16 novembre 2016

Handicap : « C’est l’ensemble de nos politiques qu’il a fallu remettre à plat »

À l’occasion de la Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, Pierre Deniziot, conseiller régional et délégué spécial auprès de la présidente chargé du handicap, dresse un premier bilan de l’action régionale.

La Région a fait de l’emploi des personnes en situation de handicap sa grande cause 2016. Quel est l’état des lieux en Île-de-France ?
Pierre Deniziot : La situation est préoccupante en Île-de-France comme malheureusement partout sur le territoire national. La progression du chômage des demandeurs d’emploi handicapés est supérieure à celle des demandeurs d’emploi franciliens dans leur ensemble. En  2016, on compte près de 58.000 demandeurs d'emploi reconnus handicapés (DEBOE) inscrits en Île-de-France, un chiffre en augmentation de 9,8 % sur une année.

Et les caractéristiques de ce public rendent leur insertion ou leur reconversion sur le marché de l’emploi plus compliquée, dans un contexte général où les seniors et les moins qualifiés peinent à s’insérer et se maintenir en emploi (lire encadré)

Les travailleurs handicapés franciliens : une forte part de publics handicapés seniors (50 % de 50 ans et plus, contre 24 % dans la population ordinaire), un faible niveau de formation (33 % avec un niveau inférieur au Bac, CAP ou BEP, contre 19 % dans la population ordinaire) et globalement du chômage plus long (en moyenne 816 jours, soit 240 jours de plus que le public valide). 

En Île-de-France, l’insertion en emploi se fait principalement dans les petites et moyennes entreprises mais dans une proportion moindre qu’au niveau national (68 %, contre 85 %), du fait de la composition du tissu économique francilien. À noter qu’une part non négligeable des placements sont réalisés dans des entreprises de moins de 20 salariés, non assujetties à l’obligation d’emploi (20 % des placements en Île-de-France).

On constate enfin que le marché du travail des demandeurs d’emploi en situation de handicap est très concentré sur quelques secteurs d’activité : les métiers recherchés par les demandeurs d’emploi et les embauches réalisées par les entreprises concernent principalement des métiers liés aux services peu qualifiés (services à la personne et à la collectivité, transport, logistique, nettoyage, manutention ).


En cette Semaine nationale pour l’emploi des personnes handicapées, quel premier bilan de l’action régionale sur ce plan ?
P. D. : Le travail ne fait que commencer mais cette année nous aura permis d’approfondir les actions pertinentes, de réorienter les dispositifs inefficaces, de proposer de nouveaux dispositifs et de tisser des relations de confiance, constructives et durables avec l’ensemble de nos partenaires.

En fait, il n’y a pas qu’un front mais plusieurs fronts ! Lorsque la présidente de Région a décrété l’emploi des franciliens handicapés Grande Cause régionale 2016, c’est l’ensemble de nos politiques mais aussi l’ensemble du travail engagé avec tous les partenaires concernés qu’il a fallu remettre à plat. L’une de nos priorités a concerné l’élévation du niveau de qualification avec notamment de nouvelles dispositions pour que les CFA accueillent plus d’apprentis handicapés. Ce fut aussi un travail important autour des lycées avec notamment la mise en place d’un dispositif d’anticipation de la rentrée scolaire des jeunes Franciliens handicapés pour fluidifier leur parcours scolaire. Sans oublier plusieurs actions menées en lien avec l’Agefiph pour améliorer l’accès aux formations, qu’elles soient spécifiques ou de droit commun. Nous venons d’ailleurs de signer un nouvel accord-cadre ensemble.  

Nous avions par ailleurs pris l’engagement d’avoir une attention particulière pour les jeunes et c’est pourquoi nous avons intégré la Convention régionale de partenariat pour l'insertion professionnelle des jeunes handicapés « Atouts pour tous » qui s'inscrit dans le Plan régional d'insertion des travailleurs handicapés. Par ce biais, la Région se mobilise totalement en faveur de la qualification et de l'accès à l'emploi des jeunes Franciliens en situation de handicap et devient membre du comité de pilotage de la convention.

Enfin, la présidente de Région s’est adressée à l’ensemble des maires franciliens pour les sensibiliser sur l’accès à l’emploi des personnes handicapées, mais aussi l’accueil d’apprentis en situation de handicap dans les collectivités locales, et en les informant des outils à disposition.
 

Valérie Pécresse a promis une Région exemplaire en matière d’emploi des personnes porteuses de handicap. Comment cet engagement se décline-t-il en interne ?
P. D. : Effectivement, charité bien ordonnée commence par soi-même ! C’est pourquoi la présidente de Région s’est engagée à ce que le Conseil régional soit exemplaire en matière d’emploi et de handicap. Comme les entreprises privées, nous sommes soumis à l’obligation d’emploi de 6 % de collaborateurs handicapés. Force est de constater que la Région ne répond pas actuellement à cette obligation, ce qui est un comble. Ainsi, Béatrice de Lavalette, déléguée au dialogue social, a engagé un travail de fond sur la question afin de remédier à cette situation. D’ores et déjà, son action remarquable a pu aboutir à un protocole d’accord signé avec les syndicats sur ce sujet. Elle est particulièrement mobilisée pour que nous puissions atteindre les objectifs fixés par la présidente.

J’ajouterai que le déménagement du siège de la Région à Saint-Ouen (93), prévu en 2018, est également une bonne nouvelle sur le front de l’emploi de collaborateurs en situation de handicap. L’ancienneté des locaux actuels, leur éparpillement sur plusieurs lieux ne facilitait pas les choses.