18 mars 2015

Les mots, plus hauts que les barreaux, grâce à un atelier d'écriture

l’écrivain Michel Séonnet se rend chaque semaine au Centre pénitentiaire du sud-francilien à Réau (77)
Crédit photo : Conseil régional Ile-de-France

Depuis octobre 2014, l’écrivain Michel Séonnet se rend chaque semaine au Centre pénitentiaire du sud-francilien à Réau (77), pour proposer un atelier d’écriture aux détenus. Reportage dans le centre de détention des femmes.

Pour accéder à la bibliothèque du centre de détention pour femmes, il faut franchir une douzaine de portes. Fatima, Hilem et Marixol sont déjà là. Michel Séonnet pose sur la table un grand cahier « plein de bazar » dont s’échappent des photocopies de textes et de poèmes.

« Bah, où sont les autres ? », demande l’écrivain.

« Oh, tu sais bien Michel, on est des femmes très occupées », blague Marixol.

« Et Barbara ? »

« Elle est au mitard… », glisse Fatima.

« … Quand elle sortira, vous lui demanderez lesquels de ses textes on peut mettre dans le livre ? C’est vraiment très beau ce qu’elle écrit. »

« Moi je resterai pas tard, je vais à l’atelier patchwork après », précise Françoise.

Michel Séonnet prend un air faussement offensé. Quelques blagues cyniques fusent sur des histoires de parloir, de promenades, sur la coiffure de Françoise, sur le fameux atelier patchwork…

Animer un atelier d'écriture auprès des détenus volontaires 

Au cœur de cette résidence, entamée en octobre 2014 pour 9 mois : l’animation d’un atelier d'écriture auprès des détenus volontaires au Centre pénitentiaire du sud-francilien à Réau (77), un projet porté par l’antenne seine-et-marnaise de La Croix-Rouge française. Le thème : tenir ? Qu’est-ce qui fait qu’on tient ? Comment tenir ? « On est parti d’une liste de verbes synonymes du verbe tenir », explique Michel Séonnet, « on décide ensuite qui sont les acteurs des textes, les arbres, le vent, moi… pour apporter de la poésie ».  L’écrivain ramasse des textes, puis en lit d’autres. « Je cloue des pétales de roses sur une planche en bois », a écrit Sylvie. « Quand je lis votre texte, c’est comme un court métrage, je vois pleins d’images », dit Michel Séonnet d’un ton bienveillant. Sylvie rougit, et cache son visage dans ses mains, flattée.

Poésie et graphisme

L'atelier d'écriture du jour est également consacré à un exercice de graphisme. L’écrivain a apporté de grandes feuilles de papier canson, des bandelettes de carton noir et des tubes de colle. Les détenues fabriquent un arbre en papier, « un arbre de mots pour tenir », puis couvrent le tronc et les branches de leurs mots. « On dirait plus des barreaux que des branches ton truc », remarque Françoise en regardant l’œuvre de Sylvie. « Ce sont des barreaux ». Sur les branches de Marixol, s’étalent les mots Rêve, Sieste, Enfant… Fatima sollicite l’avis bienveillant de l’auteur, puis écrit le nom de ses trois enfants, en pleurant en silence.

« Moi la poésie c’est pas mon truc »

Pour celles qui ont déjà fabriqué leur arbre, Michel Séonnet lit un poème d’Eugène Guillevic sur les mots. « Ecrivez-moi ce que vous inspire ce poème, ce que vous inpirent les mots ! », encourage l’écrivain. « Moi la poésie c’est pas mon truc », ronchonne Marixol. « Avec ce que tu m’as déjà écrit, tu ne peux pas dire ça ! », lui répond Michel en souriant. Marixol relit le poème de Guillevic, et finira par écrire une page entière : « comment puis-je recréer le monde sans les mots ? »…

Toutes les informations sur cet atelier d'écriture  comme sur toutes les résidences menées avec l'aide de la région Île-de-France sur le site du collectif remue.net.