7 septembre 2015

Sécurisation des parcours au Point information jeunesse de Stains : « Donner aux jeunes un autre regard sur eux-mêmes »

Afin d'accompagner les jeunes sortis du système scolaire, le Point information jeunesse de Stains (93) expérimente l'appareil de sécurisation des parcours.

La sécurisation des parcours au point information jeunesse de Stains

Comment avez-vous vécu l’accompagnement auprès des jeunes en difficultés ?
Emma Tarquin : Quand on a mis en place ce dispositif au point information jeunesse de Stains, on ne s’attendait pas à avoir ce profil de jeunes : beaucoup d’entre eux n’étaient pas forcément autonomes, certains étaient en souffrance psychique ou sujets aux addictions. Sans compter ceux en situation de handicap mental ou dans une position administrative complexe. L’accompagnement s’est avéré difficile, il a donc fallu travailler dans un premier temps sur la renarcissisation.

Quelles évolutions importantes avez-vous constatées sur le plan scolaire au cours du dispositif ? Dans quelle mesure les élèves ont-ils pu se raccrocher scolairement ou professionnellement ?
E. T. : Lorsque l’on s’est rendu compte des problématiques importantes, on a compris qu’il serait difficile de fournir un résultat quantitatif. De fait, on les a aidés à retrouver l’estime de soi (se présenter, parler d’eux), car ce sont des jeunes qui n’ont pas un socle solide. Certains restaient à leur domicile toute la journée, on les a faits se rencontrer autour d’ateliers de socialisation, afin qu’ils apprennent à travailler en groupe. D’autres avaient aussi besoin de se rescolariser, de reprendre un rythme de travail. On en a aussi incité à se mettre en avant socialement afin de les écarter de la position de jeunes en difficulté, cela a été un marqueur important pour quelques-uns : un jeune rappeur a organisé des ateliers d’écriture, un slammeur a participé à la journée de lutte contre le sida et s’est mis dans la position d’un professionnel. L’idée étant de les faire changer de place sociale et de les valoriser.

Les jeunes du centre racontent que vous les avez beaucoup aidés à s'exprimer à travers les projets artistiques, pouvez-vous nous en parler ?
E. T. : Je pense qu’il est nécessaire qu’ils puissent trouver une forme d’expression. Étant sculptrice dans ma vie personnelle et ayant fait des études artistiques, j’ai décidé de mettre en place des ateliers mosaïque, écriture, peinture, BD, théâtre… un panel d’activités tournées vers l’art destiné à extérioriser les tensions. Un jeune a notamment réalisé des murs « de la honte » et « de la fraternité » sur lesquels sont affichés des mots forts et symboliques. On travaille aussi sur des récits de jeunes, avec des questions d’actualité comme le mariage forcé, « c’est quoi l’amour », « à quoi ça sert de voter ? ». Nous avons également personnalisé des contes : « il était une fois… à Stains ». On retourne dans leurs souvenirs d'enfance, ils choisissent leurs propres contes ou fables.

Avec qui collaborez-vous pour aider les jeunes ?
E. T. : Je travaille avec une psychologue, Amira, le Centre d’information et d’orientation, la maison du droit et de la médiation et le service social départemental.

Quels sont les points encourageants de ce dispositif selon vous, combien de jeunes avez-vous accompagnés ?
E. T. : Notre point fort est d’avoir réussi à faire en sorte que les jeunes reprennent confiance en eux, c’est primordial pour les accompagner dans la formation et les remotiver pour aller de l’avant. Le dispositif demande du temps et chaque cas est différent, ce qui nécessite une mobilisation constante et approfondie. Au total, on a accompagné 25 jeunes au point information jeunesse, une petite dizaine est sortie du dispositif de manière autonome aujourd’hui.

Structure dédiée aux 16-25 ans, le Point information jeunesse de Stains (93) est aussi un lieu d’écoute santé. Grâce à l’implication de Jérôme Mege, responsable du secteur réussite éducative de la municipalité,  le dispositif « protocole de sécurisation des parcours » de la Région y est expérimenté depuis septembre 2014.