18 septembre 2015

Rentrée littéraire : les coups de cœur des libraires franciliens

coups de coeur des libraires 2015
Crédit photo : Conseil régional Ile-de-France

Mathias Énard, Delphine de Vigan, Sorj Chalandon... La rentrée littéraire livre ses traditionnelles pépites et nouveautés. Les libraires indépendants franciliens nous aident à faire nos choix de lecture

Tous les ans, c’est la même histoire : des dizaines de romans et essais débarquent en septembre sur les étagères des librairies ! Auteurs confirmés ou nouveaux talents, œuvres pressenties pour les prix littéraires de l’automne… Comment faire son choix parmi les 393 romans de cette rentrée littéraire 2015 ? Quelques libraires indépendants franciliens nous ont livré leurs coups de cœur !

La rentrée littéraire de Libralire 

Libralire116 Rue Saint-Maur, 75011 Paris - 01 47 00 90 93

Le metteur en scène polonais, d'Antoine Mouton - Éditions Christian Bourgois
Premier roman, fable autour d'un metteur en scène devenu fou, drôle, très bien écrit. Ce metteur en scène très connu, veut adapter un roman d'auteur autrichien mort, dans un grand théâtre français. Ce texte marque, on ne peut pas l'oublier!

D'après une  une histoire vraie, de Delphine de Vigan - Éditions Lattes
Construit comme un thriller, le roman raconte comment une romancière se trouve peu à peu dépossédée de sa personnalité par une femme. Captivant, peut-être le roman le plus intime de Delphine de Vigan.

Les prépondérants, de Hédi Kaddour - Éditions Gallimard
En Afrique du nord, le pays n'est pas mentionné, au temps de la colonisation, un groupe vient tourner un film et va bousculer les idées reçues et les habitants.

La rentrée littéraire de La Vagabonde 

La Vagabonde - 9 Rue Philippe de Dangeau, 78000 Versailles - 01 39 20 05 77 

Boussole, de Mathias Énard – Éditions Actes Sud
Frantz, ethno-musicologue, atteint d'une maladie dont il ne connaît pas encore le diagnostic, et par là dans une anxiété nostalgique, nous entraîne à partir de sa relation amoureuse avec Sarah, la femme qu'il aime depuis longtemps, dans cette fabuleuse histoire d'amour entre l'Orient et l'Occident. Le texte est rythmé par les heures successives de la nuit entre songes et souvenirs inscrits dans une boîte à musique, où l’auteur nous promène dans une érudition vertigineuse entre les textes et la musique qui expriment le monde "où tombent les voyageurs tels Goethe, Stendhal, Shoenberg, Chateaubriand, Flaubert et tant d'autres". Une fiction à la fois poétique et géopolitique, il faut le faire ! Saviez-vous que l’Allemagne nazie d'Hitler entretenait des relations avec la Perse ? Armez-vous d'écouteurs pour prolonger le texte dans ses références musicales. 

Sans états d’âme, d’Yves Ravey - Éditions de Minuit
Courte fiction, où l'auteur comme à son habitude, nous plonge par son écriture taillée au cordeau dans un thriller psychologique particulièrement fin avec l'atmosphère Chabrolienne de la douce France provinciale. John Lloyd, un américain en vadrouille en Normandie sur la trace de son ancêtre mort pour la liberté, disparaît une nuit sans laisser de trace ! Aussi, son amour, la bien française Stéphanie demande à son ami Gustave (amoureux d'elle, c'est important), camionneur de métier, de mener l'enquête. C'est alors que surgit Mike, le frère de John ! On n’est pas dans la m… d'autant plus que Gustave nous a avoué dès le début être l'auteur du crime !  

J’ai vu un homme, d’Owen Sheers - Éditions Rivages  
Un roman qui vous fait trembler par son rythme dans sa justesse sensible du monde contemporain. En plein Londres, Michael Turner, journaliste - écrivain s'introduit en leur absence dans la maison de ses voisins (un couple, John, sa femme Samantha et leurs 2 filles, qu'il commence à connaître assez intimement)  et y déambule lentement pendant presque toute la durée du "film" pour récupérer un tournevis (faut-il y voir un symbole?). À partir de ce moment, la fiction tourne d'une façon vertigineuse, nous entraînant dans la cadence de l'histoire personnelle de Michael, concentrée sur la perte de son épouse, Caroline, journaliste - reporter , victime collatérale de la guerre actuelle en Orient, d'un drone piloté des États-Unis par un certain Daniel Mc Cullen que l'on suit dans son remord de l'autre côté de l'Atlantique. Haletant dans le doute permanent de l'intrigue et de son issue, dans un style quasiment cinématographique.

La rentrée littéraire de Points Communs 

Points Communs - 66 Rue Jean Jaurès, 94800 Villejuif - 01 42 11 84 04

L’homme tigre d’Eka Kurniawan - Éditions Sabine Wespeiser
Quand, à la fin du premier chapitre de ce roman impeccablement construit, les autorités demandent à Margio, de toute évidence coupable du meurtre d’Anwar Sadat, pourquoi il a sauvagement assassiné ce notable, il répond : « Ce n’est pas moi, il y a un tigre dans mon corps ». Ce tigre, « blanc comme un cygne, cruel comme un chien féroce », lui vient de son grand-père. Si, à diverses occasions, il l’a senti pénétrer dans son corps, il a toujours tenté de le réfréner. Le tigre ne jaillira qu’au moment où le jeune homme ne pourra plus contenir la colère qu’il réprime. Pour élucider les raisons du meurtre, nous allons remonter le cours de l’histoire, la rencontre des parents de Margio, sa naissance, la folie douce qui s’empare de sa mère, comme suite à ses désillusions successives, la révolte de Margio, et comment cette femme, encore jeune et belle, essaie de s’échapper en allant effectuer des travaux domestiques chez d’autres. Notamment dans la demeure d’Anwar Sadat …Dès lors se nouent les fils de la tragédie qui va irrémédiablement lier la destinée des deux familles, et provoquer le surgissement du tigre blanc. Un roman foisonnant qui emporte son lecteur loin, très loin dans l’espace et la fiction. À lire de toute urgence.

La terre qui penche de Carole Martinez - Édition Gallimard
Le récit paraît commencer par la fin, racontée d'outre-tombe par une vieille âme de 600 ans qui pleure son enfance perdue. Bien qu'elle ne se rappelle pas les circonstances de sa fin, il semble qu'elle ait quitté le monde trop tôt, en ce XIVe siècle où la peste faisait des ravages. Cette âme errante qui se nourrit du souvenir de ses jeunes années, prie la fillette qu'elle a été des siècles auparavant de lui raconter leur destin. Pourquoi veut-on la marier à cet enfant aux yeux clairs et au regard vide ? Qui était vraiment cette mère qu'elle n'a jamais connue ? Et ce père, aujourd'hui si répugnant, autrefois tant admiré ? Quelle puissance étrange anime la Loue, rivière aux humeurs changeantes qui façonne les destins ? Entre roman initiatique, fable onirique et chanson de geste, Carole Martinez nous convie à sa propre table ronde, une légende toute personnelle où les femmes ont depuis bien longtemps remplacé les traditionnels chevaliers.

Les désœuvrés d’Aram Kebadjian - Éditions Le Seuil
Aram Kebabdjian nous invite à plonger dans le monde des marchands d’art qui font et défont les cotes des œuvres, et les vies de ceux qui les font. Avec l’art du photographe qui capture les scènes, les gestes, les morceaux de vie qui racontent mieux qu’un roman, un homme, une femme, un milieu social, l’auteur nous ouvre les portes intimes d’une ville où chaque pierre est œuvre, et chaque passant acteur de cette œuvre. Une ville faite sur mesure, lieu d’accueil, puis de rejet des quelques élus d’un jury dont le lecteur devine sans jamais vraiment en être certain des vraies personnes du monde réel. Une ville en dedans, et en dehors du monde dont on ne sait si cette ville est la vie ou un monde irréel.  L’auteur nous livre en deux grandes fresques des pistes de réflexion sur ce monde à part. Premier roman d’un auteur érudit et professionnel du domaine qu’il décrit, à méditer, à lire et à relire. A l’image du monde de l’art, ce roman est-il réalité ou fiction ?

La rentrée littéraire de la Librairie Café 

La Librairie Café - 4 Place du Marché, 77580 Crécy-la-Chapelle - 01 60 04 15 74

Boussole, de Mathias Énard - Éditions  Actes Sud
Franz est musicologue, spécialisé dans l'orientalisme. Alors qu'il peine à s'endormir un soir, le narrateur se remémore divers voyages en Orient. Mathias Énard signe un roman merveilleux d'érudition, dont chaque page se savoure à l'infini et nous donne à voir un univers d'une sensualité et d'une sensibilité incroyables. ENORME coup de coeur de cette rentrée 2015 !

2084, de Boualem Sansal – Éditions Gallimard
A l'ombre d'Orwell, Boualem Sansal signe ici une dystopie parfaitement maîtrisée. Nous sommes en Abistan, une théocratie totalitaire ayant remplacé, jusqu'à nier, toute civilisation préexistante. Néanmoins, dans ce nouvel ordre mondial diablement rôdé et surveillé, certains s'interrogent encore, tel Ali... A travers une description d'une société aussi absurde que despotique et ses effets sur les individus qui la composent, c'est ici l'Humain et ce qui le constitue que Boualem Sansal interroge d'une très belle écriture, pleine de justesse et d'émotion.

Un amour impossible, de Christine Angot - Éditions Flammarion
M.A.G.N.I.F.I.Q.U.E ! Le roman le plus bouleversant et réussi de la rentrée littéraire. Gros coup de cœur !

La rentrée littéraire de la Librairie Interlignes 

Librairie Interlignes - 1bis, rue du Couvent, 91470 Limours – 01 64 91 00 67

Les Chroniques de Zhalie, de Yan Lianke - Éditions Philippe Picquier
Ce roman chinois, dans une langue et des images fortement symboliques, décrit les mutations qui vont permettre à un modeste village de devenir en une génération une mégalopole gigantesque, sous l’impulsion de l’ambition démesurée d’un couple, bientôt désuni mais toujours acharné à obtenir l’accès aux plus hautes fonctions de l’Etat. Rapines et marchandisation des corps, délires architecturaux, inflation administrative, destruction des patrimoines paysager et urbain, emballement militaire et éclatement familial vont provoquer et accompagner cette mutation.

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pied, de Jon Kalman Stefanson - Édition Gallimard
Ce roman islandais montre une société qui s’effondre, se délite, se transforme et s’adapte tout en  conservant une fragilité et une brutalité inhérentes à la condition humaine. La petite ville de Keflavik vécut quelques années prospères d’après-guerre, lorsqu’une base militaire américaine et une dynamique pêche artisanale assuraient travail et revenus pour tous. Des tensions apparaissaient déjà entre les planqués de la base, et ceux qui vivaient dangereusement sur leurs bateaux, entre les esprits poétiques et rêveurs, et les hommes rongés par l’alcool et la violence. Mais la disparition de la base militaire et l’apparition des quotas de pêche, qui ont entraîné des fortunes artificielles et des déclassements de patrons pêcheurs, n’auront évidemment pas épargné la société. A l’occasion de son retour au pays, auprès de son père malade, un éditeur se souvient de toutes ces périodes et les revit lorsqu’il rencontre sur son chemin, entre l’aéroport et son hôtel,  celles et ceux qui partagèrent sa jeunesse.

La rentrée littéraire du Livre et la Tortue 

Le Livre et la Tortue - 47 Esplanade du Belvédère, 92130 Issy-les-Moulineaux - 01 45 29 03 07

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds de Jon Kalman Stefansson - Éditions Gallimard
Énorme coup de cœur pour ce livre et cette plume qui dépeignent un siècle d'histoire islandaise sur trois générations. Ari, poète islandais exilé au Danemark, quitte sa femme du jour au lendemain pour retrouver sa terre natale. L'auteur navigue entre les époques et dresse un tableau sans concession de l'Islande d'aujourd'hui avec beaucoup de simplicité, de profondeur et de beauté.

Profession du père de Sorj Chalandon - Éditions Grasset
Désormais, chaque nouveau roman de Sorj Chalandon est un évènement ! Sur fond de guerre d'Algérie, l'auteur se livre sans retenue en nous racontant sa jeunesse et surtout cette figure paternelle si troublante avec laquelle il a dû se construire. Un roman qui laisse sans voix.

Les loups à leur porte de Jérémy Fel - Éditions Rivages
Construit sous forme de 12 nouvelles mais restant néanmoins un roman, le livre de Jérémy Fel est un vrai puzzle à l'atmosphère trouble et étouffante. Ce roman noir, aux accents américains, met en scène 12 personnages liés par la violence et le mal absolu autour duquel ils gravitent. Un régal.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan - Éditions Lattes
"Qu'est-ce que vous allez écrire après ça ?", c'est la question que tout le monde posait à Delphine de Vigan après la parution de son livre Rien ne s'oppose à la nuit. Et bien voilà la réponse qui devrait mettre tout le monde d'accord. A la fois roman, autobiographie et démonstration littéraire, D'après une histoire vraie prouve que l'auteur a encore beaucoup à dire et que nous aurions tort de ne pas en profiter !

L'exercice de la médecine de Laurent Seksik - Éditions Flammarion
Le sujet du nouveau roman de Laurent Seksik n'est certainement pas dû au hasard. Ancien interne des hôpitaux de Paris, l'auteur s'attaque ici à la destinée tragique d'une longue lignée de médecins juifs. Un roman foisonnant mêlant la petite à la grande histoire.

La variante chilienne de Pierre Raufast - Éditions Alma
À-travers la rencontre d'un homme privé de mémoire, d'une ado torturée et d'un prof passionné, Pierre Raufast trouve à nouveau le prétexte idéal pour nous démontrer qu'il est un conteur né.
" Les si sont des carrefours invisibles dont l'importance se manifeste trop tard." (p. 104)

La rentrée littéraire de Presse Papier 

Le Presse Papier - 28 Avenue Gabriel Péri, 95100 Argenteuil - 01 39 61 93 95

Ah ça ira de Denis Lachaud - Éditions Actes sud
Un roman original d’anticipation proche (2037). L’auteur imagine l’évolution de la société vers des mouvements citoyens. Une belle histoire d’amour entre un père et sa fille. Belle écriture, un roman vraiment très réussi.

Profession du père de Sorj Chalandon - Éditions Grasset
Un très beau texte sur l’attachement d’un jeune fils à son père au point de le suivre dans ses délires les plus fous. On sort un peu abasourdi de cette histoire complètement dingue avec une fin étonnante qui nous ferait presque sourire. Très émouvant.

Une Antigone à Kandahar, de Roy Bhattachary – Éditions Gallimard
À-travers le témoignage de différents protagonistes, un regard terrible mais tellement réaliste malheureusement sur les désastres de la guerre. Un texte qui fonctionne comme une tragédie grecque, une écriture ample et épique. Superbe.

 

Calendrier des principaux Prix littéraires 2015

Mardi 3 novembre 2015 :
Prix Goncourt  
Prix Renaudot 


Mercredi 4 novembre 2015 : 
Prix Femina

Jeudi 5 novembre 2015 :
Prix Médicis