26 juillet 2016

Grâce à Snips, votre smartphone va révolutionner vos déplacements

Les smartphones seraient-ils l’une des solutions au problème de la saturation des transports ? Yann Lechelle en est convaincu. Cet entrepreneur devenu l’an dernier directeur de Snips, start-up francilienne dont le fondateur, Rand Hindi, truste les palmarès internationaux, a accepté de partager avec nous sa vision de la ville intelligente.

Transilien a analysé 100 millions de requêtes d’itinéraires réalisées sur son site et son appli. Il en ressort qu’elles collent d’assez près au trafic et que 40 % sont effectuées la veille…
Yann Lechelle : Cette analyse des données est utile pour prédire la fréquentation du réseau. L’étape suivante consistera à combiner cette intelligence métier avec celle des usagers en leur donnant la possibilité de choisir, grâce à leur smartphones, entre différents services de mobilité (taxis, VTC, vélos en libre-service, autopartage...). Cette évolution va complexifier le travail d’opérateurs comme la SNCF, dont le modèle est calé uniquement sur leurs propres flux. Les villes auront un rôle important à jouer pour coordonner toutes ces offres de transport et faire en sorte qu’elles se parlent entre elles. L’avantage, c’est que la plupart des sociétés privées venant du monde des start-up ont l’habitude de partager leurs données.

Vous semblez prédire que les smartphones vont prendre une place prépondérante dans l’accès aux transports ?
Y. L. : Les smartphones deviennent des hubs d’informations personnelles. Ces objets connectés vont permettre aux usagers de faire un choix éclairé entre transports en commun, vélos, taxis... La ville connectée repose sur un ensemble de complexités multiples qu’il faut combiner et rendre lisibles afin de gagner en fluidité. C’est ce sur quoi nous parions chez Snips. Snips travaille pour le moment sur une appli dont le but est d’optimiser et de simplifier notre quotidien, en particulier dans les déplacements urbains. Pour cela, il nous faut accéder aux données personnelles des utilisateurs (mails, agenda, contacts...), afin de les recouper avec d’autres données comme le trafic ou la météo. Au préalable, Snips passe avec les utilisateurs un contrat de confiance en leur garantissant que leurs données resteront stockées sur leur téléphone et ne seront pas rapatriées sur un serveur pour être ensuite revendues. L’usager et ses données personnelles ne doivent faire qu’un, un peu comme si celles-ci constituaient une espèce de « surmoi digital ». Ces données sont une cartographie de mon être sur laquelle il est possible de s’appuyer pour organiser mes prochains déplacements. Prenons un cas de figure concret. Imaginons que j’ai un rendez-vous dans deux heures. Mon smartphone me le signale. Problème, j’ai oublié de rentrer l’adresse dans l’agenda. Il me faut aller la chercher dans mes mails. Une fois que je l’ai retrouvée, je dois ensuite la rentrer dans l’appli RATP ou Uber. Tout ce travail, le smartphone aurait pu le faire tout seul en scannant l’ensemble de mes données. Il aurait su également que je préfère circuler en métro mais que la solution à cet instant pour être certain d’arriver à l’heure était le Vélib’. L’algorithme est là pour faire du sens dans les données.

Chez Snips, vous transformez le smartphone en boîte noire ?
Y. L. : Aujourd’hui, le smartphone n’est pas encore devenu smart. La solution que nous proposons chez Snips doit permettre d’analyser les usages de chacun, individuellement, pour être en mesure de proposer des services adéquats. Plutôt que d’ouvrir moi-même cinq applis différentes afin d’organiser mes déplacements, le smartphone est capable de les interroger à ma place et de me formuler la proposition qui me convient le mieux. Il peut tenir compte également pour cela d’autres données comme la météo, susceptible de motiver mon choix de faire du vélo. Chez Snips, nous souhaitons que le citoyen soit connecté et fluide.

Un citoyen qui serait téléguidé aussi ?
Y. L. :
Nous sommes tous déjà la cible du marketing et du matraquage publicitaire. Il faut être conscient qu’à l’heure actuelle, c’est souvent celui qui dispose des moyens financiers les plus importants qui oriente le choix des consommateurs. Notre ambition est de redonner le choix à l’utilisateur en tenant compte de qui il est. Il s’agit de lui rendre son libre arbitre. Nous avons tous un métro-boulot-dodo. Une certaine dose d’habitude est nécessaire pour que nos vies soient confortables. Mais parfois, lorsque notre plan A ne fonctionne pas, notre plan B s’apparente à une découverte. Cette découverte peut être accompagnée. Cela ressemble à de la publicité, mais c’est avant tout une proposition qui est contextuellement pertinente ; surtout si celle-ci se fait sans que nos données intimes se trouvent exploitées par des tiers. Certes, je veux améliorer ma santé et faire du vélo. Mais j’ai aussi envie d’être à l’heure. La technologie s’efface lorsqu’elle reconnaît mes habitudes, mes zones de confort et me propose le moment opportun des services adéquats.

C’est que l’on appelle l’intelligence artificielle ?
Y. L. :
On a tendance à caricaturer l’intelligence artificielle en lui associant l’image de l’humanoïde censé nous remplacer dans toutes nos tâches. Mais l’intelligence artificielle, ce sont aussi les algorithmes qui vont permettre de décupler l’intelligence de l’Homme. Si l’informatique est capable de traiter une grosse quantité de données, l’intelligence artificielle va quant à elle leur donner du sens en les interprétant de manière pertinente. On touche ici davantage au monde des statistiques. En recoupant les données et en les extrapolant, on aboutit à des modèles prédictifs. Ce qui, dans le cas de la ville intelligente, peut notamment permettre de prévoir le trafic, de le modeler, voire de le faire disparaître.

Quel est le risque de Big Brother ?
Y. L. :
Le risque existe mais j’ai le sentiment que l’on va vers un rééquilibrage des forces entre l’État, garant de l’intérêt général, les sociétés privées, dont l’objectif est d’optimiser leurs bénéfices, et l’individu, qui cherche à s’octroyer un maximum d’options personnelles. À l’heure actuelle, ce sont les sociétés privées qui tirent le plus profit de l’exploitation des données. Mais les États sont en train de monter en puissance et ont engagé un bras de fer avec les « GAFAM » (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). L’Union européenne par exemple essaye de légiférer afin que ces derniers hébergent les données concernant les Européens en Europe. L'approche de Snips milite en faveur de l’individu, avec un modèle très différent et sans compromis en ce qui concerne le traitement des données personnelles. Il est important que l’usage des données fasse l’objet d’un débat de société pour que chacun ait conscience des enjeux de la ville intelligente.