Centenaire 14-18 : des monuments, patrimoine de l’Île-de-France

Les monuments aux morts de la Grande Guerre sont aussi de précieux témoignages de la statuaire figurative et parfois même allégorique de l’entre-deux-guerres. Tous académiques certes, mais certains moins que d'autres. Et d'une diversité qui peut aller jusqu'à une finition polychrome ou le recours à des matériaux locaux. À l'occasion du centenaire de l'Armistice, voici quelques-unes de ces sculptures commémoratives qui font partie du patrimoine francilien.

Monument aux morts à Meaux (77), réalisé par Frederick William Mac Monnies, Edmundo Quattrocchi et Thomas Hastings.
Il s'élève route de Varreddes, à l'emplacement exact où fut arrêtée la première offensive allemande de la Marne en septembre 1914. Financé à partir de 1916 par la souscription de plus de 4 millions de citoyens américains, ce mémorial se voulait un geste symbolique comparable au don par la France, de la statue de la liberté de Bartholdi. Il a été inauguré le 11 septembre 1932 en présence du président Albert Lebrun, du président du Conseil Édouard Herriot et du général américain John Pershing.

 

Monument aux morts de la guerre 1914-1918 à Melun (77)

Monument aux morts à Melun (77).
En 1923, la ville de Melun érigea un monument en l’honneur de ses enfants morts pendant la Grande Guerre. Les sculptures, exécutées par Jean-René Carrière, mêlent des figures allégoriques à des représentations très réalistes de poilus. Sur le socle du monument, 2 bas-reliefs montrent les combattants dans les tranchées et leur apothéose sous l’égide de la Victoire, avec les 9 différents corps d’armée encadrés par la Patrie et par la ville de Melun. Le groupe en ronde-bosse qui couronne l’ensemble met l’accent sur le thème du sacrifice : une mère embrasse le poilu qui s’apprête à partir mourir au front.

 

Monument aux morts à Lagny-sur-Marne (77).
Le monument aux morts de Lagny-sur-Marne frappe par son style austère, assez différent de celui de la plupart des sculptures réalisées dans l’entre-deux-guerres : un soldat jaillit d’une forêt de croix, au-dessus de l’inscription « La ville de Lagny, à ses enfants morts pour la France ». En fait, cette œuvre, sculptée en 1955, commémore les 2 guerres mondiales. En effet, le premier monument aux morts de Lagny, inauguré en 1921, fut détruit en 1940 par les soldats allemands car il représentait un poilu français écrasant de sa botte la tête de l’aigle germanique. Des morceaux de ce premier monument, dont certains ont été retrouvés dans la Marne, ont été remontés en 1984 dans le jardin de l’ancienne abbatiale de Lagny.

 

Monument morts Lescherolles

Monument aux morts entouré de 2 canons allemands à Lescherolles (77).
Petit village de moins de 500 habitants situé dans la vallée du Grand Morin, en Seine-et-Marne, Lescherolles abrite un de ces poilus en fonte peinte diffusés dans tout le pays pour rendre hommage aux soldats morts en 1914-1918. Il est encadré par 2 canons de 75 mm et entouré par une chaîne reposant sur des obus, qui en accentuent l’allure martiale.

 

Monument aux morts de la batellerie à Conflans-Sainte-Honorine (78).
Capitale de la batellerie, la ville de Conflans-Sainte-Honorine a érigé en 1924 un monument à la mémoire des anciens combattants bateliers, au confluent de la Seine et de l’Oise. Une Victoire ailée, œuvre du sculpteur Paul Silvestre, couronne majestueusement le monument. Elle emprunte à la statuaire grecque archaïque son style délibérément frontal et ses motifs de drapés, avec les plis plats du chiton sur lequel retombent les ondulations de l’himation. Le monument est une étape importante du « Grand Pardon de la Batellerie ». Instituée en 1959, cette cérémonie en l’honneur des anciens combattants de la batellerie se déroule tous les ans le troisième week-end de juin.

 

Monument aux morts à Arpajon (91).
Le 15 novembre 1919, le Comité du souvenir arpajonnais passe commande au sculpteur Benneteau d’une statue en bronze reposant sur un socle orné de bas-reliefs en pierre. Le poilu partant à l’assaut en brandissant son fusil d’une main et son casque de l’autre s'accompagne ainsi de scènes de la Grande Guerre et de la vie au front : le départ, la tranchée, le retour, le blessé...

 

Monument aux morts à Boulogne-Billancourt (92).
Le monument aux morts de Boulogne-Billancourt a été réalisé en 1924 par Paul Landowski. Si le nom de cet artiste, Grand Prix de Rome en 1900, est surtout connu des historiens de l’art, certaines de ses œuvres sont familières à tous, comme la statue de sainte Geneviève sur le pont de la Tournelle à Paris, ou le Christ rédempteur de Rio de Janeiro. Lui-même ancien combattant, Landowski reçut de nombreuses commandes de monuments aux morts dans les années 1920. Pour le cimetière de Billancourt, l’artiste (qui avait son atelier à Boulogne) a choisi de mettre l’accent sur la tristesse et la mélancolie en représentant une mère et sa fille, pleurant l’homme qu’elles ne reverront plus.

 

Monument morts Tremblay-en-France

Monument aux morts au Tremblay-en-France (93).
Le monument aux morts du Tremblay, installé sur la place proche de l’église, est très représentatif de ces poilus en fonte produits en série pour les petites communes de France. Sa polychromie récemment restaurée lui donne encore plus de vie et souligne les détails de l’équipement militaire, parmi lesquels le masque à gaz.

 

Statue de la Victoire du monument aux morts à Montreuil (93).
L’imposant monument aux morts du cimetière de Montreuil, inauguré en 1926, est l’œuvre de l’architecte départemental Albert Tournaire. Il se présente comme un grand mur en béton et ciment armé, couronné par une statue en bronze, sculptée par Charles Breton. Il s’agit d’une allégorie de la Victoire, figurée sous les traits d’une femme ailée, debout, en marche, le pied gauche posé sur un casque, une couronne de lauriers sur la tête, une autre dans la main droite.

 

Monument aux morts à Le Perreux sur Marne (94)

Monument aux morts au Perreux-sur-Marne (94).
Le cimetière de Nogent-sur-Marne, qui se trouve en fait sur la commune voisine (Le-Perreux-sur-Marne), abrite plusieurs tombes et monuments de la Grande Guerre. Le monument aux morts communal, érigé en 1921, est d’une facture très classique ; il est orné d’une statue de la Victoire, au centre de la liste des disparus. Non loin de là, se trouve un autre monument en l’honneur des combattants indochinois tombés pour la France en 1914-1918 ; élevé en 1933, mais abîmé, il a été remplacé par une stèle neuve en 2003. Enfin, le cimetière a aussi accueilli en 1919 une kouba en mémoire des combattants musulmans (disparue par la suite). Les divers monuments du cimetière de Nogent rendent ainsi compte du caractère mondial de cette guerre, où les nations belligérantes se sont appuyées sur leurs empires coloniaux pour combattre.

 

monument aux morts de l’hôtel de ville du 14e arrondissement

Monument aux morts de l’hôtel de ville du 14e arrondissement de Paris, réalisé par Privat Gilbert.
Commandé au sculpteur Gilbert Privat en 1955, ce monument aux morts a été inauguré en 1956. Initialement conçu pour célébrer les morts de la guerre de 1914-1918, il a fait l'objet d'un complément en 1958 par le sculpteur, en hommage aux combattants de la Seconde Guerre mondiale. Placé dans l’escalier d’honneur, le monument est orné de bas-reliefs qui illustrent les 2 guerres : ici, la vie dans les tranchées.

 

Détail du relief du monument aux morts à Enghien-les-Bains (95).
Les places publiques ne sont pas le seul lieu de commémoration des morts de la Grande Guerre : de nombreux monuments, souvent plus modestes, ont aussi été placés dans les églises pour rappeler leur souvenir. Dans l’église Saint-Joseph d’Enghien, un pan de mur est ainsi recouvert par des plaques en marbre portant le nom de chacun des 192 habitants de la paroisse morts en 1914-1918. Cet ensemble est couronné par un bas-relief en marbre blanc, dû au sculpteur Émile Derré (1867-1938). L’artiste, lui-même installé à Enghien, s’est inspiré du thème de la Pietà pour représenter la France tenant un de ses fils morts dans ses bras.

 

Porte d'entrée du fort de Cormeilles-en-Parisis (95) qui fait partie du « camp retranché » de Paris, construit pour protéger la capitale en cas d'attaque de l'armée allemande.
À la suite de la défaite de 1871, le général Séré de Rivières a conçu tout un réseau de forts situés en périphérie de la capitale. Pour assurer la défense de son flanc nord, particulièrement exposé, sont ainsi édifiés 3 forts principaux : Cormeilles-en-Parisis, pour surveiller le cours de la Seine et la voie ferrée venant de Normandie ; Domont, pour contrôler la plaine au nord du massif et la voie ferrée venant de la Somme ; et Stains, pour battre la plaine entre les massifs de Montmorency et de Vaujours. Ces 3 forts sont complétés par ceux de Montlignon et d’Ecouen, un peu moins puissants, et par celui de Montmorency, en deuxième ligne. »

Plus d'infos sur les monuments commémoratifs de 14-18 en Île-de-France sur la page spéciale du site www.cheminsdememoire.gouv.fr du ministère des Armées.

Photos : © Patrimoines et Inventaire de la Région Île-de-France