Le Refuge, une nouvelle famille, plus tolérante

Julie Védie
Le Refuge est la seule structure en France à proposer un logement et un accompagnement social aux 18-25 ans rejetés par leur famille à cause de leur homosexualité… Rencontres entre Paris et Choisy-le-Roi.

Photo : © Marie Genel/Picturetank

« Je me voyais déjà finir à la rue… Mais quand le Refuge m’a trouvé ce logement, j’ai eu l’impression de revoir la lumière. » À 19 ans, Flore (1) a été chassée du domicile de sa grand-mère qui l’hébergeait, quelques semaines avant les épreuves du bac. Motif : le jeune fille est homosexuelle. La découverte de photos dans son téléphone portable a été insupportable pour sa famille musulmane où « toute sexualité est taboue ».

Yvan (1), 21 ans, étudiant en sciences humaines, a cru que le projet de loi sur le mariage pour tous faciliterait le dialogue dans sa famille : « Je pensais que mes parents, aide-soignante et employé de banque, étaient ouverts sur la question… Ils m’ont lancé un ultimatum : soit je changeais, soit je partais… » Profondément déprimé pendant son premier mois loin de chez lui, le jeune homme relève la tête, « grâce à l’accompagnement psychologique, aux autres, et au Refuge. On se sent entouré, compris, on n’est jamais jugé… C’est pour moi comme une nouvelle famille, plus tolérante ! »

Chez Raph (1), qui avait déjà son « coming out », la situation devenait invivable : « Mes parents se liguaient contre moi, à me dire “Tout le monde en a marre de toi !”… Après une grosse dispute cet été, j’ai dû partir. » Dans son portefeuille, le numéro du Refuge… « Je l’avais sur moi depuis des années, en me disant “Au moins, si j’ai un souci, j’irai au Refuge” ! »

Hors de chez eux du jour au lendemain

Flore, Yvan et Raph sont aujourd’hui hébergés par l’association, avec deux autres jeunes gens, Samir (1) et David (1), dans un grand appartement à Choisy-le-Roi (94). Trois chambres, deux salles de bains, un grand salon, deux frigos sur lesquels sont affichés les plannings des tâches ménagères, et une séance collective avec une psychologue chaque jeudi soir. La vie s’organise malgré la tristesse et la solitude de ces jeunes qui se retrouvent hors de chez eux du jour au lendemain.

Rencontre avec Laura, la conseillère en économie sociale et familiale, distribution de vêtements, mise à disposition d’ordinateurs, organisation d’ateliers CV et lettres de motivation… C’est au très convivial local du Refuge, à Paris (12e), que tous les jeunes se retrouvent plusieurs fois par semaine. Des sorties culturelles et sportives sont régulièrement organisées.

Ce jour-là, c’est distribution de l’aide alimentaire. Les locataires de Choisy-le-Roi sont au rendez-vous, ainsi que les jeunes logés dans les trois appartements parisiens du Refuge. Autant de jeunes, autant d’histoires douloureuses, dont ils se remettent avec plus ou moins de bonheur. « Toute ma vie s’est effondrée en cinq minutes… Quand je suis arrivé ici, je ne croyais plus en rien », explique David, mis violemment dehors par sa mère il y a deux mois et demi. « L’ironie de l’histoire, c’est que je connaissais déjà le Refuge : je voulais y faire du bénévolat ! »

L'année de la loi pour le mariage pour tous

« Cette année a été particulière », constate Clio Léonard, la coordinatrice du Refuge en Île-de-France, « avec la loi sur le mariage pour tous et la médiatisation de l’homosexualité, nous avons eu trois fois plus d’appels que d’habitude. » Les demandes d’hébergement, elles, affluent en permanence, mais l’association ne dispose que de 21 lits. « Il nous faudrait plus de personnel, heureusement nous pouvons aussi compter sur une vingtaine de fidèles bénévoles… », conclut Clio, saluant au passage les jeunes qui rentrent « chez eux » avec leurs sacs de nourriture fournie par la Banque alimentaire.

Samir, lui, poursuit ses démarches sur un des ordinateurs à disposition : il cherche une entreprise pour sa formation hôtelière en alternance et imprime des documents pour son école. « Après presque deux mois au Refuge, je me sens plus serein, je veux retrouver mon autonomie ! »

(1) Les prénoms ont été modifiés

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