17 octobre 2016

« Il faut agir dès le collège pour anticiper le décrochage scolaire »

François-Afif Benthanane, directeur-fondateur de l’association Zup de Co, a développé un système de tutorat pour accompagner les collégiens décrocheurs. Une expérience qu’il est venu raconter lors des 1res Assises régionales sur le décrochage scolaire.

Qu’est-ce qui vous a conduit à créer l'association Zup de Co ?
F-A Benthanane : On parle de décrochage scolaire depuis des décennies, on évoque le chiffre de 140.000 jeunes Français qui chaque année sortent du système scolaire sans aucun diplôme ni aucune formation. Ce lourd bilan a un coût social et économique : on estime à 230.000 euros par élève le prix du décrochage, en termes de services, d’actions menées en vain, de chômage, de précarité et même de délinquance. L’échec scolaire a un impact énorme sur notre société.
 

C’est la raison pour laquelle vous agissez dès le collège ?
F.-A. B. : On avait commencé nos actions en primaire, mais les élèves sont alors trop petits pour le étudiants tuteurs. Avec les collégiens, ils se sentent davantage concernés. De plus, les études montrent que le décrochage commence dès le CM2 et atteint son pic en 2de. Il faut donc agir dès le collège pour anticiper le décrochage scolaire. Aujourd’hui, nous accompagnons 860 élèves tous les soirs, dans 19 collèges d’Île-de-France. Si on suit les jeunes décrocheurs pendant 4 ans, de la 6e à la 3e, on passe de 63 % à 84 % de réussite au brevet.
 

Comment réconcilier les élèves décrocheurs avec l’école ?
F.-A. B. :
Le seul moyen est bien évidemment l’éducation, et, pour suppléer les profs, nous proposons un accompagnement individualisé avec des étudiants tuteurs. À Zup de Co, nous menons une bataille contre les devoirs à la maison. On constate que seuls 6 % des collégiens sont accompagnés par leurs parents pour les devoirs à la maison le soir, ce qui représente une importante source d’inégalités. Du coup, on travaille sur plusieurs niveaux : les devoirs accompagnés par des étudiants tuteurs ; un tutorat individuel de 2h mis en place pour chaque élève afin de travailler la méthodologie et la motivation ; et les devoirs numériques qui permettent des révisions et un suivi interactif via Skype. Nous développons également d’autres actions comme des ateliers de code et d’outils numériques, ou encore des visites de grandes écoles : à chaque fois, les élèves y vont à reculons, et reviennent plein d’enthousiasme car cela élargit leur vision de l’avenir.