Publié le 18 janvier 2023

Qarnot chauffe les bâtiments avec des serveurs informatiques

Crédit photo : Qarnot

Entreprise bénéficiaire notamment de l'aide régionale PM'up Relance, Qarnot révolutionne l'économie circulaire numérique en recyclant la chaleur produite par ses datacenters. Et elle l'a fait savoir au CES de Las Vegas. Explications avec Quentin Laurens, son directeur des Affaires publiques.

Qarnot, entreprise soutenue par la Région

Depuis 2010, Qarnot a bénéficié du programme PM’up (désormais appelé « PM'up Relance ») de la Région. Un accompagnement qui lui a permis de grandir sereinement et de s’imposer aujourd’hui en tant que pionnière dans son secteur. 

En parallèle, Qarnot a bénéficié du Fonds européen de développement régional (FEDER) géré par la Région pour se développer, notamment à l'international.

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Soutenue par la Région depuis sa création en 2010, Qarnot est une entreprise du secteur du « green cloud » (c'est-à-dire du stockage et autres services informatiques proposés à distance avec un souci de réduire l'empreinte environnementale). Et elle ne cesse d'innover.

Installée à Montrouge (92) et employant 70 personnes actuellement, elle a démarré son activité avec des chaudières et radiateurs numériques fournissant de la puissance de calcul informatique haute performance aux entreprises (notamment aux acteurs de l’intelligence artificielle, de l’animation 3D ou de la recherche médicale).

Aujourd'hui, Qarnot se renouvelle en proposant de transformer ses datacenters en réseaux de chaleur écologique. Une petite révolution dans l'économie circulaire numérique.

Réduire l’empreinte carbone du secteur informatique

Concrètement, Qarnot propose un « cloud écologique » en réutilisant la chaleur émise par ses datacenters pour chauffer des bâtiments. Une innovation intéressante à l’heure où les entreprises du numérique cherchent à réduire leur empreinte carbone. 

Alors qu’en général l’énorme quantité de chaleur dégagée par les datacenters est perdue, le procédé développé permet de récupérer 95% de la chaleur émise par les serveurs informatiques afin de la redistribuer à des réseaux de chaleur. Cela permet aussi de faire des économies sur les très énergivores systèmes de refroidissement et de climatisation des datacenters puisque la chaleur n’a plus besoin d’être évacuée. 

5 questions à Quentin Laurens, directeur des Affaires publiques chez Qarnot

En quoi votre double activité est-elle originale ?

Quentin Laurens : La particularité de notre modèle, c’est que nous transformons le déchet des uns – la chaleur de l’informatique – en ressource pour les autres – la chaleur utile dans les bâtiments. Ce système d’économie circulaire numérique fait de Qarnot un service à la fois délocalisé, côté cloud, et localisé, côté fournisseur d’énergie. En effet, nous sommes un fournisseur de cloud spécialisé dans le calcul haute performance, notamment nécessaire aux acteurs de l’intelligence artificielle, de l’animation 3D ou de la recherche médicale. Mais nous sommes aussi fournisseur d’énergie.

D’un côté, nous délivrons une prestation informatique en offrant à nos clients du temps de calcul sur des machines qui ne leur appartiennent pas. De l’autre, nous valorisons la chaleur issue de l’activité de ces serveurs pour chauffer des bâtiments publics, des logements sociaux et, bientôt, des sites industriels et des piscines municipales. Nous avons donc deux types de clients bien distincts.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Q. L. : Nos machines sont conçues pour récupérer la chaleur fatale – dérivée d’un processus dont ce n’est pas l’objet premier – issue du fonctionnement des processeurs de calcul. Tout a commencé par des radiateurs informatiques dont nous avons équipé des bâtiments partout en France.

Depuis peu, nous développons également des chaudières numériques qui, contrairement aux radiateurs, permettent de produire de l’eau chaude toute l’année, ce qui convient à l’essentiel des besoins domestiques. Ces installations sont adossées à Qware, une plateforme logicielle qui distribue les tâches de calcul en fonction des consignes de chaleur appliquées aux machines.

En matière de performance environnementale, les gains sont considérables. »

Quentin Laurens, directeur des Affaires publiques chez Qarnot

Comment cette démarche novatrice a-t-elle été pensée ?

Q. L. : En concevant le datacenter de manière alternative. Les datacenters classiques hébergent dans un même lieu une concentration importante d’équipements informatiques. Or un ordinateur qui calcule est un ordinateur qui chauffe. Non seulement cette chaleur est perdue, mais il faut refroidir ces lieux. Nous avons supprimé cette double contrainte en dispersant les serveurs informatiques dans des bâtiments où ils servent de source de chaleur.

En matière de performance environnementale, les gains sont considérables : suppression des systèmes de refroidissement, mutualisation de la source d’énergie et économie d’un datacenter.

Quel rôle a joué la Région Île-de-France dans votre développement ?

Q. L. : Dans le cadre du dispositif PM’up, nous avons bénéficié de 2 subventions qui nous ont permis de consolider l’entreprise en matière de ressources humaines, de maintenance et de suivi de nos produits. Nous avons aussi pu la structurer juridiquement en matière de brevets et de certifications. Par ailleurs, notre projet Computing Buildings a été soutenu en 2018 par le Fonds européen de développement régional (FEDER) géré par la Région.

Ce projet de renforcement de l’intelligence des bâtiments visait à développer et à industrialiser la plateforme Qware pour optimiser l’usage de nos machines grâce à la donnée collectée. En 2020, nous avons également été financés à hauteur de 1 million d’euros par la Banque des territoires dans le cadre du projet « Construire au futur, habiter le futur » de la Région Île-de-France, lauréate du programme « Territoires d’innovation de grande ambition » (Tiga).

Enfin, Qarnot vient d’obtenir une aide de 10,5 millions d’euros de l’European Innovation Council (EIC), créé par la Commission européenne pour promouvoir l’innovation et soutenir la commercialisation de technologies de rupture. Pour construire notre dossier de candidature, nous avons bénéficié d’un accompagnement de proximité piloté par la Région - avec l'aide de ses partenaires PCN - qui s’est avéré décisif. Le processus de sélection est en effet drastique et très concurrentiel.

Qarnot a présenté sa solution au CES, qu'est-ce que cela vous a apporté ?

Q. L. : Avec l’aide de la Région, Qarnot a participé une première fois au CES de Las Vegas en 2019. Et nous y sommes retournés 2 fois par la suite. C’est chaque fois l’occasion de gagner en visibilité à l’international et de nouer des contacts avec des dirigeants de grands groupes comme avec des décideurs politiques et économiques. Le CES est un vrai accélérateur de notoriété pour les entreprises de la tech !