27 janvier 2016

« Le Piano oriental » : de la médiathèque de Melun au Festival d'Angoulême

le piano oriental
Crédit photo : Zeina Abirached

Le roman graphique « Le Piano oriental » de Zeina Abirached fait partie de la sélection officielle du 43e Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême. Un travail issu de sa résidence il y a trois ans à la médiathèque de Melun (77). Une résidence soutenue par la Région et dont elle nous avait parlé en mars 2013, ainsi que de son ouvrage en cours.

L'histoire de son arrière-grand-père, l'inventeur du piano oriental

Zeina Abirached est libanaise. De son Beyrouth natal, elle a déjà dessiné les paradoxes et la géographie de ses rues rendue incompréhensible par la guerre civile, mais surtout les anecdotes liées à ses propres souvenirs d’enfance dans une ville déchirée… Beyrouth catharsis38 rue Youssef-Semaani, et surtout Mourir partir revenir, Le Jeu des hirondelles (éditions Cambourakis) sont les œuvres graphiques, au trait noir, rond, à la fois basique et garni d’arabesques, tirées de cette expérience.

Aujourd’hui Zeina vit à Paris, depuis huit ans, et entame cette année une résidence à la médiathèque départementale de Seine-et-Marne. Dans un local situé juste à côté, au Mée-sur-Seine (77), l’auteure-dessinatrice s’est installée dans une grande salle, une semaine par mois, pour écrire son nouveau livre. Un projet un peu fou, l’histoire de son arrière grand-père, Abdallah Chahine, l’inventeur du piano oriental, capable de jouer la musique à l’occidentale (demi-ton par demi-ton) et orientale (quart de ton par quart de ton). Un piano qui pourrait s’appeler le piano bilingue, un piano qui jouerait sur deux tonalités, sans changer d’apparence. « Le point de départ est ténu, reconnaît-elle, comment dérouler cette histoire et la rendre intéressante pour les autres ? Comment dessiner la musique ? » s’interroge-t-elle, en racontant ses recherches sur ce mythe familial, et les différentes interprétations livrées par la famille.

En immersion à la médiathèque départementale de Seine-et-Marne 

Car, à travers cette histoire de piano bilingue, c’est bien évidemment celle de Zeina qui se joue, à cheval entre Orient et Occident, entre Beyrouth et l’Île-de-France : comment vivre ici et être d’ailleurs, comment s’éloigner pour mieux évoquer les souvenirs… Consciente de ces difficultés, Zeina apprécie aussi d’être ainsi en immersion ailleurs, avec à sa disposition les milliers d’ouvrages de la médiathèque. Sur sa table de travail, un ordinateur, des feuilles et des crayons à papier, de la littérature française mais aussi Flix de Tomi Ungerer, l’auteur du best-seller pour enfants Les Trois Brigands…  Dans le programme de sa résidence sont également prévus des temps d’action culturelle, lecture et échanges avec les élèves du collège Jean-Campin de la Ferté-Gaucher (77) : « La classe de Segpa (1) m’a proposé d’utiliser une carcasse de piano qu’ils ont au collège… J’ai vu ça comme un signe ! Nous allons le détourner et en faire un instrument graphique : ils vont intervenir techniquement pour retaper le piano, ajouter des systèmes de manivelles par exemple, et moi je vais m’occuper des éléments graphiques », explique Zeina Abirached, pleine d’enthousiasme, à ses auditeurs du jour, les bibliothécaires de la médiathèque, à qui elle est venue présenter son œuvre et son projet. 

Membre du jury du Prix littéraire des lycéens 2013

Durant l’année, elle fera également découvrir son univers à une partie des seconde et des première du lycée La Tour-des-Dames à Rozay-en-Brie (77) : membres du jury du Prix littéraire des lycéens 2013, ils ont déjà étudié un autre roman graphique, Nous n’irons pas voir Auschwitz de Jérémie Dres, et prépareront avec Zeina un album sur le thème « Je me souviens », un thème dont l’auteure libanaise s’est servie, à la manière du Je me souviens de Georges Perec, pour évoquer son enfance et son adolescence à Beyrouth. Cette résidence est financée par la Région et le conseil général de Seine-et-Marne.

(1) Segpa : section d’enseignement général et professionnel adapté.

 

À lire aussi, l'article La BD francilienne en pleine ébullition, p.29 du magazine Île-de-France de février 2013.