Publié le 28 janvier 2020

La Gare de l'Est n'appartient pas à Paris mais à ses voyageurs !

 

Depuis plusieurs décennies, les pouvoirs publics se sont efforcés de mailler progressivement le territoire avec des infrastructures de transports ferroviaires afin de faciliter les déplacements entre les Régions et les autres pays européens. Les gares parisiennes sont ainsi aujourd'hui les garantes d'un aménagement du territoire harmonieux et ont, à ce titre, une vocation nationale.

 

La proposition de Benjamin Griveaux, candidat à la Mairie de Paris, de délocaliser la Gare de l'Est en périphérie, relève d'une parfaite méconnaissance de la réalité des transports mais aussi d'une totale indifférence pour les territoires de banlieue et les habitants du Grand Est.

 

La Gare de l'Est est la porte d'entrée de Paris pour des dizaines de milliers de voyageurs franciliens qui l'empruntent chaque jour, mais elle est également une destination privilégiée des usagers en provenance de l'Est de la France, de l'Allemagne, du Luxembourg et de la Suisse.

 

Transférer la Gare de l'Est en banlieue serait un non-sens économique, une aberration pour des milliers de voyageurs, et une vraie faute politique tant elle irait à l'encontre d'échanges facilités avec nos voisins. Quel mépris par ailleurs pour les habitants de banlieue et ceux de l'Est qui n'auraient plus d'accès direct au cœur de Paris.

 

Nous pensons aux habitants de la Seine-et-Marne et de l'Aube avec lesquels nous nous battons face aux défaillances de l'Etat. Nous œuvrons au quotidien pour leur apporter des transports dignes de ce nom, notamment avec l'électrification des différentes branches de la ligne P, et qui se verraient, malgré ces efforts, exclus du centre de Paris. Quel gâchis, alors même que l'Etat et les collectivités ont dépensé plus de 3 milliards d'euros pour la création de la LGV Est afin de raccorder Paris à Strasbourg en un peu moins de 2h contre 4h initialement.

 

Mais ce qui est d'autant plus frappant réside en l'absence totale de réflexion et de préparation face à un projet extrêmement complexe et onéreux. Une opération d'une telle ampleur coûterait des milliards d'euros d'investissement. Elle nécessiterait entre 10 et 15 ans pour être réalisée compte-tenu des procédures, avec des travaux titanesques, à mener principalement de nuit, sachant que SNCF Réseau n'arrive déjà pas à faire face à l'ampleur des programmes de rénovation d'un réseau ferroviaire francilien victime de 30 années de sous-investissement. Et on ne peut qu'être dubitatif face aux annonces de Benjamin Griveaux qui espère faire financer un tel projet pharaonique, qu'il estime à seulement 1,5 milliard d'euros, par du mécénat privé.

 

Si l'idée d'un parc urbain parisien est clairement séduisante, elle ne peut se faire dans l'improvisation la plus totale et en sacrifiant les salariés de l'Est parisien, les habitants de l'Est de la France, et plus globalement, les voyageurs de l'Est européen. A ce prix-là, pourquoi ne pas plutôt couvrir les voies ferrées et le périphérique avec de grands espaces verts ? Une idée moins coûteuse et moins hasardeuse...

 

La Gare de l'Est est aujourd'hui un outil du développement de Paris et une illustration d'un développement du territoire harmonieux. Elle mérite, au regard de son potentiel encore sous exploité, d'être développée, pour en faire un hub français et européen de première importance.

 

Paris mérite mieux qu'une partie de Monopoly où les Gares seraient des enjeux électoraux. La France, comme l'Ile-de-France ont besoin de leurs gares dans un contexte environnemental où les mobilités doivent être toujours plus vertueuses et où le ferroviaire demeure une alternative bas-carbone crédible et porteuse d'avenir.

 

Non, Monsieur Griveaux, Paris ne vaut pas de sacrifier la Gare de l'Est !