1 avril 2016

Handicap : « C’est important de montrer qu’on peut rebondir »

Les Abilympics, championnat du monde des métiers des personnes en situation de handicap, se sont tenus à Bordeaux les 25 et 26 mars 2016. Rencontre avec Stéphane Caluwe, Francilien médaillé d’argent en optique-lunetterie.

Deux jours pour changer de regard sur le handicap : voilà la définition des « Abilympics », combinaison entre les aptitudes et compétences (« Abilities », en anglais) et la démarche olympique (« Olympics »). Cet équivalent des Olympiades des métiers vise à démontrer au grand public les compétences professionnelle des travailleurs porteurs de handicap.  

Le Francilien Stéphane Caluwe en est sorti médaillé d’argent dans la catégorie Optique-Lunetier. Rencontre avec le champion seine-et-marnais.

 

Quel parcours professionnel avez-vous ?
Stéphane Caluwe :
Après une blessure dans le cadre de mon travail en 2009, j’ai été licencié en 2012 pour inaptitude. Cette blessure au niveau de la cheville m’empêche de porter de lourdes charges et de faire certains efforts physiques. Une fois obtenue la reconnaissance de ma situation de travailleur handicapé, après un an de chômage, j’ai suivi une remise à niveau de trois mois avec l’aide du COS- CRPF (Centre de réadaptation professionnelle et de formation) de Nanteau-sur-Lunain (77).

J’ai ensuite fait une immersion de deux jours en optique-lunetterie. J’avais d’autres propositions, notamment en comptabilité, mais je n’ai jamais eu envie de travailler derrière un bureau : pour moi, il faut que ça bouge ! Après une semaine de stage chez un opticien, je me suis lancé, toujours grâce au COS, dans un BEP puis un baccalauréat professionnel optique-lunetterie. J’ai obtenu le bac en novembre dernier ; un mois plus tard, j’étais embauché en CDI.
 

Qu’est-ce qui vous a motivé à participé aux Abilympics ?
S. C. :
Je voulais démontrer que des personnes accidentées, handicapées, licenciées peuvent acquérir des compétences et en ressortir plus fortes. Après une réunion d’information sur les Abilympics au COS, je me suis dit : « Pourquoi pas toi ? » Je n’y croyais pas vraiment mais j’ai été retenu en Équipe de France. Quelle émotion ! Je suis père de cinq enfants, pour moi, les Abilympics c’était aussi une fierté. Je pouvais montrer à ma famille que même à presque 40 ans, et avec un handicap, j’ai pu reprendre les études et me lancer un challenge en plus. Résultat, j’ai terminé la compétition à cinq points du médaillé d’or. Pour moi, ça a été une aventure exceptionnelle, une vraie leçon de vie

J’ai un handicap dit « invisible » : les autres ne le voient pas directement, je souffre de douleurs. Mais, lors de la compétition, j’ai pu échanger avec des gens en fauteuil, des participants tétraplégiques qui font de la peinture avec la bouche, par exemple. On ressort plus forts de cette expérience. Ma famille, mes amis sont fiers de moi.

C’est important pour moi de pouvoir montrer à plein de gens en situation difficile qu’ils peuvent trouver un emploi. Parfois, même après un accident on va rebondir, voire aller vers une meilleure situation. C’est comme une revanche sur la vie !
 

Comment se sont déroulées ces Olympiades ?
S. C. :
Lors de la première épreuve, nous avons dû monter à la main quatre verres de lunettes dans une monture cerclée de métal, le tout en quatre heures et en public. Le lendemain, les candidats disposaient de deux heures pour monter des lunettes avec les verres directement vissés sur les branches. Je suis particulièrement heureux car c’est un ami, David Paynon, qui a obtenu la médaille de bronze. Nous sommes tous les deux issus du COS de Nanteau. J’espère que cette expérience ouvrira des portes à plein de personnes, comme ça a été le cas pour moi. Je tiens à souligner tout ce que m’a apporté l’équipe des Abilympics, ceux qui nous ont coachés avant la compétition. Ils nous ont apporté énormément. Je leur suis très reconnaissant.