Prévention de la radicalisation : Latifa Ibn Ziaten témoigne face aux lycéens

La rédaction
C’est la 2e fois depuis la rentrée que cette mère d'un militaire victime du terrorisme intervient face à des élèves dans le cadre du cycle de conférences « Les Grands Témoins contre le terrorisme », initié par la Région. Objectif : prévenir la radicalisation chez les jeunes lycéens et apprentis.

Plus d’une centaine d’élèves (une classe de 3e, une classe de 2de et trois classes de 1re) attendent dans la cantine du Lycée professionnel Beaugrenelle (Paris 15e) ce mardi de novembre, lorsque Latifa Ibn Ziaten fait son entrée. Debout , le visage calme, un micro à la main, elle raconte son histoire, décrit le travail de son association Imad Ibn Ziaten pour la Jeunesse et la Paix, puis répond aux questions des lycéens.

« C’est ça, l’islam, pour vous chers élèves ? »

Le 11 mars 2012, son fils Imad, militaire, est assassiné à Toulouse par Mohammed Merah. Dans un silence total, elle raconte les derniers instants de son fils, qui a refusé de se mettre à genoux devant son assassin, mais aussi sa visite à Toulouse sur les lieux du crime, où elle a frotté le sol avec du sable pour effacer les traces de sang de son fils. La voix tremblante d’émotion elle demande à la salle : « C’est ça, l’islam, pour vous chers élèves ? » Une vague de « non » monte dans un murmure collectif. Elle dit avoir pardonné à  l’assassin de son fils , « parce qu’il n’avait aucune chance : il n’a pas été aimé, ni soutenu, ni encouragé ».

« Faites attention à qui vous fréquentez, ouvrez bien vos yeux, ne tombez pas dans les pièges tendus sur les réseaux sociaux », avertit Latifa Ibn Ziaten, avant d’inciter les jeunes au partage, et au respect, de la  famille, des enseignants, de la laïcité, « qui nous protège et nous permet de pratiquer notre religion », et de la France, « votre pays ».

Quand vient le moment des questions, les élèves, d’abord timides, se lancent. Comment lutter contre les amalgames sur les musulmans, s’interroge une jeune fille. « Il faut répondre à l’intolérance par la connaissance », suggère un garçon. « Comment reconnaître quelqu’un de radicalisé ? » demande un autre. Latifa Ibn Ziaten décrit le processus d’isolement subi par les jeunes embrigadés, leurs changements d’habitudes et de fréquentations, leur regard vide, incitant les élèves à aider leurs camarades qui se retrouveraient dans cette situation.  

Au bout de deux heures, la conversation glisse sur l’image de l’islam dans les médias, et sur l’attentat de Charlie Hebdo. Très déterminée, Latifa Ibn Ziaten martèle que la liberté d’expression ne se  négocie pas : « Comment peut-on justifier de  tuer des gens pour des dessins ? Face à Daesh, nous tous citoyens devons rester unis ! »

La rencontre s’achève. Plusieurs lycéens demandent à Latifa sa carte de visite. Sofia, élève de 1re GA, est à la fois émue et enthousiaste : « J’ai appris beaucoup de choses, ses paroles ouvrent les yeux à beaucoup de jeunes je pense. Elle a vraiment beaucoup de courage. »

Une dizaine d’établissements franciliens ont d’ores et déjà prévu d’organiser des conférences en présence de Latifa Ibn Ziaten mais aussi de Samuel Sandler, le père de Jonathan Sandler, lui aussi assassiné en 2012 à Toulouse avec deux de ses enfants.

Photos : © Région Île-de-France

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