14 juin 2019

La Région finance un microscope de pointe pour la Maison de l’archéologie

Microscope Maison archéologie
Crédit photo : Région Île-de-France

Alors que débutent les Journées nationales de l’archéologie 2019, retour sur l’acquisition d’un microscope électronique à balayage par la plateforme ArchéoScopie de la Maison de l’archéologie & ethnologie de Nanterre, dans le cadre du Domaine d’intérêt majeur « Matériaux anciens et patrimoniaux » de la Région Île-de-France.

La Région finance des réseaux de recherche à fort potentiel. Sur la période 2017-2020, 13 Domaines d’intérêt majeur (DIM), dans des secteurs aussi divers que les mathématiques, la santé ou l’astrophysique, ont été labellisés avec l’aide du Conseil scientifique régional. L’ambition est de faire de l'Île-de-France la 1re région scientifique d'Europe. 

Dernière illustration des bénéfices de ces DIM pour les chercheurs : l’acquisition par la Maison archéologie & ethnologie, installée sur le campus de Nanterre (92), d’un microscope électronique à balayage (MEB). Ce matériel de pointe a été inauguré en mai 2019. L’investissement de 140.000 euros a été cofinancé par la Région, le CNRS et le LabEx Les passés dans le présent.

La Maison archéologie & ethnologie - René-Ginouvès (MAE), qui a fêté ses 20 ans en 2018, compte 350 chercheurs et enseignants-chercheurs répartis au sein de 5 unités mixtes de recherche du CNRS et de l’université. Couvrant différentes spécialités, ils travaillent sur les cinq continents sur une période allant de la préhistoire jusqu’au Moyen Âge. 

Rencontre avec Alexandra Legrand-Pineau responsable de la plateforme ArchéoScopie et ingénieure de recherche au CNRS spécialiste de l’outillage en os, et Jessica Legendre technicienne en caractérisation des matériaux et responsable du microscope.

Alexandra Legrand-Pineau  et Jessica Legendre

Alexandra Legrand-Pineau et Jessica Legendre.

 

Quel est le rôle de la plateforme ArchéoScopie ?
Alexandra Legrand-Pineau : Le service a été créé en 2001 pour analyser les objets découverts par nos chercheurs. Il est important d’avoir cette plateforme au sein de la Maison archéologie & ethnologie. Nous pouvons ainsi analyser les collections archéologiques et expérimentales [reproductions d’objets anciens, NDLR] que nous possédons sans faire sortir ces objets souvent fragiles, tout en gagnant du temps. 

Sur quels types de matériaux travaillez-vous ?
A. L.-P. : Notre mission principale est l’analyse des vestiges anthropiques ou naturels et la réalisation de modèles 3D. Nous travaillons sur des objets anciens, avec une histoire. Il peut s’agir d’outils en os, en silex, d’os humains, d’objets métalliques, mais aussi de vestiges naturels comme des pollens, des charbons de bois, des graines ou des sédiments. Nous avons par exemple analysé des objets du site de Khirokitia à Chypre, un des plus importants sites du néolithique ancien en Méditerranée orientale, et de la grotte d’Arcy-sur-Cure, en Bourgogne, occupée par des Néandertaliens, il y a 40.000 ans. Les objets les plus anciens que nous avons analysés sont des os du paléolithique moyen, datés d’il y a 50.000 ans. 

Silex

Qu’attendez-vous de votre nouveau microscope électronique à balayage (MEB), récemment mis en service ?
A. L.-P. : Déjà, sans le DIM, nous n’aurions pas pu financer ce genre de matériel. Nous sommes le seul labo de sciences humaines et sociales du CNRS à disposer d’un tel équipement. La plateforme comprenait déjà 12 microscopes, de la loupe binoculaire jusqu’au microscope optique, utilisés par une centaine de chercheurs.

Par rapport à ces équipements basiques, avec le MEB, nous obtenons des grossissements plus importants, une meilleure résolution d’image. Il permet d'effectuer des analyses chimiques pour identifier la composition des matériaux ou des résidus présents à la surface des objets. Car en archéologie, on cherche, on multiplie les observations et on élimine les hypothèses. Sur l’analyse du chas d’une aiguille en os, nous obtenons avec le MEB une image nette sans problème de profondeur de champ. Un résultat que nous ne pouvions avoir avec un microscope optique classique.

Comment jugez-vous les performances de ce nouveau microscope ?
Jessica Legendre : Grâce au MEB nous pouvons grossir l’image jusqu’à 40.000 fois et récolter davantage d’informations qu’avec nos autres équipements. Nous avons déjà réalisé des analyses sur des tessons de céramique, des outils en os, du silex. Par exemple en analysant des plaquettes de pierre de Mésoamérique, nous avons trouvé des traces de calcium. La question à laquelle nous devons répondre est de savoir si ce calcium est issu de l’utilisation de la pierre comme un abrasif ou si des sédiments se sont simplement déposés dessus. 

Qu’apporte l’analyse chimique via le microscope ?
J. L. : Sur des céramiques, en étudiant les résidus sur la surface de l’échantillon, on va essayer de déterminer quel pouvait être le contenu grâce à l’analyse chimique. En fonction des analyses qui nous sont demandées, étudier les objets peut prendre de quelques heures à plusieurs jours, suivant la nature des échantillons et ce que l’on cherche.

Pour en savoir plus

Retrouvez l’équipe de la plateforme ArchéoScopie lors des Journées nationales de l'archéologie, les 14, 15 et 16 juin 2019 au Musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye (78). Au programme : découvertes des coulisses du patrimoine et de la recherche archéologique à travers des animations, démonstrations et conférences.