demandes d'équipement complémentaires des services d'incendie et de secours pour faire face aux risques climatiques
5. Des règles nouvelles aux abords des massifs
Dès cette année, la Région introduira dans ses propres marchés — lycées, îles de loisirs, bâtiments régionaux — des clauses de prévention incendie pour tout chantier proche d'un massif : réserve d'eau sur site, extincteurs à bord des engins, suspension des travaux par point chaud (découpe, soudure) les jours de risque élevé signalés par la météo des forêts. Ses soutiens aux événements organisés en forêt seront conditionnés au respect d'une charte de prévention. La Région demande par ailleurs au Gouvernement de clarifier et de renforcer, sur l'ensemble du territoire, les restrictions applicables en période de risque élevé aux travaux et chantiers conduits dans les massifs et à leurs abords, et de rendre obligatoire l'extincteur à bord des véhicules utilitaires et des engins intervenant à proximité des forêts. Elle recommande aux propriétaires de vans et de camping-cars de s'en équiper.
6. Une conférence régionale sur la prévention des incendies en massif forestier
La Présidente réunira le 8 octobre l'ensemble des acteurs de la forêt francilienne, notamment l'État et la préfecture, l'ONF, les propriétaires forestiers privés, les parcs naturels régionaux, les gestionnaires des sites Natura 2000, les SDIS et la BSPP, les gestionnaires d'infrastructures routières, ferroviaires et électriques, les fédérations du bâtiment et de l'artisanat, la chambre d'agriculture, les fédérations de chasseurs, les communes forestières, les organisateurs d'événements, les associations d'usagers de la forêt et les associations de défense de la biodiversité. Objectif : un référentiel francilien des bonnes pratiques de prévention en lisière et dans les massifs, décliné avant la fin de l'année.
Enfin, la Présidente proposera au Conseil régional, dès sa prochaine séance, une motion demandant à l'État d'ouvrir le chantier de la régionalisation de la gestion des forêts publiques.
La forêt de Fontainebleau, un patrimoine naturel d'exception
Massif de 25 000 hectares aux portes de la métropole, la forêt de Fontainebleau occupe une place à part dans l'histoire de la protection de la nature : ses « réserves artistiques», créées dès 1861 à la demande des peintres de Barbizon, précèdent de onze ans le parc américain de Yellowstone. Réserve de biosphère de l'UNESCO et site Natura 2000, elle doit à la variété de ses milieux — chaos de grès, platières, landes, mares, vieilles futaies — une biodiversité exceptionnelle : près de 6 600 espèces animales et 5 700 espèces végétales y sont recensées, dont quantité d'espèces liées aux vieux arbres et au bois mort, devenues rares partout ailleurs. L'incendie de juillet est le plus grave qu'ait connu le massif depuis le début des relevés, en 1863.
Référence : L'Institut Paris Region, Comment concilier biodiversité et défense des forêts contre les incendies en Île-de-France ?, Note rapide n° 1064, juillet 2026.
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