21 novembre 2019

Handicap et travail : on a testé « Les petits plats de Maurice »

Crédit photo : Agnes Dherbeys - MYOP

À l'occasion de la Semaine européenne emploi-handicap, rencontre avec des cuisiniers en situation de handicap dans un restaurant d'insertion parisien que la Région a aidé à s'équiper pour son ouverture, en 2017.

Tous les midis, du lundi au vendredi, 14 personnes en situation de handicap cuisinent et font le service dans le restaurant « Les petits plats de Maurice ». Très apprécié dans le quartier, cet établissement géré par l’ESAT (établissement et service d’aide par le travail ) de Paris 11e, a reçu une aide de 132.000 euros de la Région pour s'équiper, juste avant son ouverture, en 2017.

« Les petits plats de Maurice », un restaurant convivial à découvrir

Situé au fond d’une impasse, loin de la vie parisienne trépidante, le restaurant « Les petits plats de Maurice » a tout pour offrir un moment de répit à ceux qui franchissent sa porte. De grandes baies vitrées qui laissent entrer la lumière. Des plantes et des livres pour décorer la salle. Sans oublier de la couleur aux murs et des tableaux « qui ont été réalisés par les élèves de mon cours de dessin », annonce fièrement Évelyne, l’une des 7 personnes qui assurent le service.

Aucune cloison ne sépare la salle de la cuisine dans ce restaurant. « Un choix architectural volontaire pour que le personnel puisse voir la clientèle à tout moment et inversement », explique Isabelle Pollet-Rouyer, directrice de l’ESAT gestionnaire.

Tajine, quiches, soupes et desserts au menu

« Tajine de poisson aux légumes et céréales gourmandes », affiche l’ardoise sur laquelle Clara a écrit le menu de son écriture élégante. Après avoir mené à bien sa première mission de la journée, la jeune femme s’est installée derrière la vitrine où les clients viennent passer des commandes. Au choix : quiches, soupes, desserts, yaourts bio…

Sur place ou à emporter, pas moins de 120 couverts sont dressés tous les jours.

Par moments, gérer le stock des produits en vitrine tout en préparant les commandes peut être source de stress, mais « faut que ça tourne », lance-t-elle. En tout, sur place ou à emporter, pas moins de 120 couverts sont dressés tous les jours.

Cuisiner pour s'émanciper

Parfois en salle, à d’autres moments en cuisine, chargée de débarrasser les tables ou de servir les clients, Shyrelle aime la polyvalence de son poste. Ainsi, elle « varie les plaisirs ». Elle aussi traverse des moments de pression, mais elle a « appris à ne pas perdre [ses] moyens ». «Il faut rester positif, sinon on n’y arrivera jamais », telle est sa philosophie.

Grâce à son travail, Shyrelle peut se projeter professionnellement à long terme – elle veut poursuivre dans la restauration – et aussi personnellement – elle souhaite quitter son foyer pour s’installer dans un appartement.

En cuisine, ça ne chôme pas !

Ce matin, c’est Gilles qui a épluché et découpé les carottes. Comme tout bon cuisinier qui se respecte, il a une spécialité : les bowls avec céréales et légumes. S’il aime préparer des plats simples, Gilles caresse le rêve d’apprendre à cuisiner le cassoulet, plat compliqué s’il en est.

Un bilan très positif

« Gérer un restaurant est un projet ambitieux. Tous les jours, il faut composer avec des problèmes de maintenance, de ressources humaines car la restauration est un métier fatigant, et tout un tas d’aléas, mais voir le personnel si content d’être là compense toutes les difficultés », observe la directrice.

Le budget est à l’équilibre, la clientèle compte des habitués et le personnel est ravi. 

Un an après l’ouverture, le bilan du restaurant est très positif : le budget est à l’équilibre, la clientèle compte des habitués, et le personnel est ravi. 

Aux côtés des 14 personnes en situation de handicap, 2 monitrices – Mounia en cuisine et Virginia en salle –jouent un rôle fondamental. Elles sont là pour former, aider et rassurer. Un chef officie également en cuisine.

L’objectif final
est de gagner en autonomie.

Si chacun vient travailler avec un projet précis, qui a été décidé en fonction de son envie et des possibilités – ouvrir son propre restaurant pour Gilles, par exemple –, l’objectif final est de gagner en autonomie, de se construire une identité professionnelle, d’être en interaction et de valoriser ses compétences.