Diane Dufour : l’image pour tous

Pegah Hosseini
Directrice du BAL – une institution reconnue du monde de la photographie –, Diane Dufour tend la main aux plus jeunes afin de leur faire découvrir l’image, leur donner la parole, favoriser l’échange. Une initiative que l’ancienne directrice de Magnum porte à bras le corps.

« À l’heure où tout est prétexte à capturer les images et à les diffuser, il est important d’offrir aux jeunes une éducation au regard. Penser le monde en images, devenir des regards conscients» : pour ce faire, le cinéaste Raymond Depardon, président du BAL, peut compter sur sa cofondatrice Diane Dufour. Car cette passionnée de photo mène sans relâche une action auprès des lycéens franciliens depuis septembre 2008.

Un ex-« hôtel d’amour »

Diplômée de Sciences Po, après avoir été à la tête de l’agence Magnum, elle découvre en 2004, par hasard, cet espace niché dans le 18e arrondissement. Elle est immédiatement intriguée. « Salle de bal, restaurant et hôtel d’amour construit dans les années 1920, “Chez Isis” était un lieu de rendez-vous des immigrés italiens venus danser derrière la place de Clichy, dans un décor de fresques peintes, escalier monumental et verrière Art déco », explique-t-elle. « Une atmosphère à la Paris de nuit de Brassaï » régnait alors dans l’impasse. Après la guerre, « Chez Isis » se reconvertit et devient le plus grand PMU de France jusqu’en 1992. « Nous rêvions avec Raymond Depardon d'une nouvelle vie pour ce lieu : une plateforme d'exposition, d'édition et de pédagogie dédiée à l'image (photo, cinéma, vidéo) », poursuit-elle.

Mieux voir le monde

« La mission de ce nouvel espace devait s'inscrire d’emblée dans un spectre large, celui du document visuel, dans tous ses états, fixe et en mouvement, avec toute la complexité d’une notion historiquement fluctuante et toute la diversité des pratiques artistiques : des Documents pour artistes d’Eugène Atget au Presque documentaire de Jeff Wall en passant par le Style documentaire de Walker Evans, L’Anthropologie visuelle de Gilles Peress ou le Réalisme critique d’Allan Sekula, pour ne citer que quelques exemples. Différentes hypothèses sur le monde, différentes postures, différentes constructions de l’expérience humaine. » Mais leur ambition ne s’arrête pas là : le lieu tient à « inscrire résolument les arts visuels dans une réflexion sur nos sociétés, permettre à tous de mieux comprendre de qui et de quoi nous sommes les contemporains » dit-elle, citant Giorgio Agamben.

Au cœur du Paris populaire

Et pour comprendre ce monde, et les clichés qui en découlent, Diane Dufour mise sur la jeunesse : « La plupart des galeries et musées sont rassemblés au centre de Paris. En nous implantant dans un quartier populaire relativement désert pour les arts plastiques, nous voulions ouvrir une nouvelle frontière artistique, culturelle et pédagogique. Et trouver un nouveau public. »

Pari osé mais cohérent : cet espace dédié à l'éducation à l'image va donc s’implanter dans ce nord-est parisien qui concentre les 2/3 des établissements scolaires dits de « zones prioritaires ». « Depuis 2008, soit deux ans avant l'ouverture du BAL, notre plateforme pédagogique, La Fabrique du regard, mène un travail en profondeur avec ce public scolaire à Paris et bien au-delà du périphérique. Former des regardeurs, conscients que l’image obéit à des codes, leur donner les outils pour décrypter en citoyens le monde dans lequel ils vivent. Depuis notre plateforme a grandi. En sept ans, nous avons accompagné 10.000 élèves de 6 à 20 ans, issus de 112 établissements de 13 académies, grâce à 300 historiens de l’art, chercheurs, artistes, graphistes, journalistes, iconographes, collectionneurs… Les événements de janvier 2015 nous rappellent la nécessité de nous préoccuper de ces jeunes et de les aider à trouver un sens à ce qu'ils voient. » Concernant les réseaux sociaux, dont l’influence est grandissante auprès des adolescents, Diane Dufour pense qu’ils «contribuent à densifier le flux continu d’images avec lequel nous vivons ». Et ce flux, loin d’être un fléau, constitue un défi : « Pour éveiller la conscience critique et créative des jeunes sur le monde, au travers d’une éducation à l’image et par l'image, il faut justement les aider à décrypter tout cela. »

Les observateurs de demain

C’est peut-être là que réside le cœur de la mission de la Fabrique du regard : donner des outils aux observateurs de demain, apporter une distance critique face à leur environnement, élargir l’horizon culturel géographique, social et mental des jeunes, leur redonner confiance, l'estime de soi, lutter contre l’autocensure des publics fragiles, dépasser leur difficultés d’expression écrite et orale. Et l’action va plus loin : « Les rencontres avec les professionnels (presse, médias, agences, graphistes, webdesigners, diffuseurs...) pour échanger autour des problématiques rencontrées au quotidien dans les métiers de l’image prennent tout leur sens dans ce contexte. »

Photo Diane Dufour : © Patrick Tournebœuf

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Le BAL est ouvert :
Du mercredi au vendredi de 12hà 20h
Le samedi de 11h à 20h
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Nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Lieu accessible aux personnes à mobilité réduite

 

 

Article

Quelques jours après les attentats qui ont secoué la France et souligné l’importance du poids des réseaux sociaux, la Région a renouvelé son soutien au BAL, une association qui agit auprès des lycéens afin de décrypter l’image.

Reportage

Des lycéens de Chelles et de Mantes-la-Jolie avaient rendez-vous le 12 mars dernier avec l’équipe du BAL, haut lieu de la photo en Île-de-France. Objectif : comprendre l’image.