Rock : 30 ans de bon Plan

Julie Védie
De Trust à Maceo Parker en passant par les Rita Mitsouko ou Noir Désir, ils ont tous en commun d’avoir un jour joué au Plan. La mythique salle de concerts de Ris-Orangis fête ses 30 ans en 2014, et son installation dans de nouveaux locaux…


The Ramones, pionniers du punk, jouent au Plan en 1994 © Marc Delavaud

« Le meilleur club de rock d’Europe », disait le groupe britannique Dr Feelgood en parlant du Plan. Georges Moya, ingénieur du son, arrivé en 1985 « pour un remplacement qui aura finalement duré 30 ans », parle avec enthousiasme de l’époque où les groupes de rock anglais et américains ne faisaient pas une tournée en France sans passer par Ris-Orangis (91). The Inmates, The Ramones, The Stranglers, The Silencers… « On était même référencé dans Melody Maker, la célèbre revue musicale anglaise, comme LE club où aller quand on était à Paris ! » Pendant 30 ans, les artistes français étaient également présents : La Mano Negra, Les Négresses Vertes, IAM, Zebda, Les Têtes Raides, Axel Bauer ou encore Camille… Georges Moya ne se fait pas prier pour évoquer ses meilleurs souvenirs : Sugar Ray en juin 1996 (« Il s’est passé un truc ce soir-là, tout le monde s’est pris une gifle »), ou encore Jean-Louis Aubert (« De grands moments à chaque concert… Un soir, un gros orage a tout inondé, il a fini en acoustique »)… Autre date inoubliable, en 1994, la venue du bluesman Rory Gallagher, que Jimi Hendrix qualifiait de « meilleur guitariste du monde », et dont ce fut le dernier concert. « La salle débordait littéralement, on était limite écrasés », se souvient Marc Delavaud dit Marco, amateur de rock, devenu, par amitié avec l’équipe, photographe officieux du lieu.


Rock et insertion

L’histoire de la création du Plan à Ris-Orangis relève presque du hasard et surtout de l’aventure. Dans les années 1980, trois éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse veulent ouvrir près de Paris un endroit où le public puisse découvrir des groupes de rock pour pas trop cher. L’idée : mêler insertion sociale et musique, en ouvrant un restaurant d’insertion où viendraient se produire des musiciens connus ou moins connus. Après deux années de recherche dans toute la région, c’est la mairie de Ris-Orangis qui accueille le projet, dans un petit local de 150 places, en bordure de la ville.


« Un petit club familial »

Grâce au bouche-à-oreille, mais aussi à la bonne volonté et à l’enthousiasme de l’équipe, le Plan acquiert une sacrée réputation dans toute la région. « C’était un lieu pour les puristes du rock », raconte Marco. Cinq ans plus tard, le restaurant est prolongé par une vraie salle de concert de 600 places. « Un lieu avec une acoustique rare, grâce à sa petite taille et au génie des ingénieurs du son. Les artistes et le public sentaient qu’il s’y passait quelque chose de spécial : production et technique étaient accessibles, tout le monde traînait backstage… C’était très convivial, comme un petit club familial. » Le Plan, qui est aussi une association, poursuit parallèlement sa vocation sociale, en se consacrant à l’insertion. Service au bar-restaurant, apprentissage de la cuisine, secrétariat et comptabilité… Des centaines de personnes y découvrent ou redécouvrent le monde du travail. À l’intérieur, les dessinateurs de BD Philippe Vuillemin, Jano et Frank Margerin se chargent de décorer les murs de la salle de restaurant.


Construction du Plan 2

Dates clés
7 décembre 1984 :
ouverture du Plan, avec un concert de Little Bob Story
1989 : ouverture de la salle de 600 places, adjacente au restaurant
Décembre 1994 : dernier concert du guitariste Rory Gallagher
8 novembre 1996 : longue file d’attente pour Noir Désir
2007 : dernier passage des Rita Mitsouko
6-8 juin 2014 : festival 30 ans du Plan
26 septembre 2014 : inauguration du Plan 2

En 2000, au moment du départ de Didier Veillaud, l’un des fondateurs, toutes les musiques actuelles y avaient pris leur place. La cadence des concerts ralentit, et les temps ont changé : « Les gros groupes adoraient jouer ici, parce qu’ils y retrouvaient une atmosphère club vu la taille de la salle, mais les petits trouvaient le Plan pas assez grand », raconte Georges Moya. En juin dernier, un festival a officiellement célébré les 30 ans du Plan, avec des concerts des Têtes Raides, des Fleshtones, de Poni Hoax ou encore de FFF. Il a aussi marqué le passage à une nouvelle ère… « Ce festival était une façon de clôturer la salle et ses 30 ans de succès dans la joie », explique Fabien Lherisson, le directeur du Plan. En effet, à quelques centaines de mètres, le chantier du Plan 2 s’achève. Dans un beau bâtiment moderne sont aménagés une grande salle de concert de 830 places, une petite salle de type club de 150 places, un restaurant de 80 couverts, un pôle de ressources documentaires, deux studios de répétition et une régie d’enregistrement. Soutien et conseil aux groupes locaux, accueil de musiciens en résidence, partenariat pédagogique avec l’École supérieure des métiers de l’image, du son et du multimédia de Malakoff (92) et le Master 2 Musique et Arts du spectacle de l’université Évry-Val d’Essonne sont au programme d’un ambitieux projet artistique. « On va aussi accélérer le rythme des concerts, de 30 à environ 50 entre septembre et juin », précise Fabien Lherisson, qui avoue ressentir « une bonne montée d’adrénaline et beaucoup d’excitation » pour ce nouveau projet. La peinture est à peine sèche, mais le groupe d’électro Black Strobe, accueilli en résidence de création, est déjà au travail… Dans la régie technique de Georges Moya, la photo du concert mythique de Motörhead en 1997 figure en bonne place…

Photo ci-dessus : Jean-Louis Aubert sur scène en 1990 © Marc Delavaud ;
ci-dessous : grande salle du nouveau Plan © Emmanuelle Blanc/Picturetank

Tags