26 octobre 2017

Fouad Awada : « L’échelle pertinente du Grand Paris est la Région »

Alors que les grandes lignes de la réforme territoriale du Grand Paris voulu par le gouvernement devraient être dévoilées avant mi-décembre, le directeur général de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France expose sa vision de la métropole. Entretien.

Une métropole du Grand Paris, pour quoi faire ?
Fouad Awada : On a trop tendance à oublier que le Grand Paris imaginé en 2008-2010 n’était pas, à l’origine, une nouvelle forme de collectivité, mais un projet destiné à lancer Paris et l’Île-de-France dans le XXIe siècle, grâce à des investissements dans les transports, dans la recherche et la formation, l’entrepreneuriat, la création culturelle, les nouveaux pôles économiques, l’aménagement de la vallée de la Seine, etc. À travers le projet du Grand Paris, l’enjeu était l’innovation, le rayonnement de la France et son attractivité à l’échelle mondiale.

Il était légitime de faire accompagner ce type d’ambition par une retouche de l’organisation territoriale comme l’avaient fait, en leurs temps, Haussmann au XIXe siècle puis Delouvrier au XXe. Mais le choix qui a été fait, plutôt que de nous rendre collectivement plus performants, a introduit une confusion aussi bien sémantique que conceptuelle ou encore juridique. Le législateur a en effet simplement transposé en Île-de-France, sur une zone centrale de 7 millions d’habitants, le modèle de communauté urbaine appliqué aux plus grandes villes de France et rebaptisé « Métropole » (y compris pour des agglomérations de moins de 400.000 habitants). Et c’est ainsi que nous avons eu cette organisation territoriale très lourde, formée de cinq strates administratives au lieu de trois auparavant. Ce qui n’était évidemment pas le but recherché.

Créer un niveau de collectivité territoriale qui s’appelle Métropole du Grand Paris (MGP) doit avoir comme raison d’être le projet lui-même. Nous avons besoin d’une autorité métropolitaine qui prenne en charge toutes les questions qui concernent la globalité de la métropole et tous les Franciliens : les transports, la correction des inégalités, les nouvelles filières économiques, l’innovation, les grandes politiques environnementales de l’énergie, de la biodiversité, le schéma universitaire, etc.

 

Précisément, quel devrait-être le périmètre de la Métropole du Grand Paris (MGP) ?
F. A. : La MGP, telle qu’elle a été créée en 2016, se concentre sur le cœur économique historique de l’agglomération. En cela, on pourrait considérer qu’elle est à l’échelle de ces fonctions tertiaires supérieures qui font l’avantage métropolitain de Paris.

Néanmoins, elle n’englobe pas les nombreux territoires économiques de grande couronne dont l’intérêt métropolitain est évident et qui sont au cœur de la dynamique d’innovation en Île-de-France. Elle n’englobe pas non plus le hub aéroportuaire de Roissy. Elle ne couvre pas la totalité du réseau de transport. Elle ne couvre pas les territoires où se situent les capacités d’accueil de la croissance démographique à venir.

Et, surtout, elle risque, par ce cantonnement sur l’espace le plus riche, de créer une fracture de plus au sein du bassin de vie et d’emploi francilien. Et d’offrir un modèle de développement qui laisse à l’écart les composantes rurales et naturelles du territoire.

Il ne fait donc aucun doute que l’échelle pertinente d’une vraie Métropole du Grand Paris est bien celle de toute l’Île-de-France, un territoire taillé dès l’origine pour former précisément une « région-métropole ».

 

L’organisation d’autres grandes métropoles européennes peut-elle nous servir d’exemple ?
F. A. : Londres est la seule grande métropole comparable à la nôtre, avec ses 14 millions d’habitants, un ordre de grandeur proche de nos 12 millions.

Il ne faut cependant pas croire que le Grand Londres soit une réussite sur toute la ligne. Le périmètre du Grand Londres a été fixé en 1963 et cantonné à l’intérieur de la Green Belt (ceinture verte). Cela pose aujourd’hui à l’autorité du Grand Londres, qui n’englobe que 8 millions d’habitants sur les 14, de gros problèmes de maîtrise des croissances urbaines qui se font jour en continu au-delà de son périmètre. D’autres problèmes sont à signaler dans l’articulation entre l’autorité du Grand Londres et les 33 boroughs (arrondissements), en raison de l’enchevêtrement des compétences.

Nous avons, nous, la chance d’avoir anticipé les choses en créant une région-métropole à la bonne échelle, à laquelle nous avons dévolu les compétences d’aménagement du territoire, du développement économique, des transports et de la mise en cohérence des politiques environnementales. Nous avions cependant un gros retard dans notre organisation communale, trop morcelée pour être efficiente. Ce handicap est en voie de réparation avec l’émergence d’une soixantaine d’intercommunalités qui, avec la ville de Paris, peuvent devenir de vrais relais de mise en œuvre des stratégies requises pour le Grand Paris.

Dès lors, la stratégie à imaginer doit porter sur la manière d’organiser le dialogue horizontal entre cette soixantaine d’entités, avec l’appui bienveillant de l’autorité métropolitaine, régionale par essence en Île-de-France, au service d’un projet commun, le Grand Paris.