Publié le 11 mars 2022

Témoignage : Mathieu Palain, auteur lauréat du Prix littéraire des lycéens 2021

Mathieu Palain

Crédit photo : Céline Nieszawer/Leextra/L'Iconoclaste

Après avoir remporté le Prix littéraire des lycéens de la Région en 2021, l'auteur du roman « Sale Gosse » doit participer, en avril 2022, à des actions imaginées par la Région pour ouvrir les jeunes au livre et à l'écriture : il animera des Leçons de littérature dans 2 lycées d'Île-de-France. Témoignage d'un écrivain pour qui met un point d'honneur à transmettre son goût pour la littérature.

Mathieu Palain, jeune journaliste et auteur, a remporté le Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle en 2021 avec son roman Sale Gosse.

Le Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle

Chaque année, le Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle permet à 1.200 élèves franciliens d’aller à la rencontre de 40 auteurs d’œuvres contemporaines et de faire entendre leurs voix pour élire leur livre préféré.

 

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Il doit animer des Leçons de littérature dans les lycées Louise-Michel de Champigny-sur-Marne (94) et Charlotte-Delbo de Dammartin-en-Goële (77) en avril 2022. Des actions d'éducation artistique et culturelle de la Région qui lui permettront d'expliquer sa passion de la littérature aux lycéens et de répondre à leurs questions autour de la lecture et de l'écriture.

4 questions à Mathieu Palain, auteur et journaliste francilien

Quel est votre rapport à la littérature et au métier d’écrivain ?

Mathieu Palain : J’ai un parcours assez différent des romanciers qui écrivent des livres dans leur chambre et qui les impriment en espérant trouver un éditeur. Au départ, je suis journaliste. J'ai eu la chance d’écrire dans un journal qui était édité par une maison d'édition : la revue XXI. J’étais donc déjà dans ce processus de fabrication du livre, avec autour de moi des éditeurs et des commerciaux.

La directrice de ma maison d’édition actuelle, L’Iconoclaste, m’a lu et m’a dit : « Si un jour tu as envie de faire des pas de côté avec le journalisme, n'hésite pas. » J'avais une histoire à raconter qui me semblait pouvoir faire l'objet d'un roman, alors je me suis lancé. J’ai proposé un texte qui est devenu mon premier roman : Sale Gosse.
 
Concernant mon rapport à la littérature, j’ai été un très gros lecteur jusqu’à la 6e, sous l’impulsion d’une institutrice qui était passionnante et en même temps un peu tyrannique… En CM2, elle a dit à la classe : « Il n’y a pas un seul élève arrivera en 6e sans avoir lu au moins 40 livres dans l'année. » On l'a tout de suite détesté. Mais, finalement, en arrivant en 6e, même le dernier de la classe avait lu ses 40 bouquins. Je me suis rendu compte plus tard que ce travail nous avait permis d’intégrer des réflexes, comme le fait de ne pas faire de faute d’orthographe.

Quand je débarque dans une classe pour rencontrer les élèves, ils voient bien que je ne suis pas un vieil auteur presque mort. »

Ensuite, quand je suis entré au collège, j’ai un peu décroché de l’école comme la plupart des gamins de banlieue. Je suis revenu au livre très tardivement. C'était après le bac, quand j'ai voulu devenir journaliste, en lisant des livres de géopolitique pour préparer les concours. Et puis j'ai commencé à relire des romans, beaucoup de littérature américaine comme Salinger, Norman Mailer, Truman Capote…

Des récits proches du quotidien des lycéens

Vous êtes lauréat du Prix littéraire des lycéens 2021, qu’avez-vous retenu de cette expérience ? 

M.P. : C’était super, un peu particulier parce que c’était déjà en période de Covid-19, mais on a quand même maintenu la plupart des rencontres en classe. Je trouve cela génial parce que, quand j’étais plus jeune, ce qui m’a manqué et m’a tenu éloigné des livres était leur déconnexion totale avec le réel, avec ma vie de lycéen. 

Par exemple, quand on me faisait lire Stendhal, Balzac ou Zola, je reconnaissais la puissance des textes mais mon quotidien était trop éloigné de ce qu’ils racontaient. Je n’avais pas d’exemple sous les yeux d’auteurs vivants, de journalistes. Je ne connaissais personne ayant l’ambition de raconter le monde dans lequel moi je vivais. Maintenant, quand je débarque dans une classe pour rencontrer les élèves, ils voient bien que je ne suis pas un vieil auteur presque mort. C’est tout bête mais ça permet déjà de désacraliser la pratique et le livre. 

Souvent, les lycéens me posent des questions sur mon parcours, comment je gagne ma vie. Il ne faut surtout pas que ce soit tabou car c’est ce qui permet à ces élèves, souvent dans le flou sur leur orientation, de pouvoir se dire « moi aussi, j’ai une histoire à raconter, j’aimerais peut-être essayer ». Ça ne peut passer que par la rencontre. 

Quand j’étais au collège, on me parlait de la Shoah. C’est devenu beaucoup plus concret le jour où le grand-père d’un élève est arrivé dans la classe et nous a montré le tatouage qu’il avait à l’intérieur du bras. C’est toujours plus vrai et fort quand vous avez quelqu’un de chair et d’os qui débarque dans votre classe. Rien que pour ça je le ferai toujours avec plaisir. 

C’est toujours plus vrai et fort quand vous avez quelqu’un de chair et d’os qui débarque dans votre classe. »

Une rencontre et un réel échange entre auteurs et étudiants

Justement, vous allez animer des Leçons de littérature. Comment abordez-vous votre intervention auprès des lycéens ?

M.P. : Oui ce sera en avril 2022. C’est une sorte de cours magistral de 45 minutes, de leçon, devant environ 150 élèves qui pourront ensuite me poser des questions. J’ai écrit 2 livres qui parlent de délinquance et de comment s’en sortir dans la vie quand on a mal commencé. Je pense que je vais aborder ces thèmes-là.

Je pense qu’il faut surtout rester soi-même et ne pas se prendre pour un professeur. Parler d'égal à égal avec les lycéens, ne pas les prendre pour des enfants et être dans un échange réel. Si on veut que les jeunes ne voient pas l’écriture, les livres, la littérature comme un art réservé à la bourgeoisie et à ceux qui sortent des bons lycées, il faut aussi prouver que, finalement, notre métier c’est juste raconter des histoires. Et ça, tout le monde est capable de le faire.

Avez-vous eu des retours d’élèves dont le regard sur la littérature aurait évolué ? 

M.P. : Pas mal d’élèves sont venus me parler lors des rencontres. Je me souviens, dans un lycée professionnel, de 2 mecs dans une filière vraiment éloignée de la littérature.

À la fin de la rencontre, ils m’ont donné des textes qu’ils avaient écrits et qui racontaient une douleur qu’ils avaient dans le cœur. L’un avec un texte sur un frère qui était décédé, l’autre avec une histoire de violence dans sa famille. Ces choses-là arrivent, encore une fois, parce que vous créez la possibilité d’une rencontre.