28 septembre 2017

Jardins ouverts 2017 : les jardins ouvriers de la pointe de l’île Saint-Germain

Jean-François Batalla, jardinier et ancien président de l’association des jardins familiaux de la pointe de l’Île, animera la visite guidée des jardins ouvriers et vous plongera dans le récit des origines des jardins. Entretien.

Vous vous êtes intéressé à l’histoire des jardins ouvriers et familiaux, pouvez-vous nous expliquer leur origine ? 

Les jardins familiaux ont une tradition multiséculaire. Ils sont nés entre le XVIIe et le XVIIIe siècle principalement dans trois pays : l’Angleterre, l’Allemagne et la France. C’est au XIXe  siècle, avec la Révolution industrielle, que les jardins ouvriers se développent. En 1896, l’abbé Lemire, prêtre et député, fonde la Ligue Française du Coin de Terre et du Foyer, qui a notamment pour objectif la création de jardins ouvriers. On les trouve alors surtout au nord de la France, sur les territoires industriels, mais aussi aux alentours de Saint-Étienne. Leur objectif principal est de permettre aux ouvriers de nourrir leur famille mais aussi ils constituent aussi un complément de salaire. Les jardins ouvriers ont véritablement une tradition paternaliste.

Les Première et Seconde Guerres mondiales constituent l’âge d’or des jardins ouvriers, qui servent désormais à la fois à se nourrir et à se détendre, participent à l’occupation des ouvriers, et donc à la lutte contre l’alcoolisme qui constituait à l’époque un fléau. Cette période marque aussi le début de l’entraide, des fêtes, des animations, des fanfares et du théâtre dans les jardins ! À Paris, c’est la ceinture verte qui est surtout concernée par l’installation des jardins ouvriers. C’est un peu comme si le monde rural retrouvait ses racines.

À partir des trente glorieuses, les jardins ouvriers connaissent un déclin. Avec les congés payés et le début des supérettes, les familles ont d’autres préoccupations et se détournent des jardins ouvriers qui n’ont alors plus une image très chic. Après 1945, on décompte néanmoins environ 250 000 jardins ouvriers en France. Avec la loi du 26 juillet 1952, les jardins ouvriers deviennent jardins familiaux. Ils sont principalement gérés par des associations.

Face à l’importante décroissance du nombre de jardins depuis l’après-guerre, la loi du 10 novembre 1976 tend à assurer leur protection et leur préservation. À partir des années 80, les mouvements écologistes se développent et sont ainsi l’occasion de remettre la nature et l’agriculture au cœur des préoccupations des populations.

Comment sont nés les jardins familiaux de la pointe de l’île ?

Leur histoire remonte aux usines Renault qui étaient situées à Boulogne. La famille Renault était propriétaire de l’île Seguin, principalement composée de terres agricoles où l’on produisait notamment de l’osier. Dans les années vingt, avec l’essor de l’automobile, une usine a été construite sur l’île. Les ouvriers se sont alors servis des gravats pour construire la partie artificielle de l’île Saint-Germain, où se situent aujourd’hui les jardins familiaux de la pointe de l’île. Les jardins accueillaient alors les ouvriers qui logeaient près de l’usine. À partir des années soixante, ils n’intéressaient plus grand monde et ont été abandonnés pour la plupart. Dans les années quatre-vingts, la création de l’association des jardins familiaux de la pointe de l’île est venue structurer tout cela et susciter un nouvel engouement. Le but était de faire plaisir aux jardiniers et de faire partager le goût du jardinage au plus grand nombre !

Quel est le rôle de l’association aujourd’hui ?

Le rôle de l’association est de conserver ce lieu en tant que témoin du patrimoine ouvrier : conserver les cabanes, maintenir l’esprit de récupération des objets et ne pas chercher la surproduction. Diane Richepin, la présidente de l’association, s’intéresse particulièrement aux questions de permaculture, de culture naturelle et sans rendement. De mon côté, je m’intéresse aux variétés anciennes. Les jardins favorisent aujourd’hui le lien social. Tous les âges et toutes les professions y sont représentés, alors qu’auparavant, il y avait une visée plus individualiste.

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