11 juillet 2015

« Les équipements sportifs sont un moyen de dynamiser un territoire »

Trois questions à Emmanuelle Obligis, ex-directrice des infrastructures pour le groupement d’intérêt public chargé de la candidature de Paris aux JOP de 2012, actuellement directrice du développement de Bouygues Bâtiment Île-de-France Ouvrages publics.

En quoi les grands événements sportifs comme les Jeux olympiques représentent-ils une opportunité pour procéder à de vastes opérations d’aménagement ?
Emmanuelle Obligis :
Habituellement, le temps nécessaire aux grands aménagements est long, entre 10 et 15 ans. Les événements sportifs d’ampleur comme les Jeux olympiques sont un moyen d’accélérer les processus de réalisation, car ils fixent une date butoir, à la fois incontournable et stimulante. Une candidature à l’organisation des Jeux se mène dans un temps ramassé : environ neuf ans entre le moment où l’on fait acte de candidature auprès du Comité international olympique (CIO) et le début des JO. Il y a obligation impérieuse de travailler ensemble, et vite. C’est un effet de levier considérable.

Comment sont pensés les équipements nécessaires à la tenue de la compétition ?
E. O. :
Il s’agit de définir la vocation des infrastructures une fois la compétition terminée pour ne pas se retrouver avec des équipements inadaptés aux besoins réels d’un territoire et sous-utilisés. Il faut avoir en tête que le coût de construction d’un équipement sportif représente, sur toute sa durée de vie, environ 10 % de son coût réel. Depuis le début des années 2000, le CIO recommande de ne construire que ce dont les territoires ont besoin sur le long terme et de privilégier dans le cas contraire des infrastructures provisoires et démontables. S’ils sont bien pensés, les grands équipements sportifs sont un bon moyen de dynamiser un territoire. En cela, le vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (78) est un bon exemple. Il faisait partie des infrastructures prévues pour accueillir les Jeux de 2012, finalement attribués à Londres. Il a été mené à bien et inauguré en janvier 2014, en parallèle de la construction d’un nouveau quartier autour. On peut également citer le quartier des Batignolles à Paris (17e), qui devait accueillir le village olympique et dont l’aménagement est en train de s’achever selon les plans d’aménagement élaborés au moment de la candidature de Paris en 2003. Cela prouve que l’on n’a rien à perdre en déposant une candidature, bien au contraire !

Qu’est-ce qui a changé entre la candidature aux Jeux de 2012 et celle de 2024 ?
E. O. :
Les opportunités foncières en Île-de-France sont de plus en plus rares. Or le CIO est demandeur de concepts territoriaux compacts pour des raisons de sécurité, de flux et de dynamique des Jeux. Il faut donc composer avec cette contrainte. L’autre évolution majeure me semble être la nécessaire implication de toutes les parties prenantes, habitants, entreprises privées ou encore associations, à l’élaboration du projet olympique. La coconstruction sera primordiale pour créer l’adhésion. De mon point de vue, l’organisation des Jeux olympiques, c’est surtout une formidable opportunité de façonner l’identité du Grand Paris et de le rendre plus concret aux yeux des Franciliens.

Photo : © Stéphanie Lacombe/Picturetank