« En situation de harcèlement, les réseaux sociaux ont un effet amplificateur »

La rédaction
Charlotte Bousquet est co-auteure de la bande dessinée « Mots rumeurs, mots cutter », parue en mars 2015, qui raconte l’histoire d’une collégienne victime de harcèlement notamment via les réseaux sociaux. Un sujet au cœur des préoccupations du centre Hubertine-Auclert, qui vient de mettre en ligne un site de lutte contre le cybersexisme.

« Les insultes ont continué. En classe, sur mon portable. Sur Facebook et Twitter. J’ai supprimé mes comptes. » Léa est en 4e, collégienne « normale » et bien intégrée dans sa classe. Elle sort avec le beau Mattéo et, malgré les jalousies des copines, tout va bien. Jusqu’à cette soirée filles qui dégénère : lors d’un jeu, Léa fait un strip-tease, et sa photo seins nus prise par un portable fait le tour des réseaux sociaux. Du jour au lendemain, elle devient le souffre-douleur du collège…

C’est cette spirale du harcèlement que décrit la bande dessinée Mots rumeurs, mots cutter : le phénomène de groupe, la honte, l’impossibilité d’en parler aux parents, la façon dont on se sent victime… Aujourd’hui, une adolescente sur quatre déclare être victime d’humiliations et de harcèlement en ligne concernant son attitude, notamment sur son apparence physique ou son comportement amoureux ou sexuel (1).

 

Des ados obsédés par leur image et incapables de la maîtriser

« Au collège, j’ai vécu ce que vit Léa dans la BD, raconte Charlotte Bousquet, la co-auteure de Mots rumeurs, mots cutter. C’était heureusement avant les réseaux sociaux, mais, sinon, j’aurais été en plein dans la cible. »

À cause d’une histoire d’amour avec un garçon, elle est devenue de la même façon la risée d’un groupe de garçons, puis de toute sa classe, a vu ses meilleures amies se détourner d’elle, et ne s’en est sortie que grâce à deux professeurs, dont l’une lui a fait faire du théâtre. « J’étais tellement mal que je m’étais mise à bégayer ! » Dans le cas de Léa, la jeune héroïne de la BD, le harcèlement se serait peut-être limité à la classe, s’il n’y avait pas eu les réseaux sociaux. « Même après que Léa a fermé ses comptes Facebook et Twitter, le mal était fait ! Les réseaux sociaux ont juste un effet accélérateur et amplificateur, mais derrière, il y a de vraies personnes qui poursuivent le harcèlement.  » Charlotte Bousquet a préféré ne pas détailler les attaques dont Léa est victime en ligne : « Ça aurait été encore plus dur… Le dessin rend dicible l’indicible. »

 

Communiquer sur le cyberharcèlement

Charlotte Bousquet, qui a étudié le phénomène et intervient régulièrement dans les établissements scolaires, décrit une situation où les adolescents sont à la fois obsédés par leur image et par le besoin de plaire, et incapables de maîtriser leur image. 76% des jeunes ne savent pas comment réagir face à des situations de cybersexisme (1). « C’est bien pour ça qu’il faut communiquer sur le cyberharcèlement », conclut-elle, « Pour que les jeunes soient conscients que le rapport délirant qu’ils ont à leur image les rend vulnérables ! »

Lieux ressources, forums de discussion, mais aussi un tout nouveau site lancé à l'initiative du Centre Hubertine Auclert, plus spécialement axé sur le cybersexisme... Des solutions existent pour aider les jeunes victimes. 

(1) Résultats d’une enquête auprès des 15-20 ans sur la cyberviolence du centre Hubertine-Auclert.

[Article initialement publié le 1er avril 2015 et mis à jour]

Mots rumeurs, mots cutter, de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini - Gulf Stream éditeur.

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