Regards croisés sur le Prix littéraire des lycéens et apprentis

Le Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle commence dès la sélection des 40 titres par un comité de lecture composé de libraires, de bibliothécaires et d’enseignants. Leur rôle est d'organiser au mieux la rencontre des textes et des élèves. Témoignages.

Le Prix littéraire des lycéens, des apprentis et de la formation professionnelle offre l’occasion d’explorer les genres, d’échanger avec des auteurs contemporains et de découvrir différents lieux et acteurs de la lecture. Tout commence avec le comité de lecture, qui sélectionne les 40 titres proposés ensuite aux lycéens. Ensuite, pour les enseignants, les documentalistes, les libraires, les auteurs et tous les partenaires du Prix, il s'agit d'accompagner les jeunes dans leur découverte de ces textes. Pour cela, ils favorisent l'autonomie des élèves tout en misant sur de multiples interventions de professionnels. Regards croisés de quelques-uns de ces derniers.

 

Créer des rencontres inédites et exigeantes

Giulia Camin est médiatrice culturelle à la médiathèque départementale de Seine-et-Marne (77) et membre du comité de lecture. 

Le Prix littéraire des lycéens, c’est faire se rencontrer des jeunes, des titres et des auteurs qui ne rencontrent pas d’habitude. Ces rencontres sont particulières et fortes. Chaque partenaire apporte quelque chose et ça permet de travailler ensemble. La médiathèque est le dernier lieu culturel gratuit de proximité. On y a aussi une grande liberté pour valoriser les collections et tisser des liens entre les genres : cinéma, jeux vidéo, BD, littérature… On permet aux élèves de « goûter » des écritures, des aperçus de la création littéraire. Le Prix littéraire des lycéens n’est que le début d’un parcours. Il éveille vraiment la curiosité des jeunes. On leur offre des choix, des possibilités de rencontres inédites, en restant exigeant.

 

Donner envie de fréquenter les librairies

Catherine Bruey-Lemoine est libraire, gérante du Presse papier à Argenteuil (95), et a également fait partie de l’aventure 2017.

Dans le comité de lecture, nous sommes tous des lecteurs. Il y a des livres qui nous apparaissent personnellement comme des évidences. Mais, en fait, non… il faut les défendre. Il y a débat. C’est la même aventure après, dans les classes. Ça montre la diversité de la littérature contemporaine. La littérature aujourd’hui est extrêmement vivante dans toutes ses formes. Le rôle des libraires est de défendre ces auteurs contemporains. Le Prix littéraire des lycéens, au démarrage, c’est un échange. On organise le lancement à la librairie, avec les lycéens. Il y a déjà beaucoup de questions sur cet aspect de la lecture. On veut faire prendre conscience aux jeunes qu’une librairie est un lieu de vie. Et ça marche. Ils reviennent ensuite régulièrement.

 

Travailler hors du cadre

L’aventure du Prix littéraire a changé la pratique de Johanna Copans, professeure de lettres au lycée polyvalent Fernand-et-Nadia-Léger à Argenteuil (95), avec ses élèves.

Dans le cadre du Prix littéraire des lycéens, nous travaillons de manière personnalisée mais toujours en équipe, et dans un autre espace que la classe, pour sortir du cadre scolaire. Les élèves ont ainsi créé un blog, une façon de changer leur rapport à l’écriture. Pour susciter leur enthousiasme, je les ai fait écrire à partir de couvertures de livres et tenir un carnet de bord avec des impressions de lecture. Nous avons aussi fait des sorties photo et créé un recueil que nous avons offert à un auteur. Les élèves posent beaucoup de questions. Leur argumentation a un vrai but quand ils peuvent interroger un auteur directement. Ils réfléchissent autrement.

 

Développer le jugement

Sylvie Cadinot-Romerio est professeure de lettres au lycée général Antoine-Lavoisier à Paris (5e). 

Avec le Prix littéraire des  lycéens, on développe la conscience esthétique et le jugement des élèves. Dans la littérature contemporaine, aucun savoir n’est constitué. Ce sont les élèves qui attribuent une valeur aux œuvres. Comment libère-t-on leur parole ? En faisant lire du patrimonial et du contemporain et en faisant voir la différence, en créant des espaces de partage où « le maître est ignorant », en constituant des comités de lecture, en lançant des débats interprétatifs, des jeux de rôle, en problématisant la lecture.

 

« Accéder à un petit bout d'éternité » avec des écrivains

Les lycéens de Seine-et-Marne (77) ont récompensé le recueil Caverne, du poète Makenzy Orcel, lors de l’édition 2017-2018.

Les auteurs haïtiens écrivent parce que c’est important, c’est urgent. Ils ont une relation vitale avec la langue et les mots. Je suis un héritier de la poésie, de la langue haïtienne. J’ai commencé avec la poésie mais en la matière, il n’y a avait pas de prix. La rentrée littéraire, c’est pour les romans, les histoires. Quand j’ai vu mon livre en lice pour le Prix littéraire des lycéens en Île-de-France, ça m’a ramené à Port-au-Prince. J’ai été surpris de voir que les jeunes ont compris ça : à partir d’un recueil de poèmes, on accède à un petit bout d’éternité.

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