6 décembre 2016

Romainville parie sur l’agriculture urbaine

Porteuse d’un projet de Cité de l’agriculture urbaine, Romainville, ville de Seine-Saint-Denis, figure parmi les 16 premiers lauréats de l’appel à projets « 100 nouveaux quartiers innovants et écologiques » lancé par la Région.

La Cité de l'agriculture urbaine : 9.000 m² d'espaces cultivables 

« L’agriculture urbaine, ce n’est pas un gadget. C’est une vision de la ville et c’est un pari que nous souhaitons faire pour l’avenir. » Quand il parle de la future Cité de l’agriculture urbaine, lauréate de l’appel à projets « 100 nouveaux quartiers innovants et écologiques » lancé par la Région en mars 2016, le directeur général des services de la mairie de Romainville (93), Benoît Pedurthe-Lauga, affiche ses convictions. « Aujourd’hui, 60.000 hectares de terrains agricoles partent en fumée chaque année en France en raison de l’urbanisation massive, soit 189 m² par seconde. Parallèlement à cela, 800 millions d’habitants dans le monde vivent grâce à l’agriculture urbaine », constate-t-il.

Une réalité qui incarne la raison d’être de la Cité de l’agriculture urbaine, le nom donné au futur visage des quartiers Gagarine et Cachin, dont le chantier va s’étaler jusqu’en 2027. Car, outre la construction de nouveaux logements et la rénovation de l’existant, il s’agit de dégager 9.000 m² d'espaces cultivables tout en créant d’ici à 2019 une tour maraîchère. Ce qui ne va pas de soi dans un environnement aussi densément peuplé, où le prix du foncier coûte cher.

De l’incompréhension à la reconnaissance

« Quand nous avons commencé à parler de notre projet en 2010, nous suscitions l’incompréhension, se remémore Benoît Pedurthe-Lauga. On nous conseillait plutôt de vendre les terrains pour réaliser une belle plus-value. Tout le contraire de la philosophie que nous souhaitons incarner en renouant avec la tradition agricole de la Seine-Saint-Denis. Ce retour à l’agriculture est motivé par des raisons économiques, tout en poursuivant des valeurs profondément sociales. Du point de vue économique, une étude de marché a permis d’identifier les débouchés afin d’écouler la production, notamment localement en faisant bénéficier les familles les plus défavorisées de prix avantageux. Rien qu’avec la tour maraîchère, nous profiterons de 11.000 kg de fruits et légumes par an. Cette nouvelle activité agricole va d’ailleurs générer des emplois. Concernant le versant plus social, l’agriculture urbaine va permettre de créer une unité entre les quartiers Gagarine et Cachin en favorisant le lien entre les habitants. »

Tous agriculteurs

La ville de Romainville a bénéficié d'une aide de 3.278.600 euros de la part de la Région dans le cadre de l'appel à projets  « 100 nouveaux quartiers innovants et écologiques ». Cette aide concerne entre autres la construction de la tour maraîchère, la création d'un espace de coworking et la réalisation d'un centre commercial.

En tout, ils seront environ 10.000 à être concernés. Des ateliers seront proposés pour permettre à ceux qui souhaitent être acteurs de cette transformation de s'investir. Dans le futur pôle éducatif, qui se situera au cœur de cette Cité de l’agriculture urbaine, des potagers seront aménagés pour que les enfants puissent être sensibilisés au goût dès leur plus jeune âge. Enfin, il est demandé aux promoteurs d’intégrer dans leurs projets de construction des espaces réservés à l’agriculture, en particulier sur les toits.

Une légumerie à Romainville ? 

Mais, d’ores et déjà, on pense à la suite à Romainville. « Si ça marche, nous pourrons par exemple ouvrir une légumerie, pour préparer les légumes. Nous réfléchissons également à l’installation de composteurs de quartier. Le soutien apporté par la Région a tout changé pour nous, confie Benoît Pedurthe-Lauga. Il a permis de conforter notre projet grâce à des investissements publics. Aujourd'hui, c’est une belle histoire qui est en train de s’écrire. »