Leçon de littérature avec Daniel Maximin : « On lit, on écrit pour se trouver soi »

La rédaction
Un auteur à la rencontre de lycéens pour parler lecture et écriture : c’est le principe des Leçons de littérature lancées cette année par la Région pour sensibiliser les jeunes à la lecture. La première s’est déroulée dans un lycée du Blanc-Mesnil avec un poète guadeloupéen. Reportage.

« Je vais vous parler des poèmes, et comment ils se fabriquent. » Daniel Maximin, romancier, poète et essayiste guadeloupéen, fait face tout sourire à une cinquantaine de lycéens attentifs, élèves de première électrotechnique, chaudronnerie industrielle et maintenance des équipements industriels au lycée Aristide-Briand du Blanc-Mesnil (93).

Avec enthousiasme, l’auteur explique aux lycéens ce qui l’a poussé à écrire : la Nature. Marqué par son enfance en Guadeloupe, il a placé le volcan de la Soufrière au cœur de son premier ouvrage. « Ma première envie a été de faire parler “mon” volcan, l’éruption qui a marqué mon enfance, quand on a dû partir : j’ai voulu faire parler la Nature, qui pour moi n’est pas un décor, mais un personnage à part entière. »

 

« Le monde n’est pas à nous, c’est nous qui sommes au monde »

« Vous êtes ici pour apprendre un métier, parce qu’il faut gagner sa vie, mais la littérature aussi c’est vital », insiste-t-il. Et d'ajouter : « Nous ne sommes qu’un atome dans l’univers, mais un atome essentiel, et nous n’avons de sens que par notre présence dans ce monde. Nous devons en témoigner plutôt que d’être des passants passifs. ». Il conseille aux lycéens qui voudraient écrire de simplement écouter les éléments, « la mer, les étoiles, le soleil »,  qui demandent aux humains de traduire ce qu’ils ont à dire. « Le monde n’est pas à nous, c’est nous qui sommes au monde », confie-t-il dans un sourire, expliquant que pour un poème c’est la même chose : c’est le poème qui vient au poète, et non l’inverse.

Daniel Maximin demande à la salle qui aime lire. Quelques mains timides se lèvent, puis davantage. « L’écrivain est avant tout un lecteur qui écrit pour poursuivre l’histoire ! Vous pensez que vous n’avez rien à dire, ou que ce sera moins bien écrit que du Victor Hugo ? Et alors ? » Et de citer Aimé Césaire, qui l’a beaucoup influencé et auquel il a consacré un essai et des articles : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouches » (Cahier d'un retour au pays natal, 1939). Expliquant que la poésie est une musique, une harmonie des sons et des idées, Daniel Maximin récite Le Dormeur du val de Rimbaud, puis invite des élèves à venir lire un poème avec lui.

 

Un nouveau roman en préparation

Quand vient le moment des questions, Christ, élève en électrotechnique, se lève, traverse la salle et rejoint Daniel Maximin, un bout de papier à la main : « Ce que vous m’avez dit m’a fait beaucoup réfléchir… Alors j’ai écrit ces quelques lignes », explique-t-il au milieu des taquineries de ses camarades, avant de lire son poème. Quand un autre élève lui demande s’il est toujours motivé pour écrire, l’auteur lui répond qu’être écrivain est un état permanent, et qu’il prépare un nouveau roman. Un dernier élève lève la main : « Mais Monsieur, vous êtes une star alors ? » Daniel Maximin lui répond malicieusement : « Une star, sûrement pas. Mais une étoile, oui, j’aimerais bien. »

Les Leçons de littérature, créées à l'initiative de la Région, sont mises en œuvre par la Maison des écrivains.

Photo : © Région Île-de-France

Leçons de littérature dans les lycées franciliens - Présentation
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