Femmes et handicapées, la double discrimination

Julie Védie
Depuis 2003, l’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir et sa présidente, Maudy Piot, se battent pour que les femmes handicapées soient reconnues comme des citoyennes à part entière.

Photos : © Julie Bourges/Picturetank

« La différence est une richesse extraordinaire vous savez. » Maudy Piot sait de quoi elle parle. Née avec une maladie génétique qui lui a progressivement fait perdre la vue, « comme le soleil qui se couche lentement à l’horizon », la présidente de Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir a été très tôt confrontée à la différence et à l’exclusion. « Mes parents ont mal supporté d’avoir une fille handicapée, du coup je suis devenue très tôt une battante, une militante », raconte-t-elle, ses grands yeux azur fixés sur son interlocutrice, même si aujourd’hui elle est totalement aveugle. Exclue des études de médecine qu’elle avait entreprises, Maudy Piot passe alors un diplôme d’État d’infirmière, puis de kinésithérapeute. Dans ce cadre, elle travaille en psychiatrie, un secteur qui l’intéresse tellement qu’elle devient ensuite psychanalyste. Mue par le poids de son handicap, son féminisme et son incroyable énergie, elle veut aider les femmes aveugles à sortir de l’oubli.

Citoyennes avant tout

En 2003, à l’occasion de l'Année européenne des personnes handicapées, elle organise un forum sur le thème de la citoyenneté, « un aspect de la vie des femmes handicapées dont personne ne parlait à l’époque », sous le marrainage de Lucie Aubrac. L’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir est créée dans la foulée, pour dire que les femmes handicapées, victimes d’une double discrimination, sont des citoyennes à part entière. Composée de 250 adhérents, des femmes mais aussi des « hommes féministes », des adhérents handicapés mais aussi des valides, l’association intervient pour changer l’image du handicap, et lutter contre les discriminations dans tous les grands domaines de la vie : emploi, soins, violences, loisirs, solitude.... « Dans la société, nous, les femmes handicapées, sommes les grandes oubliées », martèle-t-elle, intarissable sur le sujet. « La pire des discriminations reste quand même celle de naître femme : par exemple, 48% des hommes handicapés ont un travail, contre seulement 22% de femmes, ajoute-t-elle, toujours indignée. Le plus important est de changer l’image du handicap, mais sans faire pleurer. »

« Notre objectif : l’égalité dans la différence »

Accompagnée de Tchadou le magnifique, le golden retriever (« mes yeux ») qui l’accompagne depuis 11 ans dans tous ses déplacements, Maudy Piot se bat donc sur tous les fronts, pour financer et faire connaître son association, et pour changer l’image des femmes handicapées, dans tous les domaines de leur vie. « Par exemple, les violences contre les femmes, on oublie que, si environ 36% des femmes valides en sont victimes, la proportion monte à 80% pour les femmes handicapées ! ». 

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