14 juin 2019

Le réchauffement climatique expliqué aux enfants par Valérie Masson-Delmotte

Valérie Masson
Crédit photo : Conseil régional Ile-de-France

Membre du Conseil scientifique régional, la coprésidente d'un groupe de travail du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ne se contente pas de fréquenter des chercheurs de 1er plan. Elle veut aussi transmettre ses connaissances au plus grand nombre, à commencer par les enfants. Interview.

 

 

Qu'est-ce que le Conseil scientifique régional ?

Ce Conseil consultatif de la Région réunit des chercheurs de plusieurs disciplines : physiciens, chimistes, mathématiciens, politologues au parcours scientifique d'exception. Ils portent un regard pluridisciplinaire sur l'ensemble des domaines de l'action régionale présentant une dimension scientifique ou technologique.

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La réputation internationale de la paléo-climatologue Valérie Masson-Delmotte se mesure à l'aune de toutes ses fonctions : membre du Conseil scientifique régional, mais aussi directrice de recherche au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), coprésidente d’un groupe de travail du GIEC, membre du Haut Conseil pour le climat…  L'originalité de cette chercheuse de 1er plan est qu'elle cherche à éveiller les consciences et à attirer l'attention des plus jeunes sur les risques du réchauffement climatique. Rencontre.

« Une culture scientifique de niveau 5e en France »

Pourquoi est-ce important pour vous de faire connaître vos recherches sur le climat au grand public ?
Valérie Masson-Delmotte : Il faut savoir qu’en France, le niveau de culture scientifique équivaut à un niveau de 5e, collège. Partant de constat, j’ai décidé d’intervenir dans les écoles primaires, les collèges et aussi les lycées franciliens pour faire connaître le métier de chercheur, parler de la place des femmes dans ce milieu et pour alerter les plus jeunes sur les multiples conséquences du réchauffement climatique. J’ai suivi une formation il y a quelque temps avec l’Université Paris-Saclay, qui donnait des clefs aux chercheurs pour s’adresser au grand public. 

chercheuses labo 1200

On imagine souvent un chercheur seul dans son labo, plongé dans ses recherches mais, en réalité, la plupart travaillent en équipe. Dans la recherche, il y a une notion d’émulation du collectif très importante. C’est le cas du GIEC, qui étudie l’évolution du climat à l’échelle internationale. 

« Prendre de la hauteur, regarder la Terre depuis l’espace »

Pourquoi parler du climat aux enfants ?
V.M.-D. : J’aime m’adresser aux enfants parce qu’ils ont soif d’apprendre de nouvelles choses. Ils sont curieux et souvent stimulés par le raisonnement scientifique. Mon rôle est de compléter leur savoir, de les amener à penser le monde autrement. Les enfants ont une vision très locale, ils sont dans l’instantané. Je les pousse à prendre de la hauteur, comme s’ils regardaient la Terre depuis l’espace. 

Quand on n’est pas clair, les enfants nous le disent tout de suite, sans filtre. Ils nous obligent, nous les chercheurs, à être pédagogues et à transmettre nos connaissances simplement. 

« Pour un enfant, découvrir que le monde existait avant lui relève de la crise existentielle. Il faut donc faire preuve de beaucoup de bienveillance. »

Valérie Masson-Delmotte, membre du Conseil scientifique régional

Pour un enfant, découvrir que le monde existait avant lui relève de la crise existentielle. Il faut donc faire preuve de beaucoup de bienveillance. C’est ce que je m’efforce de faire pour qu’ils soient en capacité de comprendre, d’agir, de laisser une empreinte, même légère.

Comment faites-vous pour sensibiliser les enfants au réchauffement climatique ?
V. M.-D. : J’ai écrit plusieurs livres pour enfants comme Le Climat : de nos ancêtres à vos enfants, Les Expéditions polaires, ou encore Atmosphère : quel effet de serre ! Pour ce dernier, j’ai eu l’occasion de travailler en immersion dans une classe, pour que la parole des enfants y soit présente. Les titres de chapitres ont été écrits par les enfants eux-mêmes. 

météo

Le plus compliqué avec les enfants, ce sont les émotions : la peur, la colère, la difficulté à surmonter ces sentiments pour avoir une approche rationnelle. Grâce à l’expérimentation la manipulation, on dépasse ces angoisses.  Pour simuler des carottes glacières par exemple, j’ai utilisé des éléments qui leur parlent comme la farine et le chocolat. Ils ont compris que les couches qui se superposent permettent d’étudier le climat dans le temps. La météo est aussi un bon sujet avec les enfants. Elle est associée à une pensée magique. C’est essentiel de leur expliquer que derrière le soleil ou le nuage qui apparait sur l’écran du smartphone il y a tout un réseau de mesures des températures, des bases de données…

« Une génération qui doit vivre avec le réchauffement climatique »

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Quel climat pour vos petits-enfants ?

Retrouvez Valérie Masson-Delmotte à la Biennale d'architecture et de paysage de la Région Île-de-France.
L'experte propose une petite conférence sur l'évolution du climat, dans le cadre du cycle « Lumières pour enfants », dimanche 30 juin de 15h30 à 17h à l'auditorium de la Figuerie, dans le Potager du Roi, à Versailles (78). 

École nationale supérieure de paysage 
10, rue du Maréchal-Joffre 
78000 Versailles 


Entrée libre

En quoi les sciences permettent-elles d’aiguiser l’esprit citoyen ?
V. M.-D. : Les jeunes enfants ont parfois une vision assez noire du climat. Grâce aux sciences, ils peuvent se projeter, ne pas se laisser submerger par ce pessimisme. J’aime penser que, en m’adressant à eux, je vais semer des graines de citoyenneté dans leurs esprits. Il faut leur faire confiance, ne pas leur cacher les choses sérieuses sur l’avenir de notre planète. Il faut mettre des mots sur les phénomènes qu’ils observent parce que leur génération doit vivre avec le réchauffement climatique.

Je les interroge sur la société, je les alerte sur l’impact de la publicité qui les pousse à consommer des choses dont ils n’ont pas besoin, surtout à l’adolescence. À travers des projets intergénérationnels, on peut aussi expliquer aux plus jeunes les changements invisibles. Aux côtés de leurs aînés, ils découvrent que les dates des vendanges, la façon de vivre ont changé (déplacements, alimentation…). 

C’est en leur donnant ces clefs de compréhension qu’ils pourront se protéger des risques. Il n’y pas qu’un futur possible. Il n’est pas écrit. Je les pousse à se demander comment ils ont envie de le changer.