Patrick Karam : « Aider les clubs sportifs à apporter une réponse adaptée face aux phénomènes de radicalisation »

Depuis 2017, la Région organise des formations pour apprendre aux clubs sportifs à repérer les signaux faibles d'une radicalisation. Un dispositif unique en France porté par Patrick Karam. Interview du vice-président de la Région à l’occasion du colloque « Sport et radicalisation », organisé ce 30 novembre.

De janvier à juin 2016, Patrick Karam, vice-président de la Région chargé des sports, des loisirs, de la jeunesse, de la citoyenneté et de la vie associative, a œuvré pour obtenir l’adhésion du mouvement sportif à la réussite du projet « Engagements des grands réseaux associatifs et sportifs dans la défense de la laïcité, des valeurs de la République et dans la prévention de la radicalisation ». Un dispositif régional ambitieux et novateur créé de toutes pièces par la Région qui a été lancé en juillet 2016. 18 mois après son lancement, un colloque est organisé le 30 novembre : « Sport et radicalisation : préconisations et moyens pour accompagner et sécuriser le mouvement sportif ». L’occasion pour le vice-président d’expliquer les enjeux et les perspectives du dispositif.

 Donner les moyens d’aider le mouvement sportif
lorsqu’il est confronté à des dérives.

 

De quel constat part le dispositif que vous avez mis en place ?
Patrick Karam : Il part d’un double constat : d’une part en raison des valeurs qu’il véhicule, le sport est un vaccin contre les dérives de toutes sortes, un lieu privilégié d’émancipation et de création du lien social. Mais les phénomènes d’atteintes à la laïcité et aux valeurs de la République ou de radicalisation islamiste touchent l’ensemble de la société.

Si donc l’immense majorité des clubs comme des licenciés ne sont pas concernés, le sport n’en est pas pour autant à l’abri. D’ailleurs, une grande majorité de ceux qui sont passés à l’acte et ont commis des attentats en France et en Europe ont été licenciés sportifs.

 

Quel est l’objectif du dispositif ?
P. K. : D’abord, il s’inscrit dans « la charte des valeurs de la République et de la laïcité », qui fixe un cadre à toutes les politiques publiques et qui témoigne de l’engagement de l’exécutif de relever les défis auxquels la République est confrontée. Ensuite, il est le fruit de la volonté de la présidente Valérie Pécresse et de moi-même de se donner les moyens d’aider le mouvement sportif lorsqu’il est confronté à des dérives.

L’idée de la Région est d’aider les clubs, qui n’ont pas les clefs pour enrayer le processus, à apporter une réponse adaptée face à de tels phénomènes. Pour le secteur sportif et associatif, ce dispositif régional « Engagements des grands réseaux associatifs et sportifs dans la défense de la laïcité, des valeurs de la République et dans la prévention de la radicalisation » est une première en France.

Un réseau de veille et d’alerte
des tentatives de radicalisation
afin de pouvoir intervenir en amont de la radicalisation.

Concrètement, comment se déploie le dispositif ?
P. K. : Les ligues et comités régionaux sportifs, ainsi que les fédérations d’éducation populaire ont été mobilisés par la Région pour constituer un réseau de veille et d’alerte des tentatives de radicalisation afin de pouvoir intervenir en amont de la radicalisation, comblant ainsi le vide existant avant l’utilisation du numéro vert mettant en branle les services de l’État. En libérant la parole, en sortant de l’omerta sur des sujets parfois décelés mais trop souvent passés sous silence, ce réseau d’alerte donne les moyens à tous les acteurs de terrain d’éviter que les jeunes basculent.

Les 74 ligues et comités régionaux partenaires représentant 19.300 clubs et 2,4 millions de licenciés ont ainsi désigné un ou plusieurs référents régionaux. Le nombre de référents formés dépend du nombre de licenciés. Ces référents ont reçu une formation spécifique sur deux jours créée par la Région Île-de-France.

 

Quel est le contenu de la formation ?
P. K. : La formation comprend 2 volets : l’un sur les valeurs de la République et la laïcité, animé par la Licra, qui donne des outils aux référents pour poser un premier diagnostic. Des études de cas ont pour vocation d’aider à identifier questionnements et conflits et apporter des réponses concrètes ; l’autre volet, sur la prévention de la radicalisation islamiste, est réalisé par le Comité national de liaison des acteurs de la prévention spécialisée (CNLAPS) et Challenges Academia. À partir de cas concrets, les référents apprennent à faire un diagnostic et apporter une réponse éducative adaptée à la situation. Tout au long de l’année 2017, 8 sessions ont été organisées, accueillies par le Crosif.

Le succès de ce dispositif repose sur la confiance.

Colloque sport et radicalisation
La Région réunit ce 30 novembre les acteurs du mouvement sportif, de la recherche, des institutions et des collectivités pour mieux prévenir la radicalisation islamiste dans les clubs sportifs.
Pour plus d'infos, cliquez ici.

Quel est le rôle des référents ?
P. K. : Le rôle du référent est de briser la solitude des clubs face à la radicalisation, qui peut toucher aussi bien des éducateurs que des dirigeants ou des licenciés. À l’issue de leur formation, les référents informent les clubs relevant de leur discipline qu’ils peuvent intervenir à leurs côtés sur le terrain lorsqu’une situation pose problème. Ils ont pour mission d’identifier la nature et la gravité du phénomène (est-ce un problème de religiosité, de radicalisation, à quel degré ?...) et ensuite d’apporter la réponse appropriée selon la nature de la situation.

Ils peuvent mobiliser en tant que de besoin les partenaires de la région pour les réponses éducatives à apporter, soit la Licra dans les cas d’atteinte aux valeurs de la république ou à la laïcité, soit le CNLAPS dans les cas d’indices de radicalisation. Quand il s’agit d’un mineur, la réponse est faite en lien avec les parents, souvent démunis, le club et la ligue concernés.

 

Quel est le 1er bilan après plus d’un an de déploiement ? Quelles perspectives ?
P. K. : Le succès de ce dispositif repose sur la confiance. Les clubs faisant des signalements doivent avoir l’assurance que les informations les concernant ne soient pas divulguées au grand public. Ainsi les organisations partenaires de la Région, Licra et CNLAPS, sont astreintes à une obligation de confidentialité. La 1re année a permis d’assoir l’ensemble de la démarche. En 2018, la formation de formateurs multipliera les capacités d’intervention auprès des clubs. Un dispositif adapté sera créé et proposé par la Région aux collectivités locales en Île-de-France. Pionnière en la matière la Région Île-de-France propose aux autres Régions de se saisir de l’expérience et de la développer sur leur territoire.

Photos : Patrick Karam © Bruno Fert/Picturetank ; club de football © Xavier Schwebel/Picturetank