18 juin 2015

« Mon boulot à Solidays : donner aux autres l'envie de s’investir »

Luc Barruet, 48 ans dont 16 ans comme organisateur de Solidays, n’a même pas l’air stressé.
Crédit photo : Laurent Attias

Luc Barruet, 48 ans dont 16 ans comme organisateur de Solidays, n’a même pas l’air stressé. À J-7 de l’événement qui verra plus de 150.000 personnes envahir l’hippodrome de Longchamp pour trois jours de musique, le cofondateur de l’association Solidarité Sida est pourtant sur tous les fronts, déroutant d’efficacité et de sincérité. Rencontre.

C’est quoi la journée type d’un organisateur de Solidays à J-7 de l’événement ?

Luc Barruet : Tout d’abord il me faut un café (rires) ! Je suis levé depuis 6h ce matin, je suis même allé faire du sport ! Je sais qu’en période d’activité intense et stressante, il faut soigner son hygiène de vie et gérer la récupération... Le week-end prochain, je vais dormir 10h sur quatre nuits ! Solidays est une véritable épreuve physique, et je le rappelle souvent aux stagiaires et aux bénévoles : un Solidays, c’est une tension physique, psychologique et surtout émotionnelle dingue, jour et nuit, donc attention ! Et quand c’est le premier, ils le vivent très fort, comme un moment exceptionnel…

Le reste de ma journée est consacré à des réunions : avec les équipes vidéo du festival, organisation de la venue des personnalités, des conférences, des réunions avec les bénévoles… Chaque jour, je vais à Longchamp pour les rencontrer, ainsi que les équipes techniques, et faire le point avec elles. Je suis extrêmement fier et impressionné par leur motivation et leur enthousiasme, ce sont mes moments exceptionnels à moi ! Là-bas, depuis des semaines, c’est le village gaulois : ils dorment sous la tente, se lèvent tôt, sourient et nous disent même « Merci »… Un bénévole, ingénieur chez Areva, avec 25 personnes sous ses ordres, m’a raconté qu’au moment de son recrutement, la seule condition qu’il a posée, c’est de disposer de trois semaines en juin pour Solidays, sa « bouffée d’oxygène ». Depuis toutes ces années, c’est pour ces moments-là que je reste, c’est mon principal boulot à Solidays : GO (Gentil organisateur, référence au Club Med) de l’associatif humanitaire, qui donne envie aux autres de s’investir ! Je ne suis pas un courtisan, je suis le même avec Bill Gates et avec les bénévoles, et je pense que ça explique en partie la fidélité des gens qui font Solidays… J’en profite d'ailleurs pour adresser une pensée particulière à Jean-Paul Huchon, soutien de toujours de Solidays, et dont ce sera la dernière édition à nos côtés en tant que président de la Région Île-de-France.

Quels seront les moments forts de cette 16e édition ?

L. B. : On aura de nouveau la visite de Bill Gates pour une conférence. Et Christiane Taubira, la Garde des Sceaux, reviendra également. Son discours improvisé de l’année dernière sur Nelson Mandela avait été un moment très fort pour moi ! Invitée le samedi après-midi sur la grande scène, elle était revenue spontanément le dimanche pour le « Patchwork des noms » (une grande mosaïque de tissus de mémoire, confectionnée par les proches de disparus du sida). D’ailleurs, le patchwork sera décliné cette année sous forme d’exposition permanente face à la grande scène. Je tenais beaucoup à valoriser cette initiative, qui est ce qui m’a sans doute le plus ému dans mon parcours de militant.

Par ailleurs, le Forum café qui accueille les conférences, est destiné à se développer encore davantage chaque année : j’aimerais me dire que de plus en plus les gens achètent des billets pour Solidays pour assister à des conférences, car cela participe aussi de l’éveil des consciences promu par Solidarité Sida. Nous organisons également cette année deux happenings festifs : un lâcher de 8.000 ballons samedi soir à 20h, et une « Color Party », à l’image de la fête des couleurs en Inde, le dimanche à 20h devant la grande scène. On s’attend cette année à battre encore notre record de fréquentation de 170.000 festivaliers.

Et côté musique, qu’irez-vous voir ?

L.B. : Pendant le festival, je passe mon temps à courir, à aller voir les bénévoles, jusque tard dans la nuit : je n’imagine pas aller me coucher pendant que d’autres travaillent comme des fous au camping, aux navettes… Si je peux, j’irais voir The Avener, dont c’est le premier concert à Paris ; Die Antwoord samedi soir ;  Xavier Rudd que j’adore ; Zebda qui fait partie de la famille Solidarité Sida ; IAM, une grosse claque à chaque fois ; Yael Naim, une des artistes les plus intéressantes du moment à mon sens… En tout, je ne verrai pas plus de 4h de concert le week-end prochain. C’est assez frustrant, mais personne ne peut tout voir à Solidays ! Pour le reste, c’est le public qui donne le rythme, aux artistes de s’adapter... Je sais qu’après il y aura une sorte de baby blues, pendant le démontage… Mais dès septembre, on attaquera l’édition 2016 !