Transports franciliens: du ticket à vingt centimes au passe Navigo unique

En 2013, le passe Navigo aura le même prix pour tous. Ce bouleversement vient couronner un siècle d’évolution des tarifs dont voici les dates clés.

Ce sera une petite révolution : en 2012, les tarifs des transports franciliens vont entamer une remise à plat avec le passage progressif au passe Navigo à prix unique, censé aboutir en 2013. Il faut remonter à 1975 et le lancement de la Carte Orange pour trouver pareil bouleversement. Le célèbre coupon, aujourd’hui disparu, fut en effet le premier titre permettant, moyennant un abonnement, de disposer d’un accès illimité aux transports franciliens. Un premier effort de simplification, alors qu’il fallait parfois user de cinq tickets rien que pour traverser Paris, souligne Grégoire Thonnat, auteur du livre « Petite histoire du ticket de métro parisien » (Ed. Télémaque). Avant cela, d’autres évolutions tarifaires ont jalonné l’histoire du développement des transports franciliens. Retour sur un siècle de changements.  
 
1900 : inauguration du métro
Tout commence en 1900, le 19 juillet précisément. La première ligne du métro parisien est mise en service à l’occasion de l’Exposition universelle. Elle relie à l’époque la porte Maillot à la porte de Vincennes et dessert 18 stations. « Trois tarifs sont proposés aux voyageurs : 15 centimes pour un billet de seconde classe, 20 centimes pour un aller et retour et 25 centimes pour la première classe (prix en anciens francs, Ndlr) », détaille Grégoire Thonnat.  30 000 tickets sont vendus le premier jour.


1919 : les premières augmentations
Restés inchangés pendant 19 ans, les tarifs du métro  connaissent une première augmentation à la suite de la Première guerre mondiale. En 1919, il faut désormais débourser 20 centimes pour la seconde classe et 30 centimes pour la première. S’en suivent dès lors des hausses régulières.

1930 : instauration d’une réduction pour les mutilés de guerre


En 1930, les associations d’anciens combattants, à l’époque très puissantes, obtiennent une réduction en faveur des mutilés de guerre. Ces derniers paieront 60 centimes leur trajet alors que le prix en vigueur est de 70 centimes pour la seconde classe et 1,15 franc pour la première. « Il s’agit de la première tarification sociale», précise M. Thonnat.

1941 : création de la carte hebdomadaire de travail
La pénurie d’essence qui frappe la capitale, en raison de la guerre, fait disparaître les bus et pousse les gens dans le métro. Conséquence, plus d’un milliard de voyageurs empruntent les 14 lignes du réseau cette année-là. Afin de simplifier la vie des ouvriers, on décide de créer la carte hebdomadaires de travail, valable pour six allers et retours et vendue 10 francs. « Si cet abonnement est proposé à la semaine, c’est parce que les salaires étaient versés à l’époque de manière hebdomadaire, explique M. Thonnat. L’inconvénient de cette carte c’est qu’elle n’était utilisable qu’à partir de la gare où elle avait été émise. Elle disparaîtra en 1975 avec l’arrivée de la Carte Orange ».

1948 : des tarifs à moitié prix pour les familles nombreuses
Après la fin de la Seconde guerre mondiale, l’heure est au Baby Boom. Pour accompagner la hausse de la natalité, un tarif réduit est mis en place afin de soutenir les familles nombreuses, qui peuvent ainsi circuler moitié moins cher.  Le prix de la deuxième classe est alors de 10 francs et celui de la première classe de 15 francs.

1973 : généralisation du ticket à bande magnétique
Le ticket à bande magnétique, qui vise à fluidifier le trafic, couvre l’ensemble du métro à partir de 1973. En test depuis 1968, cette technologie entraîne la disparition des poinçonneurs, remplacés par des tourniquets automatiques. « Les poinçonneurs contrôlaient en moyenne 3 500 tickets par jour, précise M. Thonnat. Les derniers resteront en poste jusqu’en 1975 ». Quant aux tarifs, le billet deuxième classe s’achète 80 centimes et le billet première classe 1,20 franc (prix en nouveaux francs, Ndlr).

1975 : naissance de la Carte Orange

Lancée le 1er juillet 1975 par le Syndicat des transports parisiens (ancêtre du Syndicat des transports d’Ile-de-France, Ndlr), la Carte Orange remporte un succès immédiat en offrant un accès illimité aux transports franciliens, répartis en huit zones. Elle met fin à la carte hebdomadaire de transport (voir plus haut) alors que dans le même temps se développe les RER, apparus dans les années 1960. « La Carte Orange est un vrai progrès social, décrypte M. Thonnat. On pensait qu’elle ne séduirait que les salariés mais elle a été adoptée par tous les Franciliens à qui elle donne un sentiment de liberté ». A son lancement, le coupon de deuxième classe coûte 40 francs en zones 1 et 2 pour un mois. Très vite, il est décliné en version annuelle, hebdomadaire puis quotidienne. Néanmoins, une question demeure. Pourquoi le choix de l’orange ? « Il s’agit, au moment de la création de la carte, de « La » couleur à la mode qui, en prime, reflète un certain dynamisme », relate M. Thonnat.

1991 : disparition de la première classe dans le métro
Maintenue seulement aux heures creuses depuis 1982, la première classe disparaît définitivement du métro en 1991. Elle est toutefois conservée dans les RER jusqu’en 1999.

1998 : apparition de la carte Imagin’R
Destinée aux étudiants âgés entre 12 et 25 ans, la carte Imagine’R, créée en 1998, est un autre exemple de tarification sociale. Valable un an, elle permet de circuler sur le réseau francilien  moyennant des tarifs avantageux. En 2011, son coût est de 298,50 euros pour les zones 1 et 2. Elle offre en outre la possibilité de profiter du « dézonage » le week-end, les jours fériés et durant les vacances scolaires.

2001 : entrée en piste du passe Navigo
Conçu pour remplacer les coupons magnétiques, générateurs de surcoûts de fonctionnement, le passe Navigo arrive entre les mains des usagers en 2001. Réservé dans un premier temps aux titulaires d’une carte intégrale, il se généralise peu à peu et entraîne en février 2009 la fin définitive de la Carte Orange. Il coûte à cette date 56,60 euros par mois pour les zones 1 et 2.

2007 : gratuité pour les bénéficiaires du RMI
Le 31 mars 2007, la Région institue la gratuité des transports pour les personnes bénéficiaires du Revenu minimum d’insertion (RMI) ainsi que pour les membres de leur foyer.
Le ticket t+, créé le 6 juin 2007, incarne la nouvelle génération des tickets de métro. L'une de ses caractéristiques est qu'il permet, durant 1h30 après compostage, d'effectuer une ou plusieurs correspondances sur le réseau de surface (bus et tramways).   
- Suppression des zones 7 et 8

Afin de réduire les coûts de transport des habitants de grande couronne, les zones 7 et 8 sont supprimées le 1er juillet 2007. Les titulaires de forfaits zones 1-7 (129,60 euros par mois en 2007) et zones 1-8 (142,70 euros par mois en 2007) voient le montant de leur abonnement aligné sur celui de la zone 6 (118,50 euros par mois pour les forfaits zones 1-6 en 2007).


Le 1er juillet 2011, les zones 5 et 6 sont fusionnées. Résultat, les usagers souscrivant un forfait zones 1-6 (123,60 euros par mois en 2011) ne paient plus que pour les zones 1-5 (111,50 euros par mois en 2011).

 

Voir aussi tous les débats sur le 2ème Forum organisé sur "Les mobilités" en février 2013

Quelles priorités pour les mobilités de demain ? Débat entre Guillaume Pépy, Président de la SNCF & Jean-Paul Huchon, Président de la Région Île-de-France.
Le bobo, menace ou chance pour les quartiers populaires ? Débat entre Dominique Voynet, maire de Montreuil, Jacques Salvator, maire d'Aubervilliers et Stéphanie Vermeersch, chargée de recherche au CNRS .
Île-de-France : Villes riches contre villes pauvres ? Débat entre Chantal Jouanna, sénatrice de Paris & Stéphane Troussel, président du conseil général de Sein-Saint-Denis.
Ville et voiture la fn? Débat entre Denis Baupin, Vice-Président de l'Assemblée Nationale, Thierry Viadieu, Directeur du Programme Nouvelle Mobilité de Renault & Alain Meyere, ancien directeur du département "mobilités et transports" de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme d'IDF
Logement, quelles priorités pour les franciliens ? Débat entre Cécile Duflot, Ministre de l'égalité des territoires et du logement & Benoist Apparu, Député, ancien Ministre du logement.