20 mars 2015

Retour au lycée Nobel pour Tanguy Viel

Tanguy Viel
Crédit photo : Eric Garault/Picturetank

Et de deux ! Après sa résidence de 2011-2012 au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois, dont il avait tiré un roman écrit avec les élèves, l’écrivain Tanguy Viel renouvelle l’expérience avec l’ambition cette fois de rédiger un essai. Reportage avec deux classes de lycéens.

« C’est anonyme, vous pouvez écrire ce que vous voulez »

« Un autoportrait, c’est comme un kaléidoscope ! Vous savez ce qu’est un kaléidoscope ? ». Dans la classe de français, autour de leur professeur Sylvie Cadinot-Romerio et de l’écrivain Tanguy Viel, les élèves de 2nde 3 s’animent. L’auteur leur lit d’abord quelques pages d’Autoportrait d’Edouard Levé. « Mais Monsieur, ça n’a aucun sens ! », s’écrit Gabriel. « Mais si », réplique Tanguy Viel, « chaque phrase donne une image de qui est le narrateur ! Elles semblent décousues, mais on a quand même une impression d’unité quand on termine le livre, on cerne entièrement le personnage ».

L’écrivain distribue aux élèves de grandes feuilles blanches. « Saisissez des images de vous-mêmes, ce que vous pensez, ce que vous vivez, ce que vous aimez, ou pas ». Brouhaha dans la classe… Questions… Rires… « Tant que vous parlez, vous n’écrivez pas », s’écrie Svlvie Cadinot-Romerio, « repliez-vous en vous-mêmes ». « Mais on doit faire quoi exactement ? ». Avec patience et bienveillance, Tanguy Viel réexplique, et conseille aux lycéens de s’arrêter sur leurs habitudes, leurs goûts, leurs actes, leurs caractéristiques physiques… « C’est anonyme, vous pouvez écrire ce que vous voulez », glisse-t-il avec un clin d’œil. Le brouhaha se poursuit. « On peut écrire en langage familier ? », « C’est quoi madame la télépathie ? ».  

« Les ateliers d’écriture m’inspirent »

Le silence s’installe finalement. Tanguy Viel lit quelques textes, corrige, encourage. « Ce ne sont pas que des souvenirs, il y a aussi ce que tu penses, ce que tu ressens ». Mira, 16 ans, l’écoute avec attention. « Avant je n’aimais pas écrire, je n’avais pas envie de raconter ma vie ! C’est difficile mais maintenant j’aime bien pouvoir raconter ce que je pense, comme ça toutes les semaines ». Gabriel, 17 ans, aime « le fait qu’on puisse s’exprimer en toute liberté ! Les ateliers d’écriture m’inspirent, me donnent envie de raconter ce que je vois tous les jours ».

Tanguy Viel rêve d'un dictionnaire de l'adolescence 

Après Ce jour-là, le roman écrit lors de sa résidence en 2011-2012, Tanguy Viel tente une toute nouvelle approche en proposant aux élèves l’écriture d’essais qui seront lus en voix off à l’occasion de déambulations dans Clichy-sous-Bois, elles-mêmes filmées. « Je voudrais que ça ressemble presque à un dictionnaire de l’adolescence : comment ils se vivent, se voient, eux et leurs horizons, leur quotidien… » La résidence donnera lieu à la parution d’un livre aux éditions Joca Seria.

De la poésie, des images, des lumières

Avec la classe de 1ère qui arrive ensuite, Tanguy Viel essaie autre chose. Il leur lit un texte extrait de L’été 1980 de Marguerite Duras, qui décrit les lumières, l’ambiance, le climat, les sensations que génère la météo dans la villa Les Roches noirs à Trouville en Normandie. « Un peu comme quand Rousseau explique que son bonheur dépend des éléments, et du cosmos… Vous avez tous lu Rousseau ? » Apparemment non. «  Je veux de la poésie, des photos, des lumières, des couleurs, je veux votre Clichy préféré, qui vous procure des sensations, je veux que vous soyez des peintres de Clichy » Les lycéens se lancent dans l’exercice de bonne grâce : « C’est hyper difficile, il nous faudrait plus de temps ! », glisse Meliou. « Alors on refera ça la semaine prochaine, et en attendant, écrivez chez vous ! »

 

Informations sur la résidence en cours de Tanguy Viel, et la précédente sur le site du collectif remue.net.